‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 127 sur 185 · A ALFRED DE VIGNY · texte numérisé non relu

A ALFRED DE VIGNY

[Paris, vers le 10 février 1835.]

Mille remerciements pour votre offre gracieuse; ma femme a hésité un instant à en profiter; mais tout bien considéré, la tristesse que lui cause l'obscurité où son talent se trouve condamné momentanément par les circonstances est trop poignante pour qu'une solennité dramatique comme celle où vous voulez bien l'inviter ne soit une épreuve cruelle qu'il vaut mieux éviter. J'irai donc seul applaudir Chatterton avec la chaleur d'affection et d'enthousiasme que je ressens pour le poète et la cause qu'il plaide si bien. En conséquence je lui renvoie la loge en le priant de l'échanger contre une stalle.

Mille amitiés bien vives et bien sincères.

H . BERLIOZ

Monsieur Alfred de Vigny, 3, rue des Êeuries-d Artois. Communiqué par M. Cliaper.

Cette lettre fut écrite peu avant la représentation de Chatterton, qui fut donnée au Théâtre-Français, le 12 février 1835. A quelques jours de là, Alfred de Vigny écrivait à Brizeux,

alors absent : « Où étiez-vous, ami ? quand Auguste Barbier, Berlioz, Antony, et tous mes bons et fidèles amis me serraient sur leur poitrine en pleurant... »

a humbekt FEKKAND, 15 avril 1833 (Let. int., 170, daté par erreur 183P>). o Je suis obligé de travailler horriblement à tous ees journaux qui me payent ma prose. Je fais à présent les feuilletons de musique dans les Débats. C'est une affaire importante pour moi... Je vais l'aire cet été une troisième symphonie sur un plan vaste et nouveau * ... — Meyerbeer va arriver pour commencer les répétition- de son grand ouvrage, la Saint-Barthélémy. Je suis fort curieux de connaître cette nouvelle partition. »

A SA SORTI! ADÈLE

Paris, 17 avril 1835.

Tu as bien raison, chère sœur, de t'étonner de mon long silence, mais ce serait à tort que tu y trouverais l'occasion d'un reproche. Tu ne sais pas jusqu'à quel point je suis esclave d'impérieuses occupations; vingt fois j'ai cru pouvoir disposer d'une heure pour t'écrire, et vingt fois je me suis trompé. L'obligation de gagner le plus d'argent possible pour acheter les mille choses qui nous manquent et nous manqueront longtemps

1. Cette symphonie n'a pas été écrite : la troisième symphonie de Berlioz, Roméo Pt Juliette, date de cinq années plus tard.

encore dans notre petit ménage, et même tout simplement pour vivre, me force de tirer de ma plume tout le parti possible. Si j'avais pu donner depuis trois mois quelques concerts nous serions à l'aise, mais n'y a-t-il pas en tout et partout des monopoles? La seule salle de Paris dans laquelle je puisse faire exécuter ma musique est celle du Conservatoire; or, par un privilège de la liste civile, elle est accordée exclusivement depuis le Ie1 janvier de chaque année jusqu'au 1er mai à la Société des Concerts. C'est la meilleure époque de l'année qui m'est interdite. Je vais, au 3 mai prochain, donner uni' dernière séance musicale1, puis je me tairai jusqu'à l'hiver prochain. Pendant cet intervalle j'ai plusieurs ouvrages à écrire sur lesquels je compte pour mon nouveau répertoire. Quant aux journaux où je travaille, ce sont : le Rénovateur, où je fais quatre articles par mois, fort peu payés, la Gazette musicale, où j'écris quand je le puis, qui me paye encore plus mal, puis enfin le Journal des Débats, qui m'a donné à faire, depuis peu, les articles concerts, que je signe H... et qu'on me paye cent francs chacun, quelle qu'en soit l'étendue. J'ai fait en outre une troisième livraison pour l'Italie pittoresque, et ce mois-ci j'ai composé une scène d'opéra2 pour mes concerts à venir. Le soir, très souvent il faut que je sorte, pour assister, dans les différents théâtres qui sont de mon ressort, aux turpitudes qui s'y commet-

1 . On y exécuta dans son entier V Épisode de la vie d'un artiste.

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