L'attentat de Fieschi
illustres de la France; j'ai déjà fait deux morceaux, il y en aura sept. Véron n'est plus à l'Opéra. Duponchel s'est engagé avec moi pour un opéra en deux actes1. Mon père m'a écrit, ma sœur Adèle également, des lettres pleines d'affection. » Musard, Mozart, Ballanche.
destinataire inconnu (Catal. d'autogr. J. Charavay, 345). Il mande qu'il veut faire entendre à MM. Bertin et Duponchel des fragments de son opéra Benvenuto Cellini.
A PANOFKA
[Montmartre], samedi soir [10 octobre 1835],
Mon cher Panofka,
Nous comptons sur vous pour demain dimanche. L'heure du dîner est cinq heures. Le dîner sera tout à fait sans façon ; les convives seront : vous, M. Gounet un de mes anciens amis, ma femme et moi. Voilà tout. N'oubliez pas.
Adieu. Votre tout dévoué,
HECTOR BERLIOZ
Communiqué par M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.
Panofka, violoniste allemand, vint à Paris en 1834 ; il se fit entendre pour la première fois au Conservatoire dans un concert donné par Berlioz (Fétis).
1. Benvenuto Cellini, primitivement destiné à l'Opéra-Comique (Voir lettres des 15 mai et 31 août 1834),
A SA MÈRE
Paris, 11 octobre 1835.
Chère maman, Voilà bien longtemps que je veux vous écrire, mais je ne voulais vous donner que de bonnes nouvelles, c'est pourquoi j'ai tant attendu. Notre petit Louis est enfin hors de danger ; nous avons eu bien peur de le perdre; depuis plus d'un mois, Henriette ni moi n'avons passé une nuit tranquille ; mais le voilà sur pied et nous respirons. Il court avec sa bonne dans le jardin ; ses progrès sont fort lents. Malgré toute l'intelligence qui éclate sur sa petite figure, il ne dit pas encore un mot bien net. J'étais vraiment dans l'impossibilité de vous écrire quand M. Rocher est parti. Comment nous y avons tenu, c'est ce que je ne comprends pas ; ma femme a été plusieurs jours malade assez gravement; pour moi, j'ai eu mon mal de gorge, qui ne me manque jamais tous les ans et que la fréquence de mes excursions nocturnes dans la maison, souvent sans chaussure et demi nu, m'a ramené cette fois un peu plus intense. Mais puisque c'est fini, n'y pensons plus. Tout va-t-il bien à la maison? Votre santé se raffermitelle? Mon père est-il bien fatigué de ses vendanges. Je
n'ai pas signe d'aucun de vous, n'ayant vu personne de votre connaissance depuis fort longtemps. Je profite d'un moment de liberté qui me reste, avant de remonter à Montmartre, pour vous adresser ces quelques lignes; c'est chose rare, je vous assure, mes journaux me prenant tout mon temps. Nous sommes dans une maison peu éloignée de Paris, mais dont les abords sont assez pénibles; il faut pour y arriver gravir puis redescendre la montagne. La vue de la plaine Saint-Denis avec son tombeau des rois de France à l'horizon, les coteaux de Saint-Germain, Montmorency, etc., est vraiment magnifique. Et quand Adèle me disait dans une de ses lettres qu'elle voudrait pour moi le bon air, elle me souhaitait ce dont je suis loin de manquer. Notre jardin est fort grand; le salon de notre appartement était jadis un pavillon bâti par Henri IV pour la charmante Gab?'ielle, c'est une antiquité intéressante que nous avons un peu restaurée à la moderne. Malgré la fatigue extrême que me causent mes allées et venues à Paris, nous garderons ce logement pour cet hiver. Outre le site et le bon marché, il offre un autre avantage en nous affranchissant de la servitude des visites ; les oisifs y regardent à deux fois avant de venir me relancer et me faire perdre mon temps.
Par-ci par-là mes amis viennent passer une demijournée à la maison ; dernièrement pour l'anniversaire de la naissance de Louis, nous avons eu une réunion brillante. L'élite de la jeune littérature contre révolu-
tionnaire, c'est-à-dire celle qui a secoué le joug de Victor Hugo, s'y trouvait. Nous avons joué aux barres dans le jardin comme de vrais écoliers.
A propos de poètes, je dois enfin vous apprendre que je viens d'être reçu à l'Opéra. Le nouveau directeur étant dans de tout autres dispositions que son prédécesseur, je lui ai présenté un opéra en deux actes qui a été fait sous mes yeux par MM. Alfred de Vigny, Auguste Barbier et Léon de Wailly *. Il l'a reçu avec le plus vif empressement. En conséquence, je vais me mettre dans peu à écrire la partition. J'ai de grands détails à vous donner sur cette grande affaire qui est pour moi de la plus haute importance, je les réserve pour ma prochaine lettre. Je répondrai bientôt à Adèle et à Prosper.
Adieu, chère maman, je vous embrasse tendrement.
Votre affectionné fils,
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Reboul.