PREFACE. XI
public I II semble, en le lisant, qu'on voie le jeune artiste lauréat s'agiter dans la cour immuable de l'Institut, arrachant des touffes de ses abondants cheveux, maudissant le malheureux cor dont la distraction a causé tout le mal : ses amis s'empressent autour de lui, le plaignent en toute la sincérité de leur âme, tandis que les filles du professeur s'en vont criant que c'est un coup monté par la classe rivale. Cependant, la généralité des assistants hoche la tête en se demandant ce que cela veut dire; l'un, bon provincial, ami de la famille, cherche des paroles pour le consoler : « Mais non ! C'a été très bien ! Tout a été senti et apprécié ! » Mais son chagrin en redouble : « Comment pourrait- on sentir et apprécier ce qu'on n'a pas entendu ?. . . »
Il est aussi sincère dans ses accès de désespoir naïf que dans les témoignages qu'il donne de son contentement de lui-même ; qu'il s'agisse de défaites ou de victoires, il ne cèle rien. Ces batailles pour la cause de l'art ne sont-elles pas les seules choses qui ont de l'importance à ses yeux ? George Sand le jugeait fort bien quand, dans un paragraphe tout sympathique, elle disait de lui : « Peut-être bien a-t-il la scélératesse de penser en secret que tous les peuples de l'univers ne valent pas une gamme chromatique placée à propos, comme moi j'ai l'insolence de préférer une jacinthe blanche à la couronne de Fiance. Mais on peut avoir