POUR L'ÉCRIVAIN VÉNAL
La probité, le droit, le courage, l'honneur.
On est mieux qu'assassin, on est empoisonneur ;
On est moins qu'un bandit du bois, on est un drôle.
L'or aux mains flétrit plus que le fer sur l'épaule.
Qu'il sorte des coquins de la honte qu'on sème; Qu'à propos de Monsieur Bonaparte troisième, Morlot cite Hildebrand, Troplong, Justinien ; Qu'en ce gouvernement napoléonien Le grand Napoléon soit pris, qu'on rende Hercule Grotesque, Achille farce et César ridicule ; Qu'on fasse du clinquant, du faux, des oripeaux, Avec les grands exploits, avec les grands drapeaux, Avec les saints chevrons des brigands de la Loire ; Que cet empire, utile aux banques, ait pour gloire De n'avoir point d'Eylau, d'Essling ni d'Austerlitz ; Qu'on soit des enrichis contents d'être avilis, Que le public opprobre à la Bourse se cote ; Que l'aigle se marie avec une cocotte... La colère a passé, j'ai l'immense dédain ; Je regarde pousser les fleurs de mon jardin, La mer chante, et je vois naître l'aube candide ; D'Austerlitz éclipsé le soleil sort splendide, Et si César décroît, les bois me sont témoins Q\i% le doux mois d'avril n'a pas un nid de moins.
Vous le trouvez bon. Soit. Moi je suis triste.
Hélas 1 Je pleure; et je finis, sinistre, accablé, las, Dans ce deuil où je sens tant d'angoisse m'étreindre. Par n'avoir qu'un besoin immense de tout plaindre.
Tout, môme ce vieillard, ô ciel noir! surtout lui!
Je songe à sa pauvre âme, où jamais rien n'a lui
Qu'une fausse clarté cachant la lueur vraie.
Le crépuscule est-il la faute de l'orfraie?
Hélas I ces malheureux grands-prêtres sont plongés
Sous un tel flot de nuit, d'ombre et de préjugés l
D'Aod à Samuel, de Joad à Caïphe,
Toujours le dogme a fait chanceler le pontiJ'e ;
Toujours dans cette coupe, hélas! l'homme hébété
A bu l'erreur croyant boire la vérité.
Il a ce livre, Dieu ; mais il ne sait pas lire.
Ah I j'ai beau m'indigner, je ne peux pas maudire.