LE POÈTE NEURASTHÉNIQUE
— Je suis en proie aux idées noires.
— [—..fttf
— Mes œuvres me déplaisent.
— Si j avais seulement votre force et votre fermeté |!
— N'y a-t-il pas des circonstances où vous avez perdu le goût du travail ?.… Par exemple les relations amoureuses ?
Ce diable de Holz, quand il est sorti, explique et raconte : « Son plus grand malheur est qu’il est amoureux. Il ne veut pas s’avancer ni reculer. Cela dure depuis six ans. » Il y eut en effet un roman mélancolique et touchant avec une des sœurs Froehlich, que Holz désigne. Enfin :
— Grillparzer a reçu un grand encouragement de vous, qui lui a donné de la force. (Que serait-ce s’il n’en avait pas profité ? Mais voilà :)
— Ilest hypochondriaque.
— Îl a certainement le génie, mais il faut qu'il n’ait pas d'’empêchements.
— Il est tellement timoré qu’il est toujours mécontent des ses œuvres.
Cette indication fournit à Holz l’occasion de faire une petite analyse assez fine — nous avons assez vu qu'il n’est pas sot — et en même temps de brûler un peu d’encens à la divinité.
— Pendant l'élaboration de l’œuvre, l'artiste est comme un homme qui gravit les montagnes et qui en voit toujours une plus haute. C’est probablement la raison. pour laquelle vous ne voulez plus vous souvenir de vos œuvres antérieures.
(Les biographes de Beethoven nous permettent de reconstituer, même s’il répondit longuement ce jour-là, sa réponse (1), et Carl Holz conclut :)
— Après Beethoven, personne ne le surpassera, comme après Raphaël et Shakespeare.
L'empressé messager revint un jour, assez rapproché de
(1) « Le Septuor n’est pas de moi! Il est de Mozart ! » répondait-il avec colère aux trop banales félicitations à ce sujet. Et ceux qui lui parlaient d’Adélañde n'étaient guère mieux reçu.
cette visite, annoncer la désillusion finale de Grillparzer. « Il ne ferait pas l'opéra ».. que Beethoven n'avait pas commencé.
— C’est dommage, il y avait de si beaux vers, entre autres ceux de la chasse !
L’hypochondrie du poète lui dura jusqu’à l’âge de quatrevingt-deux ans, tandis que l'énergie du musicien fut foudroyée avant la soixantaine.
Et ce fut Grillparzer qui fut chargé de prononcer sur la tombe de Beethoven son oraison funèbre.