XXIV PREFACE
souffrir? Ne faudra-t-il pas chercher des sous-entendus, des intentions secrètes, isoler des phrases, torturer les textes, fausser les mots, — ou tout simplement dire noir là où il y a blanc? Ce sont là les risques communs à tous les hommes de lutte, et il paraît que pour Berlioz, même après cent ans passés, l'ère de la lutte n'est pas encore close.
Sans aucun doute, Berlioz a eu sa part de défauts, — comme tous les autres mortels. Il avait des impatiences de caractère. Ayant du génie, il le savait. S'il avait des raisons de se plaindre , il se plaignait . Il n'était pas toujours d'une bienveillance extrême pour ses confrères, — si bienveillants, eux ! Les circonstances et les difficultés de la vie l'ont parfois entraîné à des erreurs qu'il a déplorées lui-même, et dont la chimère qui le hantait fut la principale coupable. 11 est vrai que cette même chimère fut celle qui lui dicta ses chefs-d'œuvre, et cela nous paraît être une circonstance très atténuante à quelques fautes... Entin, et c'est là, au fond, son principal travers, il ne ressemblait pas à tout le monde.
Oui, on l'a déjà dit : Berlioz ne fut pas un saint. Mais, au fait, est-il donc si nécessaire qu'un homme de génie soit un saint? Il nous semble qu'il vaut autant qu'il soit un homme. Et j'en sais qui passent pour des saints, et qui, dans la réalité, lurent tout simplement de très