‹ Les années de gaietéChapitre 39 sur 60 · COMME QUOI L'HOMME DE LETTRES 60URG0IN · texte numérisé non relu

COMME QUOI L'HOMME DE LETTRES 60URG0IN

« Non, je n'écrirai pas de chef-d'œuvre, continua- » t-il en laissant retomber le rideau avec précaution.

» Le chef-d'œuvre est jaloux et exclusif; il n'admet » la femme que comme un sujet d'étude; il m'empê- » cherait d'adorer cette enfant si charmante et si pérît» verse; — ou, s'il me permettait de l'adorer en l'étu- » diant, il me rendrait malheureux comme Molière ou » cruel comme Gœthe.

» Je renonce au génie, c'est convenu. Remportez le » laurier, je ne suis pas encore chauve comme César ; » rentrez la pourpre au vestiaire, je ne veux pas monj> ter au Gapitole : — voilà un point bien arrêté. — Je » renonce également aux statues, statuettes et bustes i> qui sont la conséquence du chef-d'œuvre ; il ne me » plaît pas qu'on voie dans cent ans ma tète en marbre > dans le vestibule d'un musée ou au bas de l'escalier » d'une bibliothèque.

» Mon Parnasse à moi — pour peu qu'on tienne aie » connaître — est situé au delà de la barrière Montpar- » nasse; il s'appelle le coteau de Meudon. Il est fleuri, » il est touffu, il brille. C'est là que j'entraîne ma Muse » et que nous roulons tous deux dans la saison des rai- » sins...

» Ma Muse n'est pas bégueule, comme vous voyez; » mais je n'ai garde de lui faire un chef-d'œuvre, — » car il faudrait ensuite l'épouser.

» A bas le chef-d'œuvre ! »

Ayant dit, l'homme de lettres Bourgoin repoussa sa table dans l'ombre ; — puis il prit son chapeau, sortit et s'en alla écrire un article de petit journal sur le coin d'une table d'imprimerie.

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