TROISIÈME
Là où le plus intrépide Craint de diriger ses pas, Moi, prenant le ciel pour guide, Nul danger ne m'intimide :
Sans souci, le cœur content, Je franchis roc et torrent (bis).
Mademoiselle Clémentine priera monsieur Lesueur d'écrire un accompagnement de piano au chasseur de
trouvée notée, de la main de Berlioz, en un endroit fort inattendu : sous une collette du manuscrit autographe de la Symphonie fantastique ! Voir le chapitre de nos Berliosiana consacré à cette œuvre.
LES ANNÉES ROMANTIQUES. 15o
chamois pour faire un peu diversion à Masaniello et à toutes les musiques pointues.
Mais je m'aperçois que la terre me manque : il faut donc faire la cadence parfaite, qui me déplaît en ce moment plus que jamais, et vous prier de recevoir les salutations affectueuses de votre tout dévoué,
H. BERLIOZ
Communiqué par M. Xavier Lesueur (précédemment reproduit dans la Revue musicale, 15 février 1906).
a humbert ferrand, Rome 3 juillet 1831 (Let. int. 100). Récit de voyage. Composition du Retour à la vie. Proposition de collaboration à « un oratorio colossal pour être exécuté à une fête musicale donnée à Paris, à l'Opéra ou au Panthéon, dans la cour du Louvre: il serait intitulé le Dernier Jour du monde « .
A SA SOEUR ADELE
Tivoli, ce 8 juillet 1831.
Je suis là, à côté de la grande cascade; je t'écris dans un petit temple de Vesta dont les trois quarts sont conservés; il est attenant à l'auberge; il y a une table au milieu, à la place sans doute où on entretenait autrefois le feu sacré. C'est au bord du gouffre dans lequel l'eau se précipite. Je viens de me faire apporter du thé
avec ma guitare. Je suis chagrin plus que je ne puis dire. En allant ce matin à la villa Adrianadont je t'avais parlé dernièrement, j'ai demandé à des petits garçons que j'ai rencontrés, des nouvelles d'Antonio, un enfant de quatorze ans qui m'avait servi de guide la première fois que je suis venu ici ; il m'avait plu extrêmement, et je m'étais attaché tout à coup à lui, sans savoir presque pourquoi. Ils m'ont dit qu'il était bien malade depuis dix jours. En revenant de ma course aux grandes ruines, on m'a indiqué la maison du petit Antonio; je suis monté, sa mère et ses petites sœurs étaient dans une pauvre chambre délabrée entourant son lit ; il dormait, tout pâle, tout défait, mais pourtant toujours beau, de cette beauté raphaëlique que je n'ai encore vue qu'en Italie. Sa mère m'a dit qu'en allant pêcher dans l'Anio il s'était mouillé la tête au soleil et que depuis ce moment il était dans l'état où je le voyais. Je suis allé chercher de l'argent; quand je suis revenu, il était réveillé, il m'a bien reconnu, mais n'a pas pu parler ; j'ai donné ce dont je pouvais disposer à la mère; elle a voulu qu'Antonio fit un effort pour remercier lo signore francese, il n'a rien pu prononcer d'intelligible, je n'ai compris que ses beaux yeux ternes qu'il tournait vers moi ; alors la pauvre veuve s'est mise à pleurer en me disant qu'elle ne savait plus que faire, qu'on avait essayé des sangsues à la tête mais qu'il s'en plaignait toujours, qu'elle était bien malheureuse, pourtant qu'elle ne pouvait croire que la madona ne lui conservât pas son fils ;
je lui ai dit qu'il serait encore quelque temps au lit, mais que bien certainement la madona le sauverait. Je n'y étais plus du tout, j'étouffais; je me suis enfui; j'ai grimpé la montagne qui est derrière Tivoli; tout en haut il y a une mauvaise croix de bois, je me suis assis au pied; je voyais au loin cette stupide ville de Rome, tout autour l'immense plaine et les détours de l'Anio, puis des lacs éloignés réfléchissant le soleil, j'ai demeuré là bien longtemps... Il est venu une pluie battante; à moins de s'enfoncer dans les rochers, il n'y avait pas moyen de l'éviter; je l'ai donc reçue, en cueillant des bruyères et des branches de myrte sauvage que je voyais pour la première fois ; je suis revenu avec mes paquets de myrtes fleuris, je me suis changé, j'ai voulu penser un peu de musique en m'excitant avec la guitare, mais je n'ai point d'idées ; cette pauvre femme avec sa madona me revient toujours dans la tête; j'ai devant les yeux le pauvre Antonio qui était si gai il y a quelques jours et que voilà mourant.
Je t'écris ce soir parce que demain ma place est retenue pour Subiaco, petit bourg des montagnes, à dix lieues plus loin que Tivoli; je ne sais pas combien de temps j'y demeurerai, et de là il ne serait pas trop sûr que ma lettre te parvînt. J'ai reçu celle de Nanti avant mon départ de Rome. D'après ce qu'elle me dit, la Côte est toujours plus monotone et plus nulle. Je pense pourtant que vous voyez quelquefois mademoiselle Veyron. Elle doit avoir autant besoin de votre société que vous
de la sienne. Maman est remise à présent des fatigues de ses vers à soie? Il y a des mûriers ici qui lui feraient bien envie si elle pouvait les voir. Papa a dû être bien content du dernier succès d'Alphonse; je lui répondis aussitôt après la réception de sa lettre pour l'en féliciter. Madame Forgeret1 ayant avantagé Victor, monsieur et madame Robert sont, je pense, aujourd'hui dans la joie.
J'ai fait, l'autre nuit, un étrange rêve : trois brigands étaient venus dans la salle à manger de la Côte et voulaient entraîner mon père de force ; à mes cris, Claude Ferlet est accouru", il en a assommé un avec son marteau et j'ai coupé l'avant-bras aux deux autres avec un grand poignard recourbé. — J'avais effectivement manié dernièrement un poignard arabe de M. Horace, voilà pourquoi il m'est revenu dans la tête. Quelle bizarrerie!...
Notre directeur est parti pour la France par le vaisseau à vapeur le Sphinx ; il a embarqué sa voiture et compte