Benvenuto Cellini
tent et pouvoir ainsi en rendre compte le lendemain.
Tu vois que je n'ai presque pas le temps de respirer. Cet état de travail continuel n'est pas ce qu'il y a de plus fâcheux, il empêche de sentir les mille pointes dont la réflexion sur bien des choses me torturait ; mais Henriette se désespère de me voir travailler tout seul et de ne pouvoir rien faire, habituée qu'elle a été toute sa vie à être au contraire le soutien de tous les siens. Quelquefois le chagrin la prend à la rendre folle ; les consolations que je puis lui donner ne sont pas trop bonnes; il n'y a rien à dire contre les faits. Je l'ai menée chez Hugo dernièrement pour obtenir du poète un rôle approprié à son talent et dans lequel son impossibilité de bien parler le français fat justifiée; Hugo ne demande pas mieux que de chercher, mais on a déjà, par d'informes essais, usé et gâte toutes les situations dramatiques qui se présentent là-dessus. Pourtant nous ne désespérons pas encore. Hugo doit venir ces jours-ci nous dire s'il a pu vaincre ou tourner la difficulté. Il m'a offert un opéra le mois dernier. Scribe de son côté en a fait autant, mais ces offres sont inutiles à cause de l'opposition des directeurs de l'Opéra et de l'Opéra- Comique. Il me faut encore écrire pendant quelques années hors du théâtre avant de mettre le pied sur la nuque de ces stupides industriels.
En attendant, c'est une vie bien pénible et bien cruelle que la mienne sous le rapport de l'art. Être obligé de