AU PLUS GRAND INSUCCÈS LA PLUS GRANDE GLOIRE
Sa plus grande œuvre a été la cause de ses plus grands tourments et de ses plus amères déceptions. La Symphonie avec chœur, rappelons-le en deux mots pour ne {pas en répéter ici le complet historique et le beau commentaire de M. G. Prod’homme ainsi que les magistrales pages de Vincent d'Indy, fut donnée deux fois de suite en 1824. Les applaudissements ne furent pas ménagés au musicien, mais ce furent des applaudissements de sympathie plutôt que de compréhension véritable, Les exécutants n'étaient pas encore à la hauteur d’une œuvre si nouvelle, si grandiose et d’une telle envergure. La saison était mal choisie. Les peines pour mettre le concert sur pied furent grandes, les motifs d’agacement sans nombre, les répétitions insuffisantes. Le résultat pécuniaire sur lequel, pour des raisons vitales, comptait Beethoven, fut nul. Sa gloire ne fut pas alors augmentée. Il comptait surtout sur l’avenir, aussi ne tarda-t-il pas, comme disent si bien les bonnes gens, à « faire la croix » sur ce déboire. Maïs nous, quand nous sommes en présence de ces sortes d'œuvres qui ont apporté aux hommes tant de courage ou tant d’apaisement, et à ceux qui les ont accomplies rien que des épreuves, nous devrions, en pensée, nous agenouiller en lisant le poème, en contemplant la fresque, en écoutant l'âme du chantre se répandre parmi nous dans le torrent des sons.
Les Cahiers, cette fois, ne laissent pas, pour ce drame, autant de détails saisissants, un tableau aussi complet que pour celui de l’adoption et du suicide de Karl. Beethoven n’y apparaît guère qu'enveloppé, pour ainsi dire, d’un manteau de fierté souveraine, et impatienté par le zèle intempestif, les conseils oiseux, ou les remarques malencontreuses de ses officieux.
Les difficultés et sujets d’irritation avaient commencé. dès que s'était posée la question de la salle où sera donnée l” « Académie », ainsi qu’on appelait ces grand concerts de gala. Le cahier 85 contient à ce sujet un bien caractéristique brouillon de lettre dans cet expressif baragouin franco-allemand dont Beethoven se sert dans ses grandes agitations. Pour la seconde audition, Duport ne lui avait consenti que la petite salle de concert. Beethoven commence par le remercier, mais le cœur gros ; mais il renonce en ces termes assez navrants :
« Naturellement qu'on ne peut se lasser encore de payer grand sôme, pour la salle, comme sans cela les frais sont : bien bedeutend, o moins 600 florins ; pour le behôrde 4.500. Voilà déjà über 1000 fl. et alors encore la taxe du grand besetzung et qu'il restera encore. Quant à moi, malgré la simplicité de mon caractère il faut avouer qu'on. les plus illustres et [les plus éclairés protecteurs de l’art m'ont conseillé de donner le concert] ; (ces mots entre crochets en allemand), mais il ne sera pas un malheur pour la capitale que je ne donne qu’une Académie, je vous suis donc obligé pour la petite salle et je ne donnerai qu'une Académie. Malgré cela je suis prêt de servir toujours naturellement que selon grand chœur, grand orchestre, il faut s'attendre un grand auditoire qu'il n’est impossible petite sale. La (Providence m'abandonnera pas, aussi... [A cet endroit les caractères deviennent très confus ; on y distingue les mots : besoin, dommage, donner un tel sale, etc.]
Schindler ici propose la salle du Burgtheater « parce que la salle de la Redoute serait prise par un bal»et qu'il y aurait des frais pour l’estrade des musiciens, etc.
Cette salle de la Redoute avait fait déjà, pour le premier concert, l’objet de discussions entre les intimes. Caroline Unger gentiment, avait donné ses raisons.
— Je vous conseille de prendre la Redoutensaal parce que : 19 vous aurez plus sûrement les douze mille florins ; 29 la musique y fait plus grand effet ; 3° vous n'aurez pas de soucis ; 49 c’est mon opinion.
Quoi qu'il en soit, avait commencé aussi le chapitre horripilant des souscriptions et patronages à obtenir, le non
pe. L \s*