Mari d'une demoiselle Rocher, de la Côte-Saint-André
a humbert ferrand, 13 mai 1830 (Let . int., 69). Réponse aux consolations de l'ami au sujet de la rupture avec miss Smithson. Préparatifs du concert où doit avoir lieu l'audition de la Sijmphonie fantastique. Projet de représentation des Francs- Juges en Allemagne (cf. lettres ci-dessus). Les Mélodies Irlandaises.
A THOMAS GOUNET1
[Paris, mai 1830.] Mon cher Gounet, N'auriez-vous pas dans vos papiers le manuscrit original des Francs-Juges^ La copie soignée que vous m'en aviez donnée ne peut se retrouver aux Nouveautés et le directeur du Théâtre Allemand veut le lire avec l'intention de le faire traduire aussitôt pour le monter ici cet été.
Adieu.
H. BERLIOZ
Lettres à Gounet.
1. Un des meilleurs amis de jeunesse de Berlioz. A écrit pour lui la traduction des poésies de Thomas Moore mises en musique et publiées sous le nom de Mélodies Irlandaises; lui a été tout particulièrement fidèle à l'époque la plus difficile de sa vie, celle de son mariage avec miss Smithson. Trente-deux lettres et billets de Berlioz, à lui adressés de 1830 à 1834, et dont les autographes ont été conservés par son parent M. L. Michoud, professeur à l'Université de Grenoble, ont été imprimées par les soins de l'Académie Delphinaleen 1903, avec des notes de M. G. Allix.
A SON PÈRE
Paris, ce 28 mai (1830).
Mon cher papa,
J'arrive de la campagne, où j'étais depuis les premiers jours de cette semaine, chez un riche Espagnol de ma connaissance à la fille duquel j'avais donné l'année dernière quelques leçons de composition. Le père et la mère ont pour moi toute sorte de bons procédés, et ils m'ont invité tant de fois à aller les voir à la campagne, que, mon concert n'ayant pas eu lieu, j'en ai profité. En rentrant j'ai trouvé la lettre de maman ; cet imbécile de libraire, à qui j'avais dit de mettre votre volume à la poste, attendait que je vienne le chercher.
Voilà pourquoi mon concert est renvoyé. Le Théâtre allemand en donna ce soir-là à la même heure; et le Conservatoire en donna un autre pour faire entendre au roi de Naples les Symphonies de Beethoven. La duchesse de Rerry a demandé celui du Conservatoire qui sera extrêmement brillant. Nous n'aurions pas eu grand monde aux Nouveautés, lors même que j'aurais pu monter le mien ; mais le moyen sans chanteur, puisque Haitzingeret mademoiselle Schrœder1 qui m'avaient pro-
1. Wilhelmine Schrœder -Devrient, la célèbre cantatrice allemande.
mis sont obligés de chanter à leur théâtre, et sa?is orchestre, puisque celui que je comptais amener aux Nouveautés était pris en partie au Conservatoire et au Théâtre allemand. Je ne puis pas faire exécuter ma Symphonie avec un orchestre aussi maigre que celui des Nouveautés. Je vous envoie le Figaro de vendredi qui avait déjà annoncé le concert et inséré le programme de ma Symphonie, tel qu'il sera distribué dans la salle le jour de l'exécution. Cela fait un bruit incroyable, tout le monde achète ou vole le Figaro dans les cafés. Nous avions déjà fait deux répétitions, très mauvaises, mais cela aurait fini par aller passablement au bout de cinq ou six autres séances1. Je ne me suis pas du tout trompé en écrivant. Tout est comme je l'avais pensé. Seulement la Marche dti Supplice est toutefois plus effrayante que je ne m'y attendais. Je ne puis plus monter de concert avant le jour de la Toussaint au mois de novembre. D'ici là, Habeneck m'a offert ses services, nous allons monter les symphonies comme on fait pour un grand opéra, et l'exécution sera ce qu'elle doit être, foudroyante.
Adieu, mon cher papa, je vous embrasse affectueusement.
Votre affectionné fds,
H . BERLIOZ
Musée Berlioz à la Cote-Saint-André. (Reproduit dans Musica , décembre 1903.)