XXII PRÉFACE
Vigny et ses familiers . Il se sent plus libre avec eux ; il les invite, avec Chopin et Liszt, à des parties de campagne dans sa maison de Montmartre, où, dans le grand jardin, ils jouent aux barres comme des écoliers. Il aime à donner ces détails familiers. N'écrit-il pas un jour à Eugène Delacroix, pour s'excuser d'avoir manqué un rendez-vous, qu'il a été empêché par une partie de pêche à la ligne?...
Dans ses lettres d'Italie, il note ses impressions pittoresques ou sentimentales, révélant le vif sentiment de la nature qu'il traduira musicalement, par la suite, en plusieurs de ses partitions.
Et enfin il se mêle parfois aux foules, lui dont nous avons lu tant de déclarations d'art aristocratiques. Mais il a ressenti le frisson de la fièvre de 1830 : il est descendu dans la rue, pour faire le coup de feu, avec les frères. Les deux lettres par lesquelles il raconte à sa famille les détails de sa participation aux journées de Juillet sont, à tous égards, des documents intéressants pour l'histoire. On y lit ces phrases : « Cette idée, que tant de braves gens ont payé de leur sang la conquête de nos libertés pendant que je suis du nombre de ceux qui n'ont servi à rien, ne me laisse pas un instant de repos. » — « L'ordre admirable a régné dans cette révolution magique de trois jours... C'est un peuple sublime 1 » Et, faisant en pensée un retour vers la