X PREFACE
de génie, c'est le juste sentiment de la réalité. C'est une preuve de leur bon sens. Cette preuve, il est vrai que Berlioz l'a donnée abondamment! Nous la trouvons surtout dans les lettres à sa famille, où il se montre « en toute sa candeur » . Nous ne ferons pas le compte de celles qui commencent par ces mots : « J'ai obtenu hier un succès extraordinaire » , ou qui répètent avec satisfaction les compliments reçus, parlent des coups de chapeau adressés par des inconnus, etc. Au surplus, n'était-il pas naturel qu'il fût empressé à transmettre aux siens les bonnes nouvelles, fût-ce en les exagérant un peu? Et nous devons parfois à ces communications de voir tracés de petits tableaux de mœurs singulièrement évocateurs de la physionomie et de la vie de l'artiste, en un temps où cette vie était si caractéristique.
Lisez par exemple la lettre où il raconte l'exécution de sa première œuvre, une messe à grand orchestre chantée à Saint-Roch en 1825 : il évoque ses émotions, son agitation fiévreuse qui pensa faire perdre la tête au chef d'orchestre ; il dit le défilé à la sacristie des auditeurs ébahis, le discours en trois points du curé, l'étreinte paternelle du bon Lesueur qui, du premier jour, l'a deviné homme de génie...
Autre scène, cinq ans plus tard, après la distribution des prix de l'Académie des Beaux- Arts : sa cantate a été mal exécutée, il s'en désole comme d'un malheur