ANNÉES D'ACTIVITÉ PRODUCTRICE
(Suite.)
Le Requiem — Benvenulo Cellini. — Roméo et Juliette. Symphonie funèbre et triomphale.
a kobert schumann, 19 février 1837 (Corresp. inéd., 116).
Cette pièce est plutôt un article de journal, dédié à Schumann, qu'une lettre proprement dite. Après avoir remercié le jeune maître des soins qu'il prend à faire connaître son œuvre en Allemagne, Berlioz lui fait part de son intention de se rendre lui-même dans ce pays afin d'éviter les erreurs d'exécution qui se produisent toujours en dehors de la présence du compositeur.
A SA SŒUR NANCI
Paris, ce 27 février 1837.
Chère sœur.
C'est à grand'peinc que je puis trouver cinq minutes pour l'écrire quelques lignes ; au milieu de l'instrumen-
talion de mon opéra, de mes maudits articles et des courses qu'ils me forcent à faire, tu peux penser si j'ai des loisirs. Il faut pourtant que je réponde, à toi d'abord, à mon père ensuite, puis à Adèle, sans compter dix ou douze lettres qui depuis six mois me font sais doule accuser d'impolitesse ou de négligence tout au moins par plusieurs de mes amis. Le couvert d'argent que tu as envoyé à Louis l'a ravi comme tu l'imagines ; son parrain (Gounet) lui a justement donné le jour de l'an une timbale, et le voilà riche. C'est un enfant étourdissant... de grâce et de gentillesse. On dit merveilles de ta fille; Prosper encore dernièrement m'en parlait, avec son ton de jeune homme qui s'émancipe, de la façon la plus flatteuse. Mon oncle aussi m'assure qu'il n'y a rien d'exagéré. Nous le voyons souvent ; il me charge de te dire que, dans le cas où tu te déciderais avec Camille à faire le voyage de Paris, il a un logement à vous offrir. Dans le fait, il est fort à l'aise dans son charmant appartement au bord de la Seine, en face des Tuileries. Celte raison peut faire pencher la balance pour le voyage.
Il paraît que vous avez été rudement influencés x, toi et les tiens; pour Henriette et moi, la grippe a été assez
1. C'est la deuxième fois, à notre connaissance, que l'on voit paraître dans les écrits de Berlioz le nom d'une maladie réputée plus moderne. Le chapitre XL1I des Mémoire* (Voyage en Italie) parle en effet de Yinfluenza qui sévissait à Rome : « Une sorte d'influenza plus ou moins contagieuse désole la ville ; on meurt très bien, par centaines, par milliers. »
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discrète, elle s'est bornée à nous faire enrager pendant huit ou dix jours. J'étais obligé de travailler dans mon lit, ce qui est fort incommode. J. Janin m'a depuis peu cédé de fort bonne grâce le feuilleton des théâtres lyriques dans les Débats (le Théâtre-Italien et les ballets seulement ne sont pas de mon domaine), de sorte que je tiens sous ma férule l'Opéra et l'Opéra-Comique ; mais c'est une position bien difficile à conserver sans de vilaines concessions. Ainsi, dans quelques jours, je vais avoir à dire passablement de bêtises indulgentes pour une énorme niaiserie musicale appelée Stradella, dont j'ai vu la répétition hier soir, à l'Opéra. Mille raisons m'y obligent, indépendamment de l'inconvenance qu'il y aurait dans ma position à éreinter un jeune compositeur l qui s'est trouvé longtemps dans la position où je me trouve vis-à-vis du théâtre. Mais je te préviens de ne rien croire de ce que je dirai de la musique, car, depuis quinze ans que j'en entends, je n'ai encore rien rencontré d'aussi tranquillement plat. Cela fait terriblement ressortir l'œuvre de celte pauvre mademoiselle Bertin, cent fois plus virile, et forte, et neuve, que cette musique suisse qui n'est ni allemande, ni italienne, ni française, mais touche un peu à toutes ces écoles comme le pays de son auteur touche aux trois autres. Par habitude, je retombe dans le feuilleton en t'écrivant, pardonne-moi, car j'aimerais infiniment à m'en corriger et, Dieu