XVIII PREFACE
d'un veau gras, du moins par un envoi de confitures ; et quand Hector a adressé à son père un bulletin de victoire pour la première audition de Roméo et Juliette, le brave homme, dans sa joie, transmet la lettre à sa fille en y joignant. .. une pelote de beurre. Nous n'aurions eu garde de taire ces détails, bien dignes de l'épithète de « savoureux » : ce sont les accessoires de la vie d'un maître.
Les questions d'argent tiennent une grande place dans cette correspondance. On comprendra la cause de cette préoccupation chez un homme pour qui l'argent était chose secondaire, — un moyen, non un but, — lorsqu'on se sera rendu exactement compte de sa situation personnelle comme nous pourrons le faire en lisant ses lettres les plus intimes. Nous verrons que, depuis l'âge de vingt ans jusqu'à une époque déjà avancée de sa carrière (bien postérieure à celle à laquelle s'arrête ce volume), il ne cessa pas d'être dans la situation la plus précaire. Or, si beau que soit le rêve, la vie a des réalités avec lesquelles il faut s'accommoder, sous peine que tout se dissipe à la fois. Berlioz le comprit. Nous allons donc assister à sa double lutte parallèle pour le pain quotidien, et pour l'art. Il me paraît difficile que l'on puisse assister à ce spectacle sans être rempli de pitié. Je pense aussi qu'une profonde estime devra s'y joindre. C'est dans les lettres à la famille qu'on trouvera la plus