‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 137 sur 185 · A. L INGENIEUR BUSSET · texte numérisé non relu

A. L INGENIEUR BUSSET

[Paris,] le 9 octobre 1836.

Monsieur, Je me disposais à faire les démarches que vous m'aviez indiquées dans votre dernière lettre, quand un mot de M. Quinzard (chez M. Lemoine) m'a arrêté de votre part. Je pense comme vous qu'il y a moyen de donner à votre réplique un éclat beaucoup plus grand que celui qu'elle aurait pu avoir dans la Gazette musi-

cale ; ainsi, bon courage ! Faites-en tirer beaucoup d'exemplaires, les lecteurs ne manqueront pas. Je vous salue, de cœur, votre tout dévoué,

H. BERLIOZ

(non homme de lettres) comme vous voulez bien l'appeler.

Bibliothèque publique de New-York, Collection Ford.

Le destinataire de cette lettre, ingénieur à Dijon, avait publié un livre sur l'harmonie qui donna lieu à une polémique à laquelle pri part Fétis et où l'autorité de Berlioz fut invoquée plusieurs fois (voir Revue et Gazette musicale des 12 juin, 31 juillet, 28 août et 6 novembre 1836).

A SA SOEUR ADELE

[Paris,] 22 décembre 1836.

C'est vrai, chère Adèle, nos lettres se croisent, mais le pis est que je ne puis les faire se croiser souvent. Tu n'as pas idée de l'esclavage où me tiennent mes cinquante mille affaires. Je n'y reviendrai pas, t'en ayant déjà parlé bien souvent. Pour répondre à tes questions le plus directement possible j'entre en matière tout de suite.

Je viens de donner deux concerts i ; comme succès d'art je n'en ai jamais eu de pareil, à cause de l'immense supériorité de l'exécution que j'ai obtenue en conduisant moi-même l'orchestre. Comme succès d'argent, les frais de chacun des deux concerts étant de dix-huit cents francs et la recette du dernier ayant été partagée entre Liszt et moi, il me reste de bénéfice net seize cents francs, et de plus cent soixante francs qu'on me doit pour des billets placés dans Paris, et soixante-quatre francs la loge du ministre de l'Intérieur, qui est venu à mon premier concert mais qui, j'en suis sûr, ne payera jamais. Supposons ce cas fort probable, j'aurai donc gagné en quinze jours dix-sept cent soixante francs, dont j'avais un furieux besoin pour payer les billets que j'ai faits à mon marchand de meubles et à d'autres, et dont l'échéance est proche.

Figure-toi que j'ai eu un instant de terreur panique en songeant que je n'avais rien de nouveau à offrir au public et que je pouvais ne pas faire les frais. Heureusement Henriette a eu plus de confiance que moi et m'a poussé à persister. J'ai donc affiché mes deux grandes symphonies qui n'avaient jamais été données ensemble en entier, et la foule est venue. Malheureusement encore, comme presque toujours, j'ai été assassiné de demandes de billets par les quarante ou cinquante journaux petits et grands qui déraisonnent dans Paris, et j'ai été obligé,

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