A HORACE VERNET
Diano Marina, 18 avril 1831.
Monsieur.
Je vous écris précipilamment... Un crime hideux,
un abus de confiance dont j'ai été pris pour victime,
m'a fait délirer de rage depuis Florence jusqu'ici. Je
volais en France pour tirer la plus juste et la plus
terrible des vengeances; à Gênes, un instant de vertige, la plus inconcevable faiblesse a brisé ma volonté, je me suis abandonné au désespoir d'un enfant; mais enfin j'en ai été quitte pour boire l'eau salée, être harponné comme un saumon, demeurer un quart d'heure étendu mort au soleil et avoir des vomissements violents pendant une heure. Je ne sais qui m'a retiré ; on m'a cru tombé par accident des remparts de la ville. Mais enfin je vis, je dois vivre pour deux sœurs dont j'aurais causé la mort par la mienne, et vivre pour mon art.
Quoique je tremble encore comme l'entrepont d'un vaisseau faisant feu de bâbord et de tribord, je viens m'engager sur l'honneur devant vous à ne pas quitter l'Italie ; c'est le seul moyen de m'empêcher d'accomplir mon projet.
J'espère que vous n'aurez pas encore écrit en France et que je n'aurai pas perdu ma pension.
Adieu, monsieur.
La lutte entre la vie et la mort est encore terrible ; mais je resterai debout ; je vous l'ai juré sur l'honneur.
H. BERLIOZ
Veuillez me répondre à Nice un mot seulement pour m'instruire sur le sort de ma pension.
Les Contemporains: berlioz, par Eugène de Mirecourf. 4856, pp. 45, 46; complété d'ap. Ad. Boschot. La .Jeunesse d'un romantique, 1906, pp. 508-509.