‹ Les années funestes, 1852-1870Chapitre 21 sur 53 · AMNISTIE · texte numérisé non relu

AMNISTIE

Il s'assied sous un hêtre; il murmure : — J'oublie, Oubliez, oublions. — Douce mélancolie!

Piii>>, tendre, il prend sa flûte et soupire :

— 0 proscrits!

Pyranie aima Thisbé, Céphale aima Procris, Je vous aime. Accourez, bannis, je vous appelle. Amnistie est un mot singulier que j'épelle; Je ne sais pas très bien ce qu'il veut dire. Et vous? Mais je vous aime. L'ombre est tiède, l'air est doux. Proscrits, je songe à vous dans ma joie innocente; Pour que je sois heureux il faut que je vous sente Hespirer le même air que moi dans les vallons. Uevenez. Je le sais, les jours d'exil sont longs. Il est temps qu'enfin moi, vous, vos fils, vos compagnes, Nous allions tous ensemble errer dans les campagnes

6i LES ANNEES FUNESTES.

El que nous écoutions sous les mômes berceaux

Et sous le même ciel le môme chant d'oiseaux ;

Il est temps que je dise à mon Pinard fidèle :

Tiens! voici le proscrit, et voici l'hirondelle !

Dieu te ramène l'une, et moi l'autre. — Exilés,

Prenez la clef des champs dans mon trousseau de clés;

L'air du pays natal plaît à l'âme des sages;

Les champs vous calmeront. Beauté des paysages !

Moi César, devant qui Béhic est à genoux,

Chers bannis, je vous rends la patrie. Aimons-nous.

Revenez. Craignez-vous que mes chiens ne vous mordent?

Non. Mon sénat est doux. Les cœurs enfin s'accordent,

Et de boucher je suis redevenu berger.

Plus de banni dehors, dedans plus d'étranger.

Il me faut mes proscrits, mes proscrits à moi ! Certe

Je suis grand, mais sans vous la patrie est déserte.

Accourez dans mes bras et vivez sous mes lois.

Tous frères, tous français. Ainsi les vieux gaulois

Se réconciliaient trinquant sous la tonnelle ;

Le fond du verre était garni de pimprenelle.

Mon âme en sa beauté s'offre à vos yeux. Hélas î

Laissez-vous attendrir, proscrits. Quand Ménélas

Vit le sein nu d'Hélène, il jeta son épée.

Ma molle rêverie est de vous occupée.

Vous absents, je m'enfuis hagard dans les forêts.

En vain le Moniteur m'arrive humide et frais,

J'ai beau suivre aux prés verts la vache aisée à traire

Et songer au budget, j'ai beau pour me distraire

Laisser errer mes yeux sur le crâne poli

Du maréchal Regnault de Saint- Jean- d'Angely,

Je suis triste. Je sens du vague. Chaix-d'Est-Ange

M'ennuie; et par moments je me tourne. — Qu'eut ends-je?

Est-ce leur pas? Vont-ils revenir, mes bannis? —

Oh ! revenez! Avril gazouille dans les nids,

Toutes les fleurs des bois mêlent leurs aromates.

Cayenne et Lambessa, pontons et casemates.

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