PREFACE. XIX
grande abondance de renseignements sur ce sujet : cela se conçoit ; les affaires d'argent sont celles qui intéressent avant tout les gens de province, dont la première parole, lorsqu'il est question de quelqu'un, est pour demander: «Qu'est-ce qu'il gagne?» L'enfant de la Côte-Saint-André, du fond de son grand Paris, voudrait bien n'avoir que de bonnes nouvelles à donner ; il s'y étale avec complaisance quand par hasard l'occasion s'en présente. Mais qu'elle est rare ! Il suppute le bénéfice de ses concerts, le prix de ses articles, ses droits d'auteur, si dérisoires ; il se désespère de n'avoir pas les quelques avances qu'il lui faudrait pour travailler librement à la composition. Parfois il nous fait sourire en donnant à ce regret une formule positive, parlant de ses œuvres futures comme d'un placement avantageux qui doit lui faire réaliser des bénéfices considérables. Comme c'est pour cela qu'il travaille! ... En attendant, il faut qu'il paie ses meubles (ceux qui les ont vus ont dit qu'ils n'étaient pas beaux), et le produit de quelques maudits feuilletons sur des platitudes y servira mieux que la Symphonie fantastique.
Cette difficulté de se procurer de l'argent lui en fait connaître le prix. Aussi est-il très scrupuleux en ces matières. S'il est redevable d'un service à quelque ami pitoyable à sa peine, il en manifeste une gratitude qui montre l'importance qu'il lui reconnaît. Legouvé a dit