VIII PREFACE
est qualifié « crapaud gonflé de sottise », et une « gredinerie » est une de ces indélicatesses ordinaires auxquelles l'usage de la vie commune nous oblige tous à nous résigner ! Il y a en lui une vibration qui ne peut ôtre contenue, une exaltation maladive, provoquant un tremblement de tout l'être, et dont la répercussion sur le style est parfois singulière. « Je suis dans un de ces moments d'orage auxquels je suis sujet. Une multitude d'idées se pressent dans ma tête, se choquent, s'embrouillent, me font bouillonner le sang, m'agitent, en un mot, d'une manière extraordinaire. >< Il parle ainsi dans une de ses premières lettres de jeunesse : nous en retrouverons du même ton jusqu'à la veille de sa mort.
C'est une vraie sensitive.
Ses enthousiasmes, ses amours ne sont pas moins violents que ses haines.
Cependant, il faut le déclarer bien haut, une prédisposition si dangereuse ne l'égara pas. Si elle put avoir parfois des effets regrettables, ce fut plutôt sur sa destinée d'homme que sur son œuvre d'art. En matière sentimentale — et l'on sait si elle eut de l'importance dans la vie de Berlioz — il fut trop souvent victime de l'illusion : comme producteur, au contraire, cet état d'esprit fut sa force et la cause de sa grandeur. Sa critique même n'en ressentit pas de mauvais