XX PREFACE
fort à propos, rappelant deux incidents racontés dans les Mémoires : « Il nous a donné en remerciements cent pour cent de notre argent, comme s'il ne nous l'avait pas remboursé. » On trouvera de nouveaux témoignages de cette même préoccupation dans les lettres. Il a compté le don de Paganini comme un des événements les plus considérables de sa vie, — avec raison d'ailleurs, car ce don, si grandement à l'honneur de celui qui l'a fait, ne doit pas être considéré comme une aubaine quelconque : ce fut, à proprement parler, le salut de Berlioz, salut pour l'avenir, pour les siens et pour l'art. Comme il le comprit vite ! Dans la même lettre où il en donne la nouvelle, il s'écrie : « A présent je pourrai faire mon voyage d'Allemagne ! » Admirable préoccupation ! Ce n'est pas au repos ni à l'abondance qu'il songe : dès la première minute, il voit avec joie qu'il a le moyen de continuer sa mission, qu'il pourra faire honneur à son art. En attendant, il jouit du bonheur de travailler en paix : il n'attend pas un mois pour se mettre à l'œuvre et entreprendre la composition de sa plus vaste symphonie.
A côté du Berlioz intime, les lettres vont nous montrer l'homme public, en relations avec toutes les sommités de son temps. Il est l'ami des écrivains, des poètes, des artistes, — et même de quelques musiciens. Les jours de ses concerts, la salle du Conservatoire est remplie