LE CORRESPONDANT MILITAIRE
Blidah. — Vive Dieu! parlez-moi de M. Constant, notre nouveau régisseur, pour mener rondement les affaires. En quinze jours, il n'a pas monté moins de quatre grands drames, sans compter les vaudevilles; — une, deux, trois !
Pascal et Chambord a été joyeusement enlevé par mademoiselle Marguerite, gentille à croquer sous les traits de Wilhelmine. Nos deux désopilants comiques, Emile et Vignères, ont fait assaut de verve et d'entrain. Vrai, c'était à se tordre sur les banquettes. — Qui se ressemble se gêne et les Brodequins de Lise, avec mademoiselle Marguerite, n'ont pas reçu un accueil moins favorable de la part de notre brave public.
Dimanche dernier, spectacle forcé : Rita l'Espagnole, la Rue de la Lune, et Un monsieur et une dame. M. Gilbert, notre grand premier rôle, a donné tous ses moyens et emporté le succès à la baïonnette. MM. Osannaz et Jules Bertrand ont mérité pour leur part d'être inscrits à l'ordre du jour. Mais les honneurs de la soirée ont été sans contredit pour mademoiselle Marguerite, qui jouait Rita. Voilà une comédienne, sarpejeu! Quel brio ! quel chic ! quel nerf! il faudrait avoir une âme de chacal pour résister à tant d'attraits. — Bravo, mademoiselle Marguerite, bravissimo !
Dans les entr' actes, M. Thibault fils a chanté deux chansonnettes comiques : Le Marchand d'images et Lolo à la correctionnelle. Nous a-t-il assez fait rire ! Pends-toi, Levassor, tu as trouvé un rival à Blidah !
Bardou est engagé pour dix représentations; frottons-nous les mains, morbleu!
LA
Barbastoul est seul. Il est censé relire à haute voix ce qu'il vient d'écrire.
C'est moi que ze fais mon testament.
Moi, Pamphile-Marius Barbastoul, de Marrrseille, le fils à Léonard-Ferréol-Zéphirin Barbastoul, aussi de Marrrseille, et à Mionne-Aime Noguès, sa femmo lézitime, z'ose le dire.
Quand on lira cette petite broçure, ze ne serai plus en vie. Z'aurai fait couic.
Autrement dit, z'aurai été exécuter un plonzeon dans le pays aux dorades, et le zenre humain il s'écriera : — Toi perdu Barbastoul!
Mais coumo ze ne veux pas çagriner les habitués du Café Alzèrien, qui l'ont l'habitude de me voir tous les soirs depuis des vingt ans, z'ai imaziné une çose : — Ze ferai la frime de me noyer en pêçant à la ligne.
Ze crois que mon idée, il est forte!
Quant à ceusse-là qui me demanderont pourquoi qu'est-ce que ze me détruis, ze te leur dirai — que mon essistence elle n'a zamais été qu'un tissu d'embêtements.
Mon père (que sa mémoire elle soit bénie!) était un cocon et un butor. Il tapait sur moi à se démancer le coude. Un zour qu'il m'avait dessiré le fond de ma culotte avec son soulier, ze lui dis en pleurant : — Mais, mon père, ze ne te vous ai rien fait! Il me répondit :
— Zuze doncques si tu m'avais fait quéque çoze!
Ma mère, elle était plus brave femme, écepté qu'elle buvait toute la zournée, mais c'était pour faire aller le commerce. Elle avait le couraze de dire à mon père :
— Pourquoi tu frappes touzours ce bagasson d'enfant? Ze te défends d'y toucer; tu sais bien qu'il n'est pas à toi.
Ces bonnes zens, pauvres coumo le grand Zob de la Mytholozie, ils ont oublié de me donner de l'instrussion. I disaient que c'était trop cer, et que c'était bon pour les savantasses. — Ze ne leur en veux pas, mais que le Iroun de Vair les cure! Ce n'est pas leur faute si Pamphile Barbastoul, il n'a pas été une fiçue bète.
A douze ans, z'étais embarqué coumo sqousso à bord
du Paul-Émilo, qu'il était un grand couquinas de trois-mâts, commandé par le capitaine Bergoumioux. C'est là que z'ai appris à éplucer les légumes et à faire un peu de la cuisine ; et si ze ne suis pas devenu un grand navigatur coumo Christophe et Colomb, c'est que ze me suis dégoûté trop vite des coups de garcette. Eh donc!
Aussi, ce te fut un beau zour pour moi lorsque, après dix-huit mois de tempêtes et de branle-bas, z'entendis le capitaine Bergoumioux qu'il disait à un hommo de l'équipaze : — Zette la sonde; que touçons-nous? L'hommo il répondit : — Fond de rocers. — Ces pas ça, qui dit le capitaine. — Un moment après : — Zette la zonde. L'hommo il la zette. — Fond de sable, qui dit. Le capitaine Bergoumioux il se promenait de longen larze. — Zette encore; que touçons-nous? — Fond
de m — Bagasse! nous sommes à Marrrseille, qui
dit le capitaine.
Mon cœur, il sautait de zoie!
Pour lors, voici que mon oncle Noguès, le maître portefaix, il se décède en me laissant une trentaine de mille francs.
Ze m'acète des boucles de l'oreille neuves, et ze rencontre le zeune moussu de La Vertepillère, le neveu au
fameux La Vertepillère, dont il est question dans l'histoire, l'ami au premier consul l. 1 me dit, en me saluant très-poliment : — Z'allais cez vous, Barbastoul, pour vous féliciter de votre héritaze. Ze lui dis, pour ne pas rester en reste de politesse : — Il ne fallait pas vous déranzer pour cela, moussu de La Vertepillère ; peuton vous offrir quéque çose?
Il assepte l'assinthe, et nous voilà à causer comme une paire d'amis.
I me dit : — A présent que vous êtes rice, Barbastoul, qu'est-ce que vous allez faire de votre arzent? — Tè! ze vais le garder, moussu de La Vertepillère. — Il faut vous lancer dans le commerce, qu'il continue ; z'ai zustement une affaire superbe à vous proposer. — Vous me faites bien de l'honneur, moussu de La Vertepillère,
1 La légende de M. de La Vertepillère est extrêmement populaire. C'est le Cadet Roussel de Marseille. Elle remonte au Directoire; en voici quelques traits : « Z'étais venu à Paris pour épurer des huiles... tranquillement... lorsque ze rencontre dans la rue un petit hommo, en redingote grise, zaune comme un pain d'épice. C'était le premier consul. Il m'accoste et dit: — Tê ! La Vertepillère! qu'est-ce tu fais ici, mon bon? — Eh! ze suis ^enu à Paris pour épurer des huiles... tranquillement... » Le premier consul emmène M. de La Vertepillère chez lui et le fait déjeuner. Il lui propose de partir avec l'expédition d'Egypte. « Et mes huiles, objecte La Vertepillère. — Eh bê! tes huiles, tu les épureras aussi bien en Ézypte qu'à Paris... tranquillement. »
La tradition fait voyager M. de La Vertepillère un peu partout, en Egypte, en Italie, en Espagne. Et toujours il se trouve quelqu'un sur son passage pour s'écrier : « Tè ! La Vertepillère ! » C'est un cadre élastique auquel chaque conteur ajoute une touche, une anecdote. C. M.
LA DERNIÈRE PENSÉE DE BARIîASTOUL É19
mais ze ne comprends rien aux ciffres. — I n'y a pas besoin de comprendre, qui dit; ze me çarze de tout; vous ne ferez rien et nous partazerons les bénéfices. — Ah! coumo cela, que ze dis, ze suis votre hommo; qu'est-ce que c'est que ces affaires? — Gés une invention sublime. — Ze n'en doute pas, moussu de La Yer tepillère. — Vous savez, Barbastoul, que tout il se fait auzourd'bui par le gaz. — Z'ai entendu parler de ça, que ze lui réponds. — Ze prévois que, dans quéque temps, on ne fera plus de portraits à l'huile; ze veux faire des portraits au gaz. — Au gaz, moussu de La Vertepillère ! — Sans doute, Barbastoul; vous allez me donner dix mille francs pour aller cercer le brevet à Parisss.
Couvasso! ze lui laçai les dix mille francs.
Le zeune moussu de La Vertepillère il resta trois mois à Parisss; quante il s'en revint i me dit : — Gés des imbécilles; ils ont refusé le brevet. — Et mes dix mille francs? que ze l'interroze. — Soyez tranquille, Barbastoul, vos dix mille francs ils sont en sûreté; ils sont en dépôt cez le gouvernement, qui vous les rendra dans un an et un zour. Ze me rassure, et ze lui dis : — Le gouvernement, il est bien oblizeant, et vous aussi, moussu de La Vertepillère ; mais vous vous êtes esguinté pour moi; ze n'entends pas ça; vous allez me dire qu'est-ce que c'est que ze vous dois. — Nous coserons de ça une autre fois, mon cer Barbastoul, qu'il me fait, en me donnant une pougnée de main.
Huit zours après, un matin qu'il pleuvait à verse, un vrai temps de cien, il s'en vient cez moi, d'un air tout estraordinaire, et il me dit : — Z'ai eu un sonze cette nuit; z'ai vu le grand La Vertepillère, mon oncle ; il m'a dit : « Mon neveu, va-t'en trouver Barbastoul ; ze porte beaucoup d'intérêt à ces aimable garçon; ze veux faire sa fortune et la tienno. »
Moi, ze pensais touzours au gaz, et ze lui dis : — Le brevet, il est donc arrivé? — Ces pas ça, qu'il me dit; ces autre çose. — Quèsaco? — Parlez plus bas, Barbastoul, on pourrait nous entendre. — Ne craignez rien, que ze fais, la porte elle est fermée; allez touzours. — Ze viens d'inventer le beau temps. — Vous, moussu de La Vertepillère? que ze lui dis en badinant, on ne s'en apercevrait guère. — Çut! qu'il méfait, et entendez-moi bien, Barbastoul. Est-ce vous savez d'où vient la pluie? — Elle vient d'en haut, queze réponds. — Sans doute, qui dit, mais elle est formée par les nuazes; ce qui fait que quantc on casse les nuazes, on casse la pluie. — Bon, ze lui dis, mais comment casser les nuazes? — On tire le canon dessus.
Ze te le toisai, croyant qu'il se fiçait de moi; mais le zeune moussu de La Vertepillère, il n'y faisait pas attention : — Exemple! vous voyez le matin un petit nuaze de rien du tout qui se faufile dans le firmament; vous lui dites : « Très-bien, mon bonhomme, ze te vois, attends un moment, zc vas revenir. » Puis vous faites transporter votre canon dessus le haut d'une grande
maison, et quante le nuaze il veut passer. . . pan ! boum ! boum ! ... il est pulvérisé ; pas plus de nuaze que dessus la main. Eh bé! Barbastoul, mon bon, z' espère que c'és assez prodizieux, ça... Vous allez me donner dix mille francs pour aceter du canon.
Pécaïre ! — les dix mille francs de l'invention du beau temps, ils s'en sont été rezoindre les dix mille francs des portraits au gaz.
Et dire que ze n'ai pas pu me payer le plaisir de casser le zeune moussu de La Yertepillère, parce qu'il m'a zoué le mauvais tour d'aller se faire embrocer à Cahors par le terrible Espitalier !
Encore, si z' avais été hureux en amour! mais va te promener. Touzours la même çance !
Z'aimais la Zoséphine, — qui était la belle fille que vous avez pu connaîtro, parce qu'elle était la première des premières au grandissime théâtro de Marrrscille. La Zoséphine zouait les dugazons, qu'on appelle. Moi, ze ne m'y connais pas, et ze me lice de la musique comme de la cuisine au beurre. — Mais la Zoséphine, c'était autre çose. Elle çantait mieux qu'Espinasse, zuzez!
Quante ze la vis, dans ze ne sais plus quelle bamboce où il v a des Turcs, ze me dis : — Barbastoul, In es pincé!
Z'allai cercer Cazenavette à son café, parce que Cazenavette, c'est un bommo de bon conseil et qui a touzours de beau linze. Ze lui dis : — Gomment tu t'y prendrais, toi, pour faire la cour à la Zoséphine? — Comment ze m'y prendrais, moi? qui dit. — Oui. — C'est pas difficile, mon cer; ze lui ferais des cadeaux. — Des cadeaux? qu'est-ce cette bête? ze lui dis. — C'est pas une bête, qui dit; c'est des boucles de l'oreille, des mouçoirs brodés et des çâles. — Des cales? tu plaisantes, Cazenavette? — Ze ne voudrais pas plaisanter avec un ami comme toi, qui dit. — Est-ce qu'un bon dîner, il ne serait pas la même çose? — Un bon dîner, il n'a zamais rien gâté, qui répond Cazenavette; et ze va tout de suite en commander un pour trois personnes.
Ze l'arrête par son bras.
— Trois personnes? que ze lui dit. — Eh oui ! puisque ze vas inviter de ta part la Zoséphine. — C'est zuste, ze lui dis. Et te voilà mon Cazenavette qui file comme une flèce. Il revient au bout d'un quart d'heure tout seul. Il me dit : — Allons nous mettre à table. - Eh bé! et la Zoséphine? ze lui demande. — La Zoséphine, elle n'a pas voulu venir ; mais qu'est-ce que ça fait? nous allons manger le dîner tous les deux.
Le dîner fini, Cazenavette il me dit : — Qu'est-ce
que ze t'avais dit, que ce n'était pas coumo ça qu'on prenait les femmes? qu'il faut des cadeaux, tu entends? — Où ça se prend, les cadeaux? — Ça se prend cez la bizoulière de la Ganebière, cez madame Aubarède.
Nous allons cez la madame Aubarède, qu'elle était de mauvaise humeur, parce que son liommo il te l'avait battue le matin. Ze lui dis, en tirant mon çapeau : — Madame, voulez-vous me vendre des cadeaux? Elle me dit : — Ze le veux sans le vouloir. — Madame, ze lui réponds, ze vous parle avec politesse, et z'ai lieu de m'étonner de ma surprise, venant d'un sece comme le vôtre. Après queze lui ai collé ça dans la main, elle me fait voir un tas de petites ficaises. Ze lui dis : — Montrezmoi aute çose. Elle va cercer, dans la vitrine, des pierres. Ze lui dis : — Montrez-moi aute çose. Elle me fait voir des diamants et des bagues. Ze lui dis : — Montrezmoi aute çose. Alors, la madame, elle me dit toute rouze de colère : — Vous allez me passer la porte, polisson, ou z'appelle la garde!
Dedans la rue, ze demande à Gazenavette : — Qu'est c'est que ze lui ai donc dit, et pourquoi qu'elle se face? — Ze ne sais pas; ces une folle, répond Cazenavette; allons cez une autre, zou! Nous y allons. Z'acètc pour quatre cents francs de cadeaux, et ze paye, pendant que Cazenavette il met les cadeaux dedans sa poce. Ze lui dis : — Pourquoi i\\ mets les cadeaux dedans ta poce? Il me dit : — 11 faut bien que ze mette les
cadeaux dedans ma poce, puisque ze va les porter de ta part à la Zoséphine. — C'est zuste, ze dis.
Nous nous en allons ensemble à la porte des atteurs et des attrices. Gazena\ette il me dit : — Attends-moi, ze monte une minute dans sa loze. Ze l'attends deux grandes heures. Il me dit : — Z'ai vu la Zoséphine, elle est ençantée et elle te remercie. — Z'en suis très-aflatté, que ze réponds. Mais elle n'a pas eu le temps de me coser elle m'a dit de revenir cez elle après le spéla-
que. Eh bé! et moi? — Toi, tu l'es trop inflammé,
mon cer, tu gâterais tout dans une première entrevue , rentre tranquillement cez toi, ze te raconterai demain matin ce qui se sera passé.
Le lendemain, Cazenavette il arrive de bonne heure. Eh bé? ze lui demande. — Elle t'adore, qui dit Cazenavette; mais elle veut une broce. — Qu'est ça, uno broce? — Ces un petit maçin en quéque cose de précieux qui s'agrafe dessus l'estomac. — Ya pour la broce, ze dis.
Z' avais mon plan. Ze lace mon Cazenavette en te l'envoyant aux allées de Meillan, et ze tire de l'autre côté. Z'acète la broce, et ze me fait annoncer cez la Zoséphine, qu'elle se faisait coiffer par le merlan du théatro. Ze lui dis, la bouce en cœur : — Bonzour, mon anze. Elle me dit : — D'où que vous sortez, l'ami? — Voici la broce, que ze fais. — Ah! très-bien, que vous venez de la part de mon cer amant le Cazenavette ; coumo va-t-il depuis ce matin, ce céri, ce fifi?
là DERNIÈRE PENSÉE DE BARBASTOUL 12c
IY
Les médecins i m'avaient conseillé un petit voyaze afin de me distraire. Zustement, Lagarrigue que ze rencontre sur le port, il me tape su l'épaulo : — Te voilà, grande fïème ! qui me fait; ze m'en vas à Parisss. — Tu t'en vas à Parisss, Lagarrigue? — Eh oui ! mon bon ; ils sont touzours à me ciller le dos avec leur Parisss; i faut voir ce que c'est; ça en vaut peut-être la peine, on ne sait pas. — Tu as rezon, Lagarrigue; ze pars avec toi, tê !
En route, nous prenons Ramadié; ça faisait que nous étions troisss. Nous t'embarquons dedans le cemin de fer des provisions de çarcuiterie et des bouteilles de vin, et des bouteilles de rhum, et des couteaux, et des forcettes. Tous les voisins i se plaignaient, mais nous te les envoyons promener, les voisins. Nous arrivons à Parisss, qu'il faisait tout noir et que tous les habitants iis étaient coucés, coumo des imbéciles; nous descendons dedans un hôtel qu'il était tout près de la gare. Ils appellent ça un hôtel, que ça fait suer! Au petit zour, Lagarrigue i se lève le premier et i me vient réveiller. — Eh bé! que que tu pense de leur Parisss? qui me dit. — Ce n'est pas quéque çose de si magnifique, que ze ré-
ponds. — Et que ça ne vaut pas Marrrseille encore! il azoute Lagarrigue. — Allons voir Ramadié, que ze propose.
Ramadié i ronflait dedans son lit, comme une grosse horloze; ze te lui donne un coup de poing et zelui dis : ■ — Esse que tu t'amuses, toi, à Parisss? — Moi, qu'il fait, ze m'embête comme tout. — Moi, ze ne veux pas défaire ma malle, qu'i dit Lagarrigue. — Moi, non plus.
— Eh bé! retournons à Marrrseille, que ze dis. Et nous retournons à Marrrseille.
Leur Parisss, quéque çose de propre!
Depuis ce voyaze, ze n'ai vu qu'une seule fois Laurigue et Ramadié. C'était il y a quinze zours. Ils allaient dîner à la Réserve. — Veux-tu venir avec nous? qu'ils me disent. — Non, que ze réponds tristement. — Eh! viens, Rarbastoul, nous çanterons, nous boirons, nous ferons la vie! — Ze ne peux pas, que ze te leur répète. — Et pourquoi? — Parce que ze n'ai pas le sou.
— Eh! viens tout de même, qu'ils disent; tu ne dîneras pas!
La vie, elle m'est à çarze, et celui qu'il voudrait m'empêcer de piquer ma dernière tête, ze te lui di- ■ rais : — Connais-tu la Méduse?
Àdiou, mes pichoims!
Il est inutile de percer de l'arzant dedans ma cambre; ze l'ai tout manzé.
On ne trouvera cez moi que ma grosse montre accrocée à mon clou de ma ceminé. Ze la donne en souvenir au petit Delpech, qu'il est le cien du commissaire, ou, pour m' exprimer plus poliment, son commis. Le petit Delpech il a été mon seul ami clans ces derniers temps...
Mais aussi il peut se vanter que ze te lui laisse une fière montre, quoiqu'elle soit en arzent; — elle te fait son heure en quarante minutes !
Si l'onretrouve mon corps, ze désirequ'on mette dessus ma tombe ces mots tout seuls :
a Pauvre Barbastoul! a