LE FRÈRE JOHANN
Beethoven aurait voulu l'avoir chez lui, comme en fait foi une conversation : « Pour qu'il ne rendît pas le dernier soupir entre de pareilles maïns. » Qu'il vienne, il l’en prie dans son inépuisable générosité, « mais pas avec elle ».
Ilen a d'autant plus de mérite qu'il n’a pu faire autrement que de se soulager en écrivant sur un cahier d’entretien, ce qui ne lui arrive que dans les moments de grande passion ou colère :
« Le mariage de mon frère prouve autant son immoralité que son inintelligence.
« Toujours le mien avec le sien. Non possibile per me.
« Tout fut fait pour empêcher cette folle union, mais en vain. Mais tel que je le connais, c’est tout ce qu'il vaut. »
Enfin, pour abréger, au delà de quoi l’on ne saurait aller :
«Ilaurait mieux valu qu'il fût mort ici, parmi les Français !
Ce qui est curieux, c’est que ces phrases se suivent, écrites durant une conversation, qui a lieu et se continue avec la participation même de Johann! Nous sommes forcés de supposer un jeu de scène muet et Beethoven écrivant pour un seul interlocuteur.
D'ailleurs Johann se caractérise dès qu'il prend le crayon.
— Ne vous moquez pas de ce que je viens de lire dans un vieux livre de médecine. Vous prenez des pousses de jeune NL: Etc.
Nous reverrons l’ex pharmacien se livrer à sa toquade de donner des consultations en matière médicale, et lesquelles ! En attendant, le voici philosophe et hygiéniste pendant un entretien avec des médecins durant la maladie de Beethoven, en décembre 1826.
— Tous les grands hommes : Neufton, Woltair, Rossau (s2c /) vivaient très simplement. Ils ne mangeaient qu’un ou deux mets à midi. Neufton vivait d’un poulet avec du riz. C'est pour cela qu'ils vivaient beaucoup d'années.
Il apporte des nouvelles, pas autrement réconfortantes pour une malade, et peut-être doublées de quelque insinuation.
— Le fameux acteur Talma est mort à Paris. Il n’a pas voulu de prêtre ; d’après ses volontés il a été conduit directement au cimetière.
34 tes CAPrVITÉ DE BLETHOVEN |
Le site :
— Ces Schott (les éditeurs) sont des sens très actifs: Is
paient exactementet bien. Tu devrais bien leur donner quelque chose, ils répandraient ces œuvres dans le monde entier. (Aurait-il sa commission ?).
Et que d’autres conseils ridicules, comme celui d'écrire :
une cantate pour l'inauguration de la Synagogue : « Rothschild est dans l'affaire! Cela rapporterait gros! ».
— Tu devrais bien écrire à Galitzin pour l’aviser de l’arrivée des quatuors. (Tu devrais bien! Tu devrais bien! Il y aura des tu-devrais-bien, jusqu’à la veille de l’agonie.) - Un jour enfin (en juillet 1826) Beethoven accepte d'aller
passer quelques jours dans la ville de Gneixendorff. Touchant
tableau de famille.
Il est question, parmi quantité de choses insignifiantes, où «la femme » ne parle que de questions de ménage, d'argent,
: FA | d'u ue, ÈS à hit M
qu'elle doit aller toucher elle-même chez Obermayer. Et le …
frère — Il faut qu’elle prenne l’omnibus ; sans cela tu auras à lui payer les frais de voyage.
Le neveu écrit discrètement à son oncle Ludwig : « Der
Bruder stinkt» (le frère pue!) pendant que son oncle Johann. +
parle affaires avec les autres.
«La fille », d’après l'inscription suivante, «ne D:00f ducaté
que lorsqu’ î y a une tasse vide, pour ne pas salir une des
tasses neuves qui sont sur la commode. »
Toutefois « la femme » cherche à se rendre un peu plus
aimable. Elle parle d’une chanteuse « qu'elle a entendue », du beau temps qu'il ferait pour faire une promenade, d'un
monsieur prêtre qui doit venir et qui serait « si honoré de
.. faire la connaissance du grand Beethoven ». ÿ- Johann en veine d’hospitalité insiste pour garder son frère, :
— Tu pourrais toujours rester ici huit mois. Tu n'as pas
besoin d’un grand logement. Le printemps et l'été sont plus :
beaux ICI.
— Je ne te compte pour rien ces quinze jours. Je fes
davantage si je n'étais pas si chargé d'impôts. À un autre endroit, il avait écrit :
eh PL tu veux vivre chez nous, tu auras tout PRE quarante x
LE FRÈRE JOHANN de 35
florins par mois ; mettons pour l’année entière cinq cents florins. (Quand il y en a pour trois...)
Beethoven fut épouvanté de cette ofire. Il écrit, après cette conversation, ce cri du cœur, — ou de l'estomac : « Pas de bon bouillil... En outre, encore de l’oie! Que le ciel m'’assiste dans ma faim | »
Pendant la dernière maladie de Beethoven, il vint de RAC en temps le distraire à sa manière, par exemple en lui conseillant « de publier ses œuvres complètes après sa guérison », mais aussi en l’excitant occasionnellement contre son neveu.
Il fait l’aide infirmier pendant une opération, mais de temps à autre il fait crever de rire les médecins en proposant d’un ton assuré des remèdes en wm".
Recommandation suprême à un malade condamné, pendant ses derniers jours :
— Tu devrais toujours noter dans un petit livre combien tu as, et dater, et mettre cela dans une petite caisse. Par exemple : 23 janvier, tant en argent comptant, etc.
Il faut en finir avec ce triste fantoche que nous n'avons mis en scène que pour montrer quelles sont constamment mesquines rançons des plus grands. Schindler est forcé d'écrire :
” — Le professeur (le médecin Wawruch) aime mieux quand lé frère n’est pas là pour tout brouiller. |
— Il voulait persuader le professeur de vous donner de la digitale. Le professeur lui a prouvé que vous seriez mort dans les vingt-quatre heures. Mais il le contredisait encore.
Tu devrais bien !...