‹ Les années funestes, 1852-1870Chapitre 5 sur 53 · ÉCRIT SUR UN EXEMPLAIRE DES CHATIMENTS · texte numérisé non relu

ÉCRIT SUR UN EXEMPLAIRE DES CHATIMENTS

Le frissonnant essaim des pâles Euménides

Met les effrois Dans l'homme, et ne veut pas laisser les âmes vides

Et les cœurs froids;

Et ces femmes de l'ombre, éparses et volantes.

Rôdent dans l'air, Furieuses, et font des colères trop lentes

Jaillir l'éclair.

— Allons! réveille-toi! ne vois-tu pas Tibère?

Viens! fais un pas! Est-ce que pour frapper la foudre délibère?.

Ne vois-tu pas

Le mal partout, ici le crime et là le vice ;

Judas rêvant; Ce roi, ce juge, l'un achetant la justice

Que l'autre vend?

Frappe ! — Ainsi vont grondant les gorgones sublimes ;

Et leur vertu, Sinistre, ouvre au songeur l'horizon des abîmes

Et dit : Viens-tu ?

Et le poëte suit ces filles formidables.

— Monstres, j'accours!

C'est bien ! — Et, sur le haut des monts inabordables,

Dans les bois sourds,

Dans Tinclément désert, sur l'âpre mer sonore,

La sombre nuit Est contente ; et, plus bas, dans les prés où l'aurore

S'épanouit,

Dans l'azur, dans l'été, dans l'herbe et dans les mousses,

Dans la chaleur.

Dans l'idylle, on entend toutes les choses douces

Qui sont en fleur,

L'églantier, le rosier plein d'une âme invisible,

Le frais buisson.

Dire, en voyant passer le poëte terrible :

Il a raison.

Décembre 1854.

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