PRÉFACE. XVII
parler, une femme finie: malade et ruinée, plus âgée que lui, sa carrière d'artiste brisée. Berlioz la voulut pourtant, et son illusion put se prolonger encore quelques années (presque jusqu'à la fin de la période que comprend ce livre). Retenons donc au passage ce moment unique. Les confidences du jeune marié, puis du jeune père, à sa sœur Adèle — la seule de la famille qui lui ait toujours été fidèle — sont d'une ravissante expansion. Nous voyons le couple artiste pendant la « lune de miel », puis après la naissance du fils, retiré dans la solitude de Montmartre, vivant heureux et caché, l'épouse entièrement éloignée du monde après des années d'une vie si brillante, lui toujours à son labeur, et retrouvant chaque soir le calme bienfaisant dans cette atmosphère de bonheur. Bonheur trop fugitif!... Quelques-unes des pages écrites pour raconter à une sœur aimée cette vie familiale sont, sans que l'auteur l'ait cherché, de l'art le plus achevé. Des détails vulgaires, mêlés aux préoccupations les plus hautes, achèvent de donner au récit toute son impression de vérité. Nous lirons par exemple, dans la même lettre où Berlioz, dans le premier feu de la composition du Requiem, exhale son enthousiasme inspiré, des remerciements émus pour un pantalon que tante Adèle a brodé à l'intention de son neveu, âgé de trois ans. La réconciliation des parents avec l'enfant prodigue est scellée, sinon par le sacrifice