‹ Les années de captivité de BeethovenChapitre 4 sur 32 · nl · texte numérisé non relu

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— Traitez-le gentiment, sans cela il se désespère.

— Je suis payé jusqu’au mois actuel, mais pas le mois d'août.

Après que nous avons entendu cet imbécile, nous n’avons qu’à laisser se succéder les interlocuteurs de Beethoven, l’assistant dans sa course affolée à travers Vienne à la recherche du suicidé. Telles que nous allons les transcrire elles sont assez éloquentes et les vides qui les séparent, interjections, questions, cris de douleur du pauvre père adoptif indigné, il semble que nous les entendions.

HoOLz. — Qu'est-ce qu’il y a à faire ?

UX AUTRE. — Ce n’est pas son écriture, mais tout est payé jusqu’à la fin de juillet.

Hozz. — On en trouvera encore bien d’autres.

Continuons sans mentionner, sauf indications précises, les noms des personnages, pendant les recherches en divers lieux.

— Ilne pourra plus rester ici, maintenant.

— Il était impossible de l’empêcher. Il a dit à Schlemmer qu'il allait seulement chercher ses cahiers chez un ami tandis que moi je partais avec Reïsser. Je lui ai dit que ne je pouvais pas attendre plus d’un quart d’heure.

— Il vous aurait échappé tout aussi bien qu’à moi.

Je crois que s’il voulait vraiment se faire du mal, personne n'aurait pu le retenir.

— Il pourrait reprendre les examens jusqu'au 5 Ehtéifre au plus tard.

On trouve des comptes à cet endroit, Puis continuation des témoignages :

— Il a dit : « Qu'est-ce que cela peut vous faire, à vous ? Pourquoi m'empêcher ? Si je ne peux pas aujourd’hui, je le ferai plus tard.

__ SCHLEMMER, de nouveau. — Je le ferai décharger. (Le bistole, toujours à propos vraiment !) La patronne avait le second. Je n'étais pas à la maison quand on l’a trouvé.

LE MÊME. — M. Holtz m'a dit : « Pourquoi l’ai-je quitté des yeux ? »

LE MÊME. — Pour ses cHÈtE. je noterai tout et je vous communiquerai la liste un de ces jours.

Hozz. — Il n'y serait pas arrivé. Si c'était sa résolution arrêtée, il ne l’aurait confiée à personne, surtout à une femme bavarde.

— Iln’ya pas d’huile. (Dans la lampe; le soir est venu ; on n’y voit pas.)

[— ..... ?] Ici la question se devine sans peine.

— Peut-être même une princesse de théâtre.

— Nous saurons chez Blôchlinger où demeure Niemetz. Puis nous irons chez le commissaire de police pour qu'il cite ce garçon-là.

— Une fois vous lui aviez envoyé le Hufland (un traité de médecine) avec des remarques de vous. Il protestait. (S’agirait-il de soupçons sur des raisons « secrètes » du suicide ?)

—. Toute sa conduite envers vous n’était qu’un tissu ininterrompu de mensonges.

ee LES ILLUSIONS DÉÇUES DU PÈRE ADOPTIFE 19

— Quelle heure est-il à présent ? (La montre de Beetho-

ven est “es une relique historique). .

es", — Le sang maternel.

Ils sortent.

— C'est ici que demeure Niemetz.

— Il n’y a personne à la maison.

— On n’a pu dire que Niemetz demeurait Landstrasse, six maisons plus loin que l'église.

— Allons-y. » (Fahren wir : ils sont en voiture, Toute cette

course est pleine d’hésitations, de temps perdus. Pourra-ton rencontrer ce Niemetz ? Quand vient-il chez lui ? Enfin le voici. On n’en peut pas tirer grand’chose.) — Rarement. (Niemetz n’est pas un jeune homme d'intérieur.) k — Schlemmer allait chez vous.

— Où est la lettre de votre frère ?

— Le second pistolet était aussi chargé.

— On l’a vu avec elle à la porte de Carinthie. [— Quandu«la chose » a-t-elle eu lieu ?] demanda Beethoven. — Le jour même où il est venu chez vous, et de bonne

heure.

-Autre décor.

— Allons-nous d’abord chez sa mère, ou à la police ?

Chez la mère, mais simplement sans entrer, pour savoir si

Karl est chez elle.

— Il n'est pas ici.

— Un autre nous indiquera, probablement.

On se rend au commissariat.

— C'est aux bureaux du district qu’il faut vous adresser. — Porte-t-elle des boucles d’oreille ?

— Un Gehrock doublé de soie.

— Kragen (un collet).

— Pas de montre.

— Je ne sais pas la maison.

— 191 près du Regenbogen (de l’Arc-en-ciel) à gauche.

— Rendons-nous donc chez la mère.

— Il est deux heures et demie.

— Je crois qu’à présent il nous faut aller à la maison. De là vous enverrez chez Schlemmer. Après le dîner nous irons là.

Mais nous ne pouvons suivre plus longtemps cette course exténuante, Le cahier ne nous en révèle pas plus. Tout d’un coup, la page tournée, c’est Karl qui a la parole!

Et c’est en ces termes qu'il accueille les douloureuses remontrances et questions de Beethoven :

— Eh bien, oui, maintenant, c’est arrivé |!

ee

discret.

— Ne me tourmente pas en ce moment avec tes plaintes. C'est vrai. A l'avenir tout s’arrangera.

— Elle a envoyé chercher un médecin, mais il n’était pas chez lui.

BEETHOVEN écrit parlant à la mère de Karl : « Quand estce arrivé ? »

LA MÈRE.— Ilest arrivé à ce moment. Le cocher l’a apporté d’un rocher (le rocher où romantiquement Karl s'était blessé) et l’a conduit ici.

— Dans les bains.

LA MÈRE. — Je vous prie de dire au médecin qu'il ne le fasse pas savoir ; on viendrait tout de suite le prendre ici et il pourrait arriver le pire. (On ne badinait pas à Vienne sur le crime de suicide.)

se ?] — Sur le côté gauche, il a une balle dans la tête. HoLz revenant de faire la commission. — Seulement en

bref : qu’il viendra tout de suite.

— Il veut vous servir, et avec grand plaisir.

— Mais tout comme Dôgl qui est très habile et qui mérite beaucoup de confiance, il ne veut pas le compromettre. Il: viendra seulement si Dôgl croit nécessaire d’avoir une consultation avec lui. (Les réserves habituelles des médecins quand un confrère a déjà été appelé.)

Holtz continue à s'occuper de tout, à répondre à tout ; nous le voyons aller et venir, agir pour Beethoven désemparé.

— Il n’y a personne ici.

— Karl a besoin de linge.

— Le cocher demande à être payé pour son expédition de Baden. Quinze florins.

— Déjà quatre heures.

— J'ai beaucoup de confiance en ce médecin.

— Non, il ne sera pas nécessaire d’avoir Smetana.

— Ila dit : « Si seulement il voulait cesser ses reproches ! »

— I] voulait se tuer dans la Helenenthal, sur un rocher. (Nous verrons plus loin, par une aventure de Caroline Unger, qu'Helenenthal est décidément le décor propice à tous les genres de romans.)

Beethoven ici cherche sans doute des circonstances atténuantes pour son neveu. Holz répond :

— Un bel honneur !

— Parce que la police doit toujours être renseignée par le médecin. J'irai moi-même après dîner et on apprendra ce qu'il en peut résulter de conséquences fâcheuses pour lui.

[— Qu'est-ce qu'il peut lui arriver ?] —

— Peut-être une citation, ou une réprimande.

Beethoven ne saurait se rassasier de détails.

— I] m'a quitté hier pour aller en ville ; ils”y est acheté de nouveaux pistolets et il est allé à Baden.

— S'il avait eu encore les vieux pistolets, il serait mort sûrement parce qu'ils avaient plus du double de charge.

Holz jusqu'ici s’est occupé de tirer son maître d'angoisse de son mieux ; mais il ne tient pas autrement à prendre la défense de l’écervelé.

— Son ingratitude, mais elle est claire comme le soleil !

Pourquoi voulez-vous encore le garder ? .

— cs. ?]

7 Une fois soldat et sous la NE L plus sévère, si vous voulez encore faire quelque chose pour lui, vous pouvez lui faire tenir une petite allocation par mois.

Beethoven pense, s’il ne le dit en ces termes, en soupirant : «Il mangera bien mal le pauvre garçon ! »

— Du pain de seigle.

— Il s’endurcira. [ Holtz ajoute : « Aux cadets. — Tou- jours mieux. »] | Mais la conversation prend encore un autre tour, par l’ap- - port d’une « pièce à conviction » que nous ne connaissons pas, du moins à présent, mais qui pourra bien être de la même nature qu’une certaine lettre, pas très belle, dont il sera question plus tard. à — Doutez-vous encore ? C’est un document singulier. |

— La mère ? Elle disait toujours : « Qu'est-ce qu'en dira le bon Niemetz ?

: — A votre place je renoncerais à la tutelle. Le magistrat ‘Jui donnerait un autre tuteur.

Tout cela, autant de coups d’épingle, ou de poignard pour

la sensibilité de Beethoven, à de telles heures d’accablement,

tous ses nobles projets en ruine, toute sa tendresse en déroute.

Nous avons tenu à transcrire la plus grande partie de tout ce qui lui fut dit, répondu, conseillé alors, tout en nous rendant fort bien compte que ces paroles sont l’accompagnement inévitable de tout banal drame de ce genre. Mais il s'agit de Beethoven, d’un pathétique naufrage d'âme. Sa présence donne à tout ce dialogue une exceptionnelle grandeur d'émotion. L'on voit le sourd épier les visages, on comprend le père avide de détails, encore prêt à un retour de sollicitude que ses familiers s'efforcent de combattre (pour . son bien ? pour leur profit ?); on entend toutes les paroles qui séparent chacune de ces répliques zélées, indifférentes* ou cruelles. Et c’est cela que nous avons jugé pénible et beau de traduire en scène tout au long, plutôt que de le résumer en quelques lignes, comme dans les biographies: $ EARprenent dites.

\É7 26 AIR ts

Holz devient dès ce moment infiniment moins généreux. — Quand vous vous en êtes allé, il a dit: «Sije pouvais ne plus le revoir ! »

— Mais iln’y a pas que moi qui pouvais m'en apercevoir. C’est toute la ville qui savait que vous vous étiez sacrifié pour lui.

— Vous auriez dû le chasser depuis longtemps.

Ils causent du drame d'hier et de souvenirs plus éloignés, . à table, en mangeant du canard.

— Est-ce que la vie d'autrui peut compter pour celui qui. n’a pas de respect pour la sienne ? (Ilest permis de supposer, sans calomnier Holz, qu’il entend par là que Karl se souciait peu de la- vie de Beethoven lui-même.)

—- Je survins quand il vous avait pris à la poitrine. (Cela a pu aller jusque là ? Beethoven a l'air de ne pas vouloir s’en souvenir.)

— C'était dehors, près de la porte. (Flatteries et excitations, là-dessus, ne s'arrêtent plus.)

— Quand je disais : «M. de Beethoven », tous tombaïent à genoux |

— Lorsque j’airaconté hier à Reiïsser qu’on avait trouvé des pistolets chez Karl, il a dit : « Ce méchant gamin ! Ce héros de comédie ! »

— Si,la mère étant une courtisane publique et le fils un criminel comme suicide, on aide encore de tels vauriens, on deviendra la risée générale.

Le généreux Holz revient de la police, porteur de cette indication : « On le réprimandera sévèrement et on le mettra en surveillance. »

[BEETHOVEN. (Question rétablie.) — Et lui, que dit-il en ce moment ?]

— Il a dit qu'il arracherait son appareil si on lui parlait encore de vous. (De plus en plus réconfortant.)

SCHLEMMER se présente. — Niemetz est venu chez moi hier avec plusieurs lettres. Il y en a aussi une pour vous qu'il apportera aujourd’hui. Il les a reçues de Baden.

. Beethoven songe, il se souvient de ce qui avait occasionné une des premières grandes disputes. Il écrit : « Une nuit au Bock Ball. Deux nuits sans dormir à la maison. »

… Ils’écrie encore, en phrases hachées, presque incohérentes, comme en sanglots entrecoupés : « Plus qu'aucun père. — Miroir. — Logement de Schmerling. Rasoir. — Que Holz parle avec le médecin. — De Konitzer et Baillot (le violoniste), 2€ édition Peters 27 Bureau de musique. — Dans la folie. — Il y avait cette chaleur ! — Depuis son enfance il avait des maux de tête. » Le reste est à demi effacé (pas par lui! Par son factotum que nous connaîtrons amplement, Schindler !).

UX ENFANT qui vient faire une commission parle des idées de suicide que Karl avait toujours. (Tout le monde le savait, jusqu'aux enfants, sauf Beethoven !)

I] manque encore quelques consolations de Holz. En voici :

— Le bruit court que c’est vous qui vous êtes tué.

— Schuppanzig en est malade !

Toutefois il rassure un peu ; il était temps !

— Ilne sera pas relaxé sans avoir passé un examen de religion, et avant qu'on soit bien sûr qu'il n’y aura pas de récidive.

SCHLEMMER. — Il n'a pas dit du mal (de vous), mais il s’est plaint de ce qu’il avait toujours des ennuis.

Et voici, à la fin, SCHINDLER que l’on n'avait pas vu depuis le commencement du drame. Il est effaré :

— Quand est-ce arrivé ? Il est bien à plaindre ! Plus, le malheureux, que s’il était mort!

— C'est seulement pour vous que j'ai peur, et que vos chagrins et vos soucis soient redoublés.

Il donne, ce qui n’est pas difficile, une note plus humaine.

— On ne peut pas espérer de sa part une grande amélioration, car, hélas ! il a beaucoup d'intelligence, mais il est guidé par de mauvais principes.

Puis, avec Holz, un duo de papotages qui recommencent, n’en finissent plus, entremêlent la conduite de la mère, les fugues de Karl, etc.

Une visite, après tout cela, à l’hôpital. La personne qui accompagne Beethoven avec force compliments et courbettes lui reproche respectueusement de donner un trop fort pourboire à la garde-malade.

Le moment est touchant, en vérité ! Beethoven, avec une

délicatesse infinie, et surmontant sa plus grande aversion, écrit TRÈS LISIBLEMENT à Karlafin que personne ne l’entende:

— Si tu as un chagrin secret, découvre-le moi par ta mère. »

De quel regard cela dut être accompagné : mais nous n'avons pas la réponse...

Comme le burlesque se mêle toujours au douloureux, Schindler éprouve ici le besoin de disserter, et les Psychologist, les Consequenter, l'exemple de Brutus, etc., émaillent son discours. Seulement, est-ce le Consequenter de la terrible supplication qu’il a devinée, ou par simple instinct ? Il prémunit le maître toujours prêt à un mouvement magnanime.

— Prenez garde que la mère ne se rapproche de vous à cette occasion. Cela vous causerait des ennuis plus tard.

Il y en a encore de longues pages. Mais Karl est à ce moment hors de danger, et il n’est plus question que de travailler à sa régénération. Holz, qui a des solutions et des réponses pour tout, propose un prêtre évangéliste. Il se chargerait de. le fournir.

Désormais, non sans cicatrice, et non sans crainte de nouvelle blessure, les relations devaient reprendre une allure plus paisible. Il ne restait au maître pas beaucoup plus d’un an de vie, une année hachée de maux, d'opérations, de préoccupations de testament |!

Karl le soigne. On dirait que rien ne s’est passé ; et l’on entre dans le détail des misères humaines.

— La bonne a dit que tu as bu de l’eau toute la nuit.

— Le barbier va venir tout de suite avec le remède.

Beethoven était extrêmement friand de bonne crême ; ce goût revient fréquemment dans ses memento de ménage. Karl se préoccupe de lui en procurer.

Entre temps l’ami de jeunesse, Breuning, est venu assister son vieux grand ami. Il y a des repos, pendant lesquels on s'occupe beaucoup du départ de Karl pour le régiment, de son uniforme, de son shako, des frais de voyage : « À partir d'aujourd'hui je reçois tout du régiment. » Breuning a été l'intermédiaire auprès du colonel de Stutterheim. On ne parle pas moins de la fameuse bague envoyée par le roi de

Prusse, Karl propose un modèle de remerciements et d’excuses de ne pouvoir, pour cause de maladie, les apporter en personne à Sa Majesté.

La veille du nouvel an, au lit de Beethoven, le petit Breuning, avec son précepteur, vient, comme Karl apporter ses vœux. Le vieux Breuning, à son tour est malade.

. Karl est heureux, malgré un petit incident relatif au repas que Beethoven aurait dû donner l'ordre de porter à sa pension, de lui offrir ses souhaïts. Il est garde-malade empressé..., mais puisque «le Frère » est là pour veiller, il demande à s’absenter un instant « pour aller voir jouer Le Roi Lear ». Shakespeare et Beethoven ne pouvaient qu'être d'accord pour donner la permission ; mais cet accès de déférence filiale était un peu tardif.

Et malgré tout ce qui s'était passé, tout ce qui s'était dit et ressassé, les deux familiers ennemis revenaient de temps à autre sur la damnable conduite de Karl, Schindler exhortait Beethoven « à ne pas se montrer trop indulgent » envers lui; Holz ne le comparaïit à rien moins qu'à Carl Moor, des Brigands de Schiller !

Le corépétiteur Klaps a beau calligraphier à l'encre que Karl « pouvait encore passer les examens et qu'il avait toujours une bonne conduite à l’école ». Il n’a pas plus tôt le dos tourné que Holz remet les choses au point : « Klaps a toujours dit que Karl ne pourrait pas faire l’examen, étant toujours au café. » Longue discussion sur ce qu'on pourra faire de lui. Le Frère avait trop raison de dire qu'il voyait de mauvaises femmes. Il a trop joué, trop bu, etc. Il avait de l'intelligence ? Oui, pour combiner ses escapades. Le commerce ? Ce sera la même chose : dans le commerce les

jeunes gens n'ont pas de surveillance. Ah ! si vous voulez

toujours consulter son inclination, il choisira infailliblement . la profession qui lui permettra de satisfaire ses passions. (Généreux amis |)

. Et cette belle discussion, parfaite pour calmer la fièvre d'un malade, avait été précédée de la citation, par Holz, d’une lettre de Karl à son ami Niemetz, dans laquelle ül lui demandait « où il en était avec sa déesse : s’il la verrait bientôt ; s’il l'embrasserait bien » ; et qui contenait ces deux

phrases délicieuses : « Je t’écris en hâte de peur d’être découvert par le vieux fou », et : « Quand te reverrai-je, moi créature misérable ? Aie pitié de moi, et si cela ne te gêne pas, écris-moi quand je peux te trouver », etc. Pour compen-

ser l'effet désastreux de cette citation, Holz, il est vrai, apportait une recette rêvée contre la surdité : « du brou de noix

bouilli dans du lait de vache ; quelques gouttes dans l'oreille chaque jour» !

Nous avons écrit : citation et non lecture. La distinction . importe. Pourquoi Holz aurait-il longuement transcrit sur le calepin cette lettre, s’il pouvait prouver au grand tourmenté qu’elle avait été écrite ? On cherche la lettre; «on ne la trouve pas sur le moment », on en transcrit le sens. - Nous insistons d’autant plus sur cette suggestion que précisément, dans un cahier antérieur, mais à peu de mois

de distance, Karl avait lui aussi, mais pour le bien cette

fois, visiblement employé le même subterfuge.

Holz venait de parler de la Messe de Cherubini, en faisant :

un éloge très mitigé : « Le Crucifixus et le Sepultus ont plu, ainsi que la Marche du Couronnement, qui n’en fait pas partie. Il cherche le grandiose dans le fracas des instruments à vent. »

Là-dessus Karl intervenait.

— Cherubini a écrit que tu avais jugé sa Messe; quoique sans te connaître, d’une manière bien flatteuse pour lui, mais que ta bienveillance n'égalait pas l'admiration avec laquelle il avait lu ta grande Messe dédiée à Louis XVIII. On ne pourrait désirer plus ardemment que lui de voir encore d’autres modèles du genre tomber de ta plume. »

Or, nous savons que Cherubini ne se soucia aucunement de Beethoven, qu'il ne lui accusa pas réception de la lettre admirative de son génial confrère, et prétendit même ne l'avoir jamais reçue. S'il avait écrit celle que nous venons de lire, pourquoi Karl ne l’aurait-il pas montrée avec une joie consolatrice ? Si elle était publiée dans quelque journal, il

n'était pas moins facile d'apporter le numéro. Mais il eut

ce jour-là, lui qui d’ailleurs avait eu, enfant, de jolis mouve-

-ments, l'intuition que Beethoven, toujours plus porté à se montrer crédule au bien qu’au mal, en éprouverait un - moment de plaisir.

Ce qui confirme encore ce raisonnement, c'est que dans un des derniers entretiens entre l'oncle et le neveu, que nous ont conservés les cahiers celui-ci l’engageait «à lire plus exactement » une certaine lettre « afin de juger par lui-même ». Au reste, voici quel était ce passage, qui n’est point d’un mauvais esprit.

— Tu devrais lire plus exactement la lettre afin d'avoir ton propre jugement au lieu de t’en rapporter à l'insatiable avidité de ton frère. Tu dois aussi considérer combien d’autres moyens il peut y avoir pour gagner de l'argent à Londres. Neate m'’assure que tu reviendrais avec une somme qui te mettrait à l'abri pour ta vie entière.

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