A Genève
suis esclave, pour t'expliquer pourquoi mes partitions ne t'arrivent pas encore. Je viens de recevoir d'Allemagne une ouverture des Francs- Juges arrangée à quatre mains de telle sorte que j'ai eu peine à reconnaître mon ouvrage. On l'a taillée, rognée, etc., de la façon perfectionnée de Castil-Blaze. J'exècre ces insolentes libertés, et cette nouvelle preuve du danger qu'il y a pour moi à laisser circuler mes ouvrages m'a fait prendre décidément le parti de ne rien laisser graver jusqu'à ce que j'aie fait le voyage d'Allemagne. On me menace même d'un autre arrangement à quatre mains de ma première symphonie d'après ta partition de piano; Dieu sait le ravage que tous ces conscrits maraudeurs vont faire là dedans. Je ne veux pas leur donner une nouvelle proie.
Adieu, je t'écrirai plus longuement dans quelque temps.
Mille choses à Bloc de ma part.
Ton ami,
H. BERLIOZ
P-S. — Il y a plus de deux mois que mon article , sur le Conservatoire de Genève attend aux bureaux des Débats1. J'en ai trois autres qui sont dans le même cas, je ne sais pas quand ils seront imprimés.
1. Cet article, dont il était déjà question dans une lettre du
25 janvier précédent, n'a passé dans le Journal des Débats que le
26 août 1836.
Schlesinger a reçu de toi dernièrement une lettre relative à un article sur tes compositions ; il n'était pas d'avis d'imprimer celte analyse dans la Gazette musicale, et après l'avoir lue, sur la demande qu'il m'adressait si cette critique te serait avantageuse ou nuisible, j'ai dû lui dire ce que je pensais de l'esprit général de l'article. Il n'est pas tel que je l'eusse désiré pour toi, et, quant à l'impression qu'il aurait faite sur le public de Paris, il est hors de doute qu'elle était de nature à ce que tes amis doivent chercher à t'en préserver. Comme tu désirais formellement l'insertion de l'article, peut-être Schlesinger aurait-il dû ne pas la refuser ; mais il m'a demandé ma pensée au sujet de l'avantage qui pourrait en résulter pour toi et je ne pouvais manquer de franchise en pareille occasion; je crois avoir bien fait1.
Adieu, adieu ; pourquoi diable es-tu loin de Paris?...
Communique par M. Emile Ollivier.
a hoffmeister, éditeur de musique à Leipzig, 8 mai 1836 (Corresp. inéd., 113, d'après la Gazette musicale). Protestation contre une édition iniidèle de l'ouverture des Francs-Juges.
1. La Gazette musicule de 1836 n'a rien publié qui réponde à ces indications. En revanche, son numéro du 12 juin contient un article sur Liszt, dû à la plume de Berlioz lui-même.
A SA SOEUR ADELE
Montmartre, vendredi 1er juillet 1836.
Il faut bien, chère Adèle, trouver un moment pour t'écrire, ne fût-ce que dix lignes, pour te charger de remercier mon excellent père. J'ai peur qu'il ne se soit gêné pour m'envoyer cet argent auquel j'étais loin de m'attendre, et cette idée m'attriste plus que je ne saurais dire... Embrasse-le ainsi que maman de ma part.
Je suis bien aise que de petites excursions chez ton ancienne amie puissent de temps en temps te fournir d'agréables distractions ; je me figure qu'en effet tu as dû t'amuser beaucoup chez madame Boutaud1, beaucoup plus même qu'à Grenoble.
A propos de Grenoble, j'ai vu ces jours-ci madame Aprin2; nous comptions l'engager à déjeuner dimanche prochain, d'après ce qu'elle m'avait dit de son projet de voyage à Montmartre ; mais son départ anticipé nous privera du plaisir de l'y recevoir. Elle part aujourd'hui.
1. Précédemment mademoiselle Louise Veyron, amie des sœurs de Berlioz; elle était devenue, par son mariage, belle-sœur de leur oncle le colonel Marmion.