PREFACE. IX
effets en sa direction générale. Ses jugements, pour n'être pas toujours mesurés, n'en procèdent pas moins d'un esprit juste, d'une raison droite et saine, parfaitement conforme à son tempérament génial. S'ils sont souvent en contradiction avec l'esprit de sou époque, ils ont été confirmés hautement par les générations qui suivirent. Oui certes, il s'est exprimé sur un ton virulent au sujet de Rossini et de son école; il avait quelques bonnes raisons pour cela : c'étaient ses ennemis, ennemis d'origine aussi bien que de fait ; mais a-t-il donc fallu attendre de si longues années pour qu'ils fussent dépossédés de leur royauté tyrannique? Si d'ailleurs, à vingt ans, nous le voyons délirer d'admiration devant des œuvres de second ordre — tel opéra de Kreutzer, ou les « histoires saintes » de son maître Lesueur, . — cela n'a rien pour nous choquer : ces œuvres, imparfaites quant à la réalisation, étaient d'une tendance louable, et il y trouvait contenue une part de son idéal. Mais quand Beethoven, Weber, Gluck, et Shakespeare, et Gœthe lui furent révélés, il lui sembla voir la lumière jaillir devant ses yeux : il put alors crier haut son enthousiasme, qui. cette fois, n'avait plus rien d'exagéré.
Avec ce besoin d'admirer, il est assez naturel que Berlioz se soit admiré lui-même. Je n'y vois, pour ma part, aucun inconvénient. L'orgueil, chez les hommes