LA TRAGI-COMÉDIE MÉDICALE II
— Le matin, du chocolat, mais säns vanille !
— Pas de vin.
[— BEETHOVEN à Karl: «Qu'est-ce que te dit le docteur ?] KARL. — Pour toi de la soupe au persil. Pas d'œufs, puisque tu n’as pas d’appétit pour cela.
Dr BRAUNHOFER. — Patience ! Une maladie ne s’en va pas en un jour.
LE MÊME, à une autre visite. — Ces idées de fortifiants
sont des lubies de médecins ignorants qui n’ont pas l’idée de
‘la force vitale elle-même.
— Point de ces médecins qui vous saignent, puis vous
. ordonnent du vin de Chine et autres choses soi-disant forti-
fiantes !
LE NEVEU, après la sortie du médecin. — Staudenheimer aussi t’avait défendu le vin.
[— Mais Staudenheimer me paraissait plus fort.]
— Alors fais revenir Staudenheimer.
C'est tout de même Braunhofer qui revient. Voici le principal des trois autres visites.
Première. — Il faut vous occuper le jour si vous voulez dormir la nuit. — Pour vivre longtemps il faut vivre selon les lois de la nature. — Un peu de plus (allusion aux dîners à la brasserie) vous auriez une bonne inflammation d’intestins. — Si vous prenez un spiritueux, vous serez de nouveau bientôt très affaibli. — Pensez donc que la constitution change avec les années ! (Voilà le malade bien avancé.)
Deuxième. [Beethoven voudrait faire de ces grandes promenades qui lui sont si bienfaisantes.] — L'air est encore humide. Un peu de patience.
Troisième. — Non, pas de bains sulfureux, trop excitants. Même le bain de propreté ne doit pas durer plus d’une demiheure. (Il n’est pas téméraire de supposer qu’un autre docteur recommanderait les bains, surtout les sulfureux). — Éviter toute boisson échauffante et mets pareillement. Éviter la trop grande fatigue physiqüe. — Le corps reçoit sa force par des mets nutritifs, mais pas de boissons trop fortes. — Prenez du vin, mais pas pur. — Votre esprit est une force stimulatrice assez puissante. Si vous ajoutez des stimulants, vous serez bientôt usé et vous succomberez.
— Pour l'ouïe, rien à faire. Pour le moment, bon régime, etc., etc.
Merci infiniment, Dr Braunhofer ! Passons à votre confrère, le Dr Wawruch.
Celui-ci soigne Beethoven par la soupe au persil et l’essence de framboise !
— Mettez beaucoup de persil dans la soupe, ou de céleri.
[—— BEETHOVEN. — Qu'est-ce que vous pensez de l’Homéopathie ?]
— Les Homéopathes ! Ils ne savent même pas ce que c’est qu'un {nziliontel !
Qu'était ce savant personnage ? D’après Holz :
— Le Dr Wawruch a une grande clientèle, maïs il traite toutes les maladies de la même façon. Il est trop timoré. Il n’y comprend plus rien dès que le malade s'éloigne de ses maladies ordinaires.
Cependant Beethoven continuait, lui, d'essayer de comprendre. Il notait des indications, obscures pour nous, mais qui accusent sa constante préoccupation, les choses sur lesquelles il désirerait être fixé.
« Streusand.… Fièvre scarlatine.. affection catharrale... »
Et soudain cette note prodigieuse, aussi émouvante, qu'elle soit l'écho d’une humeur noire ou la conclusion d’une méditation philosophique, ou une énorme et amère facétie :
« SUR LA MORT DE FEU BEETHOVEN. » (Ou « à la mort », projet de poème ou de composition ?)
Cette hantise persistante de comprendre et de connaître ce que les médecins semblent n’avoir ni compris, ni connu, s’est manifestée un jour par un trait singulier, de nature à faire faire fausse route aux esprits pessimistes, ou portés aux déductions trop rigoureuses et trop simples. Trait que l’on ne peut toutefois, malgré son caractère délicat, se dispenser d’omettre, car on peut et on doit réfuter ce qu'ont écrit à ce sujet certains beethovenistes. « Au moins, je vais toucher une étrange matière », mais on arrive à des vues pures par des chemins qui ne le sont pas.
Parmi ses mementos de librairie. Beethoven a noté, en