‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 111 sur 185 · II. BERLIOZ · texte numérisé non relu

II. BERLIOZ

Lettres à Gounel.

A SA SOEUR ADÈLE

Jeudi, 26 décembre 1833.

Chère Adèle, Merci mille fois, bonne sœur, véritable amie, de ton affectueuse lettre; je l'attendais il va longtemps. Depuis

li L'ouverture du Roi Lear, composée à Nice en 1831, fut exécutée pour la première fois au concert que donna Berlioz au Conservatoire le 22 décembre 1833, et qu'il a, dans les Mémoires (XLV), appelé son « concert de réhabilitation ».

que je l'ai reçue, j'ai pris une furieuse revanche du gâchis du Théâtre Italien. Dimanche dernier j'ai donné un concert au Conservatoire avec un succès plus grand que je n'en ai obtenu de ma vie. Tout a été exécuté avec une perfection rare, une chaleur, un enthousiasme qu'on ne voit presque jamais parmi les artistes d'orchestre. L'effet a été foudroyant ; le public a fait recommencer la Marche du supplice malgré la longueur énorme du morceau. C'est la première fois que j'ai les honneurs du bis. La recette a été assez belle, je n'ai pas à me plaindre, sous aucun rapport. Henriette était dans un transport de joie dont toi seule au monde peux avoir une idée. Elle était si ravie en sortant au milieu des félicitations qui lui venaient des Alfred de Vigny i, Hugo, E. Deschamps, Legouvé, Eugène Sué (car il faut que tu saches que tous les poètes de Paris y assistaient). Oh! ma pauvre Adèle, pourquoi n'y étais-tu pas ? Mon oncle y a assisté ; je ne l'ai vu qu'un instant au commencement. Nous ne sommes pas très empressés de nous rencontrer. Il n'est pas venu me voir une fois depuis mon mariage ; je le rencontre dans le monde où je vais de temps en temps seul, par nécessité d'entretenir mes relations ; Henriette ne sort guère, elle aime mieux lire au coin du feu. Nous avons quelquefois nos amis le soir; M. Joseph Hocher a fait partie de notre petite réunion de la semaine dernière ; Alphonse vient souvent,

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