Voir ci-dessus, lettre du 20 septembre
de Nemours; il parait qu'on a envie de me voir. Quand je serai tout à fait guéri, je me présenterai.
Prosper travaille beaucoup, le directeur de son institution m'a dit plusieurs fois qu'il était très content de lui. Vous savez que nous avons toujours été fort bien ensemble, mon frère et moi, je puis vous assurer que j'ai toute sa confiance et que le meilleur moyen de l'obtenir c'est de montrer qu'on en a en lui. Il se plaint d'être entouré exclusivement de petits garçons ; je ne sais si c'est à dessein que vous l'avez placé dans cette institution. Il aurait besoin de couvertures. Il meurt de froid dans son lit. Il voudrait aussi pouvoir, comme quelques autres, travailler dans une chambre à part. Je le trouve plus avancé que je ne m'y attendais. Sa tête est assez bien meublée. Il me semble que mes sœurs l'ont jugé bien sévèrement. C'est un esprit lent, mais qui se développera tôt ou tard d'une manière fort remarquable. Il est transporté de joie quand je puis le faire sortir et pour moi j'en ai beaucoup aussi à le voir.
Adieu, cher et excellent père, faites-moi donner de vos nouvelles le plus tôt possible. J'écrirai je pense bientôt à Adèle pour lui apprendre comment se sera passée ma nouvelle bataille à l'Opéra.
Henriette et Louis ont été malades aussi, mais ils vont mieux fort heureusement.
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Chapot.
AU MÊME
[Paris,] 18 décembre 1838.
Cher père, Mon dernier concert a obtenu avant-hier un tel succès que je ne sais comment vous le décrire. Mais voilà un fait.
Après le concert, Paganini, ce noble et grand artiste, est monté au théâtre et m'a dit que pour celte fois il était tellement ému et étonné qu'il avait envie de s'agenouiller devant moi ; comme je me récriais sur cette expression outrée, il m'a entraîné vers le milieu de la scène, et là, en présence des quelques musiciens de mon orchestre qui n'étaient pas encore sortis, malgré mes efforts, il s'est mis à genoux devant moi déclarant que j 'étais al lé plus loin que Beethoven.
Ce n'est pas tout. A présent, il y a cinq minutes, voilà son fils, le petit Achille, charmant enfant de douze ans, qui vient me trouver et me remet de la part de son père la lettre suivante avec un présent de vingt mille francs:
Mio caro amico, Beethoven estinto, non c'erache Berlioz chepotesse\farlo rivivere ; ed io, cite ho gustato le vostre divine compo-
sizioni, digne di un genio quai sicte, credo mio dovere di pregarvi a voler accettare in scgno del mio omaggio venlimila franchi, i quali vi saranno rimessi dal signor baron de Rothschild.
Credete mi sempre
il vostro affcttuoso amico,