‹ Les années de gaietéChapitre 42 sur 60 · L INVASION BORDELAISE · texte numérisé non relu

L INVASION BORDELAISE

A l'heure qu'il est, les Bordelais nous débordent; ils se sont emparés de Paris, — comme les rats norvégiens en 1815.

L'invasion bordelaise remonte aux dernières années du règne de Louis-Philippe; elle paraît avoir été déterminée par l'installation des chemins de fer; aussi peut-on regarder comme ses principaux chefs les frères Perdre, et, à la suite, MM. Félix Solar et J. Mirés, rédacteurs du Journal des chemins de fer.

Mais ce n'est guère que depuis dix années que cette invasion a emprunté le caractère foudroyant sous lequel elle se produit aujourd'hui. Si Bordeaux est désert, si les allées de Tourny s'endorment dans le silence, si le mince jet d'eau des Quinconces n'est plus qu'un arrosoir dans une solitude, la faute en est à cette émigration presque générale et tout industrielle.

Les Bordelais se divisent en deux classes : 1° Les israélites, 2° Les catholiques.

Les israélites font la Bourse; les catholiques font tes vins.

Les Bordelais catholiques ont moins de relief que le? juifs Bordelais, — au physique comme au moral. Le plaisir semble les absorber plus particulièrement. On remarque également chez eux un esprit de famille et d'union moins développé.

Leur patriotisme est très- restreint; au vrai, nous les croyons sceptiques. — Si nous ajoutons à cette qualité négative une absence presque complète de sensibilité, nous serons certain d'avoir défini le caractère de la plupart d'entre eux.

L'invasion emprunte une physionomie plus accusée à la présence des Bordelais israélites dans la rue Yivienne et aux alentours de la Bourse. Ici, les visages sont basanés, les nez ont des courbes énergiques, les yeux étincellent sous des arcs noirs, les bouches sont perdues dans des barbes dont la frisure rappelle les monarques assyriens. Ces israélites sont, en majeure

partie, originaires d'Espagne et de Portugal; leurs noms sonnent comme un romancero : c'est un débordement de Lopez, de Nunez, d'Alvarès, de Rodriguez, de Henriquez, de Melendez. La rue Bouhaut tout entière — ce Ghetto bordelais — s'est répandue sur nos trottoirs.

Dès leur arrivée, les israélites bordelais se sont trouvés en antagonisme avec les israélites allemands, protégés et fortifiés par leur idole de la rue Laffitte : Rothschild. Les juifs allemands ont moins de brillant, moins d'initiative que les juifs bordelais : ils n'ont point renoncé aux gémissements des plus humbles marchands de lorgnettes; ils accusent toujours des pertes. Mais ils connaissent l'esprit parisien mieux que personne, et, s'ils sont lents à voir, ils voient clair.

En attendant, ils laissent passer les Bordelais.

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