‹ Les années de gaietéChapitre 53 sur 60 · PORTRAIT MORAL · texte numérisé non relu

PORTRAIT MORAL

M. Gocodès est l'antipode de M. Prudhomme, dont il se moque, quoiqu'il vaille moins que lui. Il est l'expression bête et fatigante de la civilisation superficielle et de l'art faux. Au moins, M. Prudhomme a l'âpreté dans la sottise, tandis que M. Gocodès, souple et curieux, manque absolument de toutes les variétés de dignité.

Pour ne pas paraître un bourgeois, M. Gocodès se résout effrontément à toutes les affections. Il marche sur son cœur, selon l'image de M. Dennery, ou tout au plus, s'il se sent ému par quelque épouvantable catastrophe — ou par une jolie romance, — ii y va de sa larme. C'est tout.

L'an dernier, il perdit sa mère; je le rencontrai sur le boulevard. Il me serra très-fort la main, et me dit en levant les yeux au ciel : a II y a de ces choses avec lesquelles il ne faut pas blaguer. »

Ne demandez rien d'élevé à M. Gocodès : les grands génies l'épouvantent; il ne les connaît même pas. Il s'ect fait un idéal composé des frères Lionnet, en musique, — de Nadaud, en poésie, — deHamon, en peinture. Il n'aime que le genre.

Les femmes sont pour lui des biches, rien de plus, c'est-à-dire des personnes avec qui l'on soupe et l'on

fait du bruit. Je ne jurerais pas cependant qu'il n'aimât dans un coin de faubourg une femme de trente ans, qu'il cache avec soin et qu'il appelle : Nini.

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