‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 11 sur 185 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

ces folies dans le cerveau et ne pas être l'ennemi du genre humain. » Cette exclusive préoccupation d'art, ce souci d'y tout rapporter, sont la conséquence de la haute idée qu'il se faisait de sa mission, et c'est bien à tort qu'on l'en voudrait blâmer. La confiance en soi est une condition nécessaire pour vaincre. Le lendemain de son premier concert (il n'avait guère plus de vingt -quatre ans, et c 'était la première fois qu'un musicien français tentait pareil effort), il écrivait à son père : « Plusieurs personnes redoutaient pour moi le souvenir des symphonies de Beethoven qu'on avait entendues dans le même local quinze jours auparavant. » Mais lui n'avait pas de ces craintes : ne venait-il pas de déclarer, le même jour, qu'il reprenait la musique au point où Beethoven l'avait laissée? Prétention risible de la part de tout autre : chez Berlioz, admirable perspicacité.

Pourtant il put avoir bien des sujets d'impatience lorsqu'il comprit que ce but, qui lui apparaissait clairement dès l'abord, restait inaperçu de la plupart de ceux qui marchaient à ses côtés. Là-dessus encore il fut averti dès le premier jour. La même lettre qui rend compte de ce concert de début contient cette phrase : « J'ai reconnu qu'on ne peut pas plier tout d'un coup un auditoire musical à des formes nouvelles. » Voilà une constatation qu'il eut d'assez fréquentes occasions de répéter par la suite !

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