MENTANA
A OAKIBALDI
Ces jeunes gens, ces fils de Brutus, de Camille,
De Thraséas, combien étaient-ils? quatre mille.
Combien sont morts? six cents. Six cents! comptez, voyez,
Une dispersion de membres foudroyés.
Des bras rompus, des yeux troués et noirs, des ventres
Où fouillent en hurlant les loups sortis des antres.
De la chair mitraillée au milieu des buissons,
C'est là tout ce qui reste, après les trahisons,
Après le piège, après les guets-apens infâmes,
Uélas ! de ces grands cœurs et de ces grandes âmes !
Voyez. On les a tous fauchés d'un coup de faulx.
Leur crime? ils voulaient Rome et ses arcs triomphaux ;
Ils défendaient l'honneur et le droit, ces chimères.
Venez, reconnaissez vos enfants, venez, mères!
Car, pour qui Tallaita, l'homme est toujours l'enfant. Tenez ; ce front hagard, qu'une balle ouvre et fend, C'est l'humble tête blonde où jadis, pauvre femme, Tu voyais rayonner l'aurore et poindre l'âme; Ces lèvres, dont l'écume a souillé le gazon, 0 nourrice, après toi bégayaient ta chanson ; Cette main froide, auprès de ces paupières closes, A fait jaillir ton lait sous ses petits doigts roses; Voici le premier-né, voici le dernier-né. O d'espérance éteinte amas infortuné !
Pleurs profonds ! ils vivaient, ils réclamaient le Tibre Être jeune n'est pas complet sans être libre. Ils voulaient voir leur aigle immense s'envoler; Ils voulaient affranchir, réparer, consoler; Chacun portait en soi, pieuse idolâtrie. Le total des affronts soufferts par la patrie ; Ils savaient tout compter, tout, hors les ennemis. Hélas! vous voilà donc pour jamais endormis! Les heures de lumière et d'amour sont passées, Vous n'effeuillerez plus avec vos fiancées L'humble étoile des prés qui rayonne et fleurit... Que de sang sur ce prêtre, ô pâle Jésus-Christ !
Pontife élu que l'ange a touché de sa palme,
A qui Dieu commanda de tenir, doux et calme,
Son évangile ouvert sur le monde orphelin,
0 frère universel à la robe de lin,
À demi dans la chaire, à demi dans la tombe.
Serviteur de l'agneau, gardien de la colombe,
Qui des cieux dans ta main portes le lys tremblant.
Homme près de ta fin, car ton front est tout blanc
Et le vent du sépulcre en tes cheveux se joue.
Vicaire de celui qui tendait l'autre joue, .
A cette heure, ô semeur des pardons infinis,
Ce qui plaît à ton cœur et ce que tu bénis