AUTRES PRÊTRES
— Qu'ctes-vous ? — Tu le vois à notre robe. — Quoi I Les prêtres de Dieu ? — Non, les prêtres de la loi.
— De quelle loi ? — Du maître. — Et qu'est le maître? un homme.
— On l'appelle empereur ici, césar à Rome! Il est aigle de droit et de race vautour. Celui-ci fut jadis un criminel. Un jour
Il fit un serment, puis il s'embusqua derrière ;
Puis, comme les voleurs la nuit dans la clairière,
Il sortit brusquement de sa cachette, et prit
A la gorge l'honneur, la probité, l'esprit,
La gloire, la vertu, la pudeur, la patrie.
Et les tua. D'abord, voyant la loi meurtrie,
Nous fîmes préparer la corde et le gibet,
Comptant bien l'étrangler tout net, s'il succombait.
Mais il a réussi. La rudesse est un vice.
Et chez lui maintenant nous sommes en service.
A qui nous souffleta notre respect est dû;
Il sied qu'il soit sacré puisqu'il n'est pas pendu;
Nous faisons à présent pendre en son nom les autres.
Nous sommes les appuis de l'état, les apôtres
De l'ordre, et nous lavons les pieds du maître, emploi
Utile, et le meilleur que puisse avoir la loi.
La clarté de cet homme éclaire notre livre ;
Car il est naturel et simple qu'on lui livre
La conscience humaine et le code et Jésus,
Puisque c'est lui qui paie et qu'il a le dessus.
— Qu'est-ce que vous rendez, là, dans cette bâtisse,
Par la bouche ? — Cela s'appelle la justice.
Lorraine. Altwys, 27 août 1833.
Pour le prêtre il est saint, pour le juge il est juste ;
Il a raison.
Nul ne résiste ; il est sacré, suprême, auguste.
Par trahison ;
C'est de vin et de sang que sa lèvre est rougie.
Lourd prisonnier De cette double ivresse, il complète Torgie
Par le charnier.
Il a tout ; les sénats lui prodiguent leur âme
Et leur fierté, L'évêque en chape d'or sa prière, et la femme
Sa nudité
Devant lui la vertu frémit, l'honneur émigré; Pâle Psyché,
L'âme humaine voudrait s'enfuir \ et par le tigre Il est léché.
Il a par un viol possédé la victoire, .
Il est prudent Mais guerroyeur; il compte arriver à la gloire,
Bazaine aidant.
Les peuples sur leur tête ont cette splendeur noire ;
Il est debout, César, majesté, prince, empereur, dans l'histoire.
Et dans l'égout.
Le monde, ainsi qu'au temps de Claude et Gomnène,
Est là béant, Contemplant ce pygmée énorme, grandeur naine.
Hautain néant.
Il est le sphinx du trône ; il a pour toute règle
Le crime heureux ; Il habite un fond d'ombre; il est seul commeTaigle
Et le lépreux.
Il a l'armée, il a l'église ; il est superbe, Blême, ébloui;
Et tous les crimes sont épanouis en gerbe Autour de lui.
[POUh LE PRÊTRE IL EST SAINT.
n règne, il a la joie obscure de Tibère ;
Il est content...
Et pendant ce temps-là, le destin délibère,
Et l'ombre attend ;
Et, sœur de Némésis, l'implacable logique
Au front serein. Assise à son fourneau, chauffe à son feu tragique
Le vers d'airain.
26 novembre 1866.
Pour l'écrivain vénal il est un dur moment.
Après avoir tiré de son encre qui ment
Tout ce qu'elle contient de noirceur et de bave,
Après avoir été l'affreuse plume esclave,
Après avoir haï pour le compte d' autrui,
Soudain cet homme un jour sent que, venant de lui,
L'injure est un éloge et la louange un blâme,
Et qu'il ne peut plus nuire à force d'être infâme.
Quand il est démontré, prouvé, public, patent. Qu'on a livré son âme et qu'on a reçu tant. Qu'on est prostitué par brevet authentique. Qu'au trottoir du chantage on a tenu boutique. Qu'on s'est fait insulteur moyennant un loyer. Qu'on est allé chez ceux qui peuvent bien payer Vendre de l'imposture et de la'calomnie. Qu'on a, pour de l'argent, outragé le génie,