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Celle»: des Francs-Juges et du Roi Lear

2. La Bibliothèque du Conservatoire possède, dans sa collection d'autographes de Berlioz, un fragment inachevé d'Engoué. — Madame d'Agoult a reçu plus tard de Berlioz la dédicace de la poétique romance : La Mort d'Ophélie, dont les paroles sont d'Ernest Legouvé.

36(i LES ANNÉES ROMANTIQUES.

moi, mais comme il n'aura pas fini à beaucoup près, quand Cosme de Médicis sera joué, on X obligera de me céder le pas. En attendant je viens de faire mon ouverture et je l'instrumente à loisir.

Hiller voyage donc avec son ami Rossini, au dire des journaux? Qu'il prenne garde de ne pas être le Bertrand de ce Robert Macaire.

Adieu. Mille amitiés.

H . BERLIOZ

Communiqué par M. Emile Ollivier.

La lettre du 18 janvier 1838, dans laquelle Berlioz manifestait à sa mère les inquiétudes qu'il éprouvait pour sa santé est, à notre connaissance, la dernière qu'il lui ait écrite : madame Berlioz mourut un mois plus tard, le 18 février 1838. Sa mort coïncidait avec les fiançailles d'Adèle, qui épousa quelques mois plus tard Marc Suât, notaire ù Saint-Chamond, puis à Vienne. Ce mariage ne fit que resserrer les liens qui unirent toujours le frère et la sœur, et les membres de la nouvelle famille connurent à leur tour les bienfaisants effets de cette affection.

A MARC SUAT

7 mars 1838.

Mon cher Suai, Votre lettre m'a fait un bien grand plaisir, et si je n'y ai pas répondu plus tôt, c'est qu'en vérité depuis quelques

jours je perds le sommeil et le sentiment des réalités, tant l'ouvrage auquel je travaille m'absorbe. Ce soir, je profite d'un moment de repos pour vous dire combien je suis enchanté de la vive affection que vous éprouvez pour ma sœur. C'est une excellente enfant, qui vous rendra très heureux, j'en suis sûr. Quant à vous, je connais la bonté de votre caractère, et l'avenir de ma sœur me paraît assuré.

Nous avons parlé de vous bien souvent avec Dufeuillant, à son dernier voyage à Paris ; c'est un ami sincère que vous avez là.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble comprendre par une phrase de votre lettre que vous pensez à faire avec Adèle le voyage de Paris... le pourrez- vous en effet?... Ce serait un grand bonheur pour moi, qui suis enchaîné ici de manière à ne pouvoir m'absenter seulement pour une semaine. Mon oncle Marmion est plus heureux, il assistera à votre mariage, il m'a promis de m'écrire à ce sujet. Vous seriez bien aimable de m'adresser aussi quelques lignes à votre arrivée à la Côte. Il n'y a que mon pauvre père qui m'inquiète, il va demeurer seul jusqu'à ce qu'un beau jour je puisse aller le surprendre et l'embrasser après une si longue séparation.

Mille amitiés.

Votre tout dévoué,

H. BERLIOZ

P. -S. — Le premier jour où j'aurai le temps d'aller

368 LES A.NNÉES ROMANTIQUES.

chez Dantan1, je vous ferai expédier les deux bustes que vous me faites le plaisir de me demander.

Communiqué par madame Chapot.

Les deux futurs beaux-frères, qu'unit toujours une vive affection, se connaissaient longtemps avant cette alliance; étudiants à Paris, ils s'étaient déjà trouvés attirés l'un vers l'autre par un commun amour de la musique. Suât donna à Berlioz la satisfaction de comprendre et d'apprécier son effort d'artiste : nous verrons celui-ci écrire à Adèle, en 1856 : « J'ai toujours beaucoup souffert en silence de vous voir tous (ton mari excepté) ne considérer que le résultat final de mes efforts et de mes rêves... »

A SON PERE

Pari--. 19 mars 1838.

Mon cher père, Votre lettre, celle d'Adèle et celle de Camille m'ont affligé presque en même temps d'une façon tout à fait inattendue. Adèle me parle de certaines dispositions faites en sa faveur par notre excellente mère, d'un air à me faire croire qu'elle redoute l'effet de ce léger avantage sur l'esprit de ses frères et sœurs... Vous

1. Dantan aîné, camarade de Berlioz à l'Académie de France à Rome, a exécuté son portrait en médailton (reproduit on tête de ce livre). Dantan jeune a fait sa charge : Ber. lit. haut (voy. Ad . Jullien, Hector Berlioz, p. 101).

ajoutez des détails sur vos intentions personnelles à notre égard qui indiquent le découragement profond avec lequel vous envisagez votre avenir. Au nom de tout ce qui nous est cher, ne parlez plus ainsi, rien n'est plus inutile. D'après les lettres de mes sœurs, vous auriez supporté notre malheur avec votre courage ordinaire, se sont-elles trompées?...

Nous parlerons plus tard, beaucoup plus tard, de ces questions d'intérêt que vous me proposez avec un si triste sang-froid; et en tout cas, pour ce qui me regarde, ce que vous ferez sera toujours bien. Je remercie mademoiselle Clapier l d'être . venue avec ma sœur passer quelque temps auprès de vous; c'est, à coup sûr, la société qui peut, en d'aussi cruelles circonstances, vous être la plus consolante et la plus douce; j'espérais bien qu'elle ne vous ferait pas faute. Que fait Prosper?On ne m'en parle jamais. Et Nanci, comment se trouve-t-elle?

Vous n'avez aucun projet de voyages, je le crains ; et pourtant rien au monde ne vous serait meilleur sous tous les rapports.

Pour moi, mon esclavage continue, ou, pour mieux dire, il devient plus dur de jour en jour. J'ai l'espérance fondée, mais sans aucune certitude d'être nommé directeur du Théâtre Italien 2. Les hommes d'affaires qui

1 . Mademoiselle Nancy Clapier, amie intime de la famille Berlioz.

2. La Gazette musicale du 10 juin 1838 annonça cette nomination comme faite. On verra par la lettre du 28 juin ce qui en advint.

m'ont choisi et m'ont fait demander le privilège en mon nom, m'assurent des appointements fixes de six mille francs et un cinquième dans les bénéfices de l'exploitation du théâtre. D'un autre côté, on m'a engagé à me mettre sur les rangs pour une place de professeur d'harmonie vacante en ce moment au Conservatoire ; celle-là n'est que de deux mille francs. Je n'y compte pas du tout ; Cherubini poussera toujours de préférence ses créatures 1 ; d'ailleurs, depuis le succès de mon dernier ouvrage, sa haine, obligée d'emprunter les formes d'une obséquieuse amitié, n'en est que plus intense.

Enfin on monte mon opéra 2 ; les intrigues se croisent autour de moi depuis mes deux premières répétitions, au point de me donner des vertiges ; il faut les suivre cependant, avoir l'œil sur tout et ne s'effrayer de rien.

Je vous parlerai plus au long de tout ceci dans une prochaine lettre, quand ma situation sera plus nettement dessinée.

Adieu, cher père, ne vous inquiétez pas de mon avenir et songez davantage à vous-même. De tous les témoignages d'affection que vous puissiez donner à vos enfants, le soin de votre santé et de votre repos est celui dont ils ont le plus besoin.

Votre affectionné fils.

H. BERLIOZ

Communiqué par madame Chapot.

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