LA PLUS GRANDE GLOIRE LTL
. — C’est une honte, disait-il, de voir vos œuvres maltraitées par de mauvais artistes, et devant une salle vide. Votre
valeur est trop haute pour risquer de pareilles vicissitudes.
La même triste comédie recommença. Schindler avant le
concert exhorta le maître à la patience. Le Frère se fit rem-
barrer par Duport, qu'il menaçait sans mandat mais en se
disant l'intermédiaire du maître. Au reste Duport comprit
tout de suite après qu'à cause de Beethoven « il ne faut se fâcher de rien avec les grands artistes ».
- Beethoven n'avait pas encore commandé son habit noir.
— Mais, au nom de Dieu, disait Schindler au départ, prenez les cordons noirs.
— Umlauf et Schuppanzig vous font prier de vous dépécher. Sans cela ils commencent sans vous.
— Ne prenez-vous pas le chapeau tricorne ?
— Oui, oui, mais seulement vite !
Avant de partir le neveu Karl avait dit le dernier mot
enr le bénéfice :
— Heureusement tu as accepté les cinq cents florins parce que les frais et le prélèvement du tiers de la recette ne t en auraient pas laissé autant.
— Duport ne gagne rien. Tous les choristes et musiciens de l'orchestre ont été payés. Ils savaient que cela devait
Servir à Duport, et personne n’a voulu jouer gratis. Si on
avait su que c'était à ton bénéfice (les amis n'avaient oublié que de faire savoir cela !) beaucoup de gens seraient venus.
— Duport, confirme Schindler, a dû se montrer et payer d'avance. Schuppanzig dit qu’il a été archirustre.
Quant au concert lui-même, c’est le neveu encore qui nous en donne un aperçu :
— Ce n'était pas plein, parce que beaucoup de gens sont
à la campagne (Schick, on le voit, ne s'était pas trompé).
D'autres ont été effrayés par le prix des places. Une partie des spectateurs étaient outrés à cause de l’air de Rossini. J'étais dans la salle et j'ai bien entendu les appréciations mécontentes à ce sujet. Stadler (le critique hier encore venu à résipiscence) était au milieu d’un groupe et se moquait….
— [— .:.?» Quelle détresse on devine dans la question]
— Non, cela ne peut pas te nuire. Seulement les gens s’étonneront que tu profanes tes compositions en les mettant pour ainsi dire dans la même catégorie que les airs d’orgue de barbarie de Rossini. (Charmant petit mufle!.. Maïs faites donc des concessions à des amis qui se disputent, se desservent et vous affolent !)
Nous ne parlerons pas du fameux déjeuner au Prater qui suivit un de ces concerts, et qui a été raconté en détail par tous les biographes ; de la colère de Beethoven qui avait assez de tous ces maladroits, de ces artistes de second ordre, de ces mouches du coche.
Nous notons seulement une phrase du cahier qui appuie l’un des traits caractéristiques de l'incident. On se rappelle que Beethoven, déjà trop porté à des dispositions moroses, fut totalement poussé à bout par un des invités mal inspiré qui lui suggérait, pour sa gloire, de faire des coupures dans les morceaux de sa Messe qu’on venait d'exécuter. Or, un des Cahiers de cette même saison porte cette réponse sabrée par la main même du maître, à un conseil du même genre :
« Ne me dites plus rien pour abréger la Messe! Je l'envoie telle quelle. »
Comme on comprend qu’au coin de son poêle qui tire mal, en décembre de cette année 1824, sa plus glorieuse et sa plus désastreuse, se remémorant tant d’écœurements, il se griffonne de son lourd et impétueux crayon, ce diptyque en six mots :
Aujourd’hui pluie Heute regen " Grêle Hagel Midi de la France Südliches Frankreich
Aller là-bas ! Là-bas ! Dahin ! Dahin !