‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 52 sur 185 · Voir ci-dessus, lettre V et note · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, lettre V et note

les absurdités de l'École italienne, abhorre les lieux communs en musique et en littérature, en voilà dix fois plus qu'il n'en faut pour rapprocher nos caractères. Par-dessus le marché, il est rempli d'esprit et d'instruction, il a fait des études brillantes dans plus d'un genre et parle français comme nous. Rien ne m'impatiente comme de voir des étrangers parler si bien notre langue, quand nous ne savons pas dire un mot dans la leur. Je regrette amèrement de ne pouvoir pas apprendre plus vite l'anglais ; c'est si peu de suivre trois fois par semaine un cours public où on apprend en une heure ce qu'on pourrait savoir en quinze minutes dans un cours particulier; mais je ne puis, faute de numéraire, avoir un maître à moi.

Schlosser m'a raconté des particularités de Gœthe qui sont charmantes ; ce vieillard a encore autant de feu qu'on en a à trente ans ! Il reçoit les étrangers avec une cordialité et une simplicité qui doivent enchanter dans un homme comme lui ; il a ordinairement une gaieté douce qui ressemble à la mélancolie. Il survit à ses deux illustres amis, Schiller et Beethoven, avec plus de courage qu'on ne pourrait le penser.

On a profané son Faust pour en faire un indigne mélodrame à la porte Saint-Martin, qui, fût-il bon, ne pouvait pas être compris d'un public comme celui de ce théâtre, quoique les autres publics soient tous à peu près de sa force en gros bon sens, en sensibilité et en imagination. Rossini et les chevaux de Franconi, voilà

ce qu'il leur faut : des contredanses brillantes, des tours de paillasses, rien ne réussit mieux.

Adieu, ma chère sœur, je te quitte pour aller dîner chez M. Lesueur où il y a une grande réunion aujourd'hui. Embrasse Prosper et Adèle pour moi et dis à celle-ci que je lui répondrai en même temps que j'écrirai à maman.

Ton frère et ami,

Communiqué par madame Reboul.

a iicMBERT ferrand, Paris, 11 novembre 1828 (Let. int. 25). Confidences sur miss Smithson; travaux en cours.

au même, fin de 1828 (id., 27). Travaux de musique et de critique.

au même, 2 février 1829. id., 28). La partition de Faust est terminée... la gravure n'est pas encore finie. — Miss Smithson lui a donné quelque espoir. « L'amour d'Ophélie a centuplé mes moyens... J'ai dans la tête une symphonie descriptive de Faust qui fermente; quand je lui donnerai la liberté, je veux qu'elle épouvante le monde musical. » Il a écrit à sa sœur une « immense épitre » dans laquelle il s'est expliqué sur ses projets de mariage ; elle a répondu que « ses parents s'attendaient tellement à cela qu'ils n'en ont pas été surpris ».

La lettre à laquelle font allusion ces derniers mots n'a pas été conservée. — La symphonie descriptive de Faust s'est muée, un an plus tard, en la Symphonie fantastique, dont la «Nuit du sabbat » est manifestement inspirée par le poème de Gœthe. Quant au Faust dont il est fait mention au début de cette lettre et dans celle du 16 décembre précédent, il

s'agit ici des Huit scènes de Faust, Op. 1, dont tous les éléments, remaniés, ont été repris dix-huit ans plus tard pour la Damnation de Faust. Berlioz s'efforça de retrancher cette partition de son œuvre en détruisant tous les exemplaires qu'il put retrouver, et en attribuant définitivement le numéro d'Op. 1 à son ouverture de Waverley. Il sera question de ces Huit scènes de Faust dans les prochaines lettres. Tout cela se passait au moment où l'amour désespéré de Berlioz pour miss Smithson avait atteint au paroxysme du délire. Une précédente lettre à Humbert Ferrand (du 2 février) contenait l'expression d'espérances momentanées; la suivante, écrite à un autre ami de sa jeunesse, le montre à l'heure la plus décisive et la pins pathétique de cet épisode passionnel.

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