PRÉFACE. VII
rédigeant une profession de foi qu'il aurait fallu probablement afficher sur les murs. Il est bien vrai qu'on ne trouvera pas plus ce morceau oratoire dans ses lettres que dans ses livres ; mais les éléments en sont épars à chaque page: ils pourraient être facilement détachés et réunis pour constituer l'exposé des principes qui se dégagent de son œuvre même, et auxquels il a obéi avec une constance rare, depuis ses premiers pas dans la carrière jusqu'à l'arrêt final.
Mais c'est encore bien plus son caractère que son esthétique que ses lettres vont nous révéler.
Nous y observerons d'abord, avec des particularités nouvelles, sa tendance au grossissement qui, en art, lui fait concevoir le gigantesque, et, dans la vie, le porte souvent à exagérer les choses. Nous savions déjà que ses divers états passionnés furent, en général, assez disproportionnés avec leurs objets : la connaissance plus approfondie de son existence intime nous apportera des précisions nouvelles. Il ne savait pas toujours conserver la mesure qu'imposent à chacun les nécessités sociales : il supportait sans patience les petites misères de tous les jours, et il exhalait ses indignations en des termes dont l'outrance nous fait sourire. Il dit " turpitudes » , « infamies » , là où nous aurions vu seulement l'occasion d'un regret passager ou d'un simple blâme. Quelqu'un qui lui a fait un reproche injuste