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LA TRAGI-COMÉDIE MÉDICALE

Reste le point de vue médical sur lequel nous n’avons point

la puérilité d'émettre une prétention. Mais nous pourrons

du moins remarquer qu'à aucun moment, aucun des symptômes connus n'apparaît dans les nombreux témoignages des Cahiers relatifs aux maux qui préoccupent Beethoven et

qui sont plus ou moins bien soignés par ses médecins. Ces

Cahiers, nous l’avons assez vu, sont des témoins implacables. Les médecins connaissent tous, même les plus ignares, le remède spécifique. Le butor de Johann n'aurait pas manqué d'étaler à ce sujet sa science au lieu de conseiller son intempestive valériane. Enfin, à aucune période de ses afflictions Beethoven n'a présenté les manifestations de paralysie

| générale, qui, comme chez un Maupassant, vers ce même âge de la cinquantaine, sont la conséquence si fréquente

de l'infection. Aucun des remèdes d’emploi généralisé depuis déjà plusieurs siècles n'ayant été ordonné auparavant, le mal aurait eu chez Beethoven un aspect et des

. développements effrayants.

Nous voudrions, arrêtant ici une discussion dont la longueur et le côté pénible ne nous échappent point, que l’on se rappelât que nous avons eu dans ce travail pour objet les infiniment petits destinés à faire plaindre et aimer davantage l'infiniment grand. Revenons au chevet de Beethoven, et

pendant sa dernière maladie.

De longues visites de Wawruch et de longues conversa-

: tions où prennent part Schindler, Johann, Karl et jusqu’au

petit Breuning et son père, précèdent une première opéra-

tion de l’hydropisie. Wawruch, après cette opération :

— Dieu soit loué ! Cela s’est bien passé.

— Vous sentez-vous plus léger ? — Avez-vous senti la piqûre ? — Restez sur le côté. — Nous allons mesurer l’eau. — Cinq mesures et demie.

— Vous vous êtes tenu bravement (Ritterlich) (décembre

Janvier 1827. L'opération n’a pas été concluante. Nouvelle grande consultation, et cette fois, en plein, la comé-

. die médicale. Wawruch prétend que le malade est rempli

d’air, et non point d’eau. Seybert soutient que c’est de l’eau surtout ; il trouve d’ailleurs que Beethoven est bien portant. Malfatti, à son tour, est pour la thèse de l'air. La querelle devait durer longtemps encore après la mort de Beethoven, et Wawruch, publia un mémoire pour prouver (en 1842) que... sans doute le malade n'était pas trépassé dans les règles.

Schindler se fait auprès du malade le champion de Malfatti, 1l lui vante la « clairvoyance avec laquelle il a fait contre l’autre professeur le diagnostic de Beethoven ».

Tout en causant musique et nouvelles de l'Opéra ; consolations banales :

— D'ici à là vous ne pourrez guère entreprendre de grands travaux, je veux bien le croire, mais cela s’améliorera bientôt.

— Malfatti a dit au professeur (Wawruch ?) qu'il avait sauvé de la mort Smetana (autre médecin) par un remède simple. Les médecins le considéraient comme perdu.

Autre opération. L'infirmière écrit des détails sur la façon dont elle vient d’avoir lieu.

SCHINDLER. — L'opération a très bien marché. Le professeur faisant des plaisanteries pendant ce temps-là. (Toujours bien inspiré, Wawruch ! Ses questions et ses réponses, pendant les visites suivantes, ne sont pas si enjouées, mais remarquablement banales.)

Malfatti demeure maître du terrain. Schindler l’a inter- TOLÉ :

— Il affirme que vous vous portez plus mal quand vous venez d’avoir des émotions. Ergo, a-t-il dit, voilà la raison de l’aggravation de sa maladie.

Là-dessus on parle du testament en faveur de Karl, qui préoccupe le père adoptif que rien ne peut décourager, testament déconseillé par le familier Bach.

Autre opération encore en février 1827, par Seybert. Rien de particulier ; empressements grotesques de Johann, attentions délicates du petit Breuning. Quel besoin de citer le reste, les consolations futiles ? « Le professeur a répété que vous aviez plus de force que jamais. »

Il n’en reste pas moins que Beethoven va mourir, et que

me

d’une pont fraîchement apportée par a D — Malfatti a la goutte. Tout son corps est enflé! Et tout le monde s'intéresse à la santé du médecin...

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