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Prétendant et usurpateur du trône de Portugal

redouble au bruit lointain de la tempête. » Je me promets bien à mon retour en France d'aller partager votre ermitage le plus longtemps qu'il me sera possible, en vous demandant toutefois un peu d'indulgence pour mes accès de spleen qui m'ôtent presque la faculté de parler quand j'en suis atteint.

Avez-vous lu la dernière épitre (.4 Barthélémy) de Lamartine ? C'est, à mon avis, tout ce qu'on peut voir de suave, de délicat, de céleste, de ravissant. Oh ! c'est un grand poète ! Quel dommage qu'il soit si incomplet ! Il ne sort pas des cieux ; et pourtant un poète devrait être un miroir où tous les objets gracieux, et horribles, brillants et sombres, calmes et agités se réfléchissent. Moore est un peu comme Lamartine ; mais Byron, mais Hugo (en prose) mais Shakespeare, goethe, Schiller... et parmi les miens, Beethoven, Weber !... quels noms ! . . . Je ne puis y penser sans m'écrier comme les sauvages : OH !.. .

Adieu, cher papa, j'espère que vous voudrez bien ne pas me punir de mon apparente négligence et que je recevrai dans peu de vos nouvelles.

Je vous embrasse tendrement.

Votre affectionné.

H. BERLIOZ

Monsieur Marmion, à Montbonnot (pour Meylan), près Grenoble (Isère). France.

Communiqué par madame Chapot.

a Ferdinand h i ller, Rome, 17 septembre 1831 (Corresp. inéd., 86). La vie dans la campagne de Rome. Souvenir de Mendelssohn.

A SON PERE

San Germano, lundi 17, 18, 19, 20 ou 21 octobre (je ne sais pas bien) [1831].

Je suis parti de Naples vendredi dernier à pied avec deux officiers suédois qui parlent fort bien le français et sont d'une société fort aimable. Cette manière de parcourir le pays est incomparablement plus agréable que les moyens ordinaires ; dans ce moment-ci surtout ; le soleil ne brûle plus, le siroco ne souffle pas, les fruits sont murs, on vendange partout, il fait un petit air frais délicieux ; c'est le beau moment de l'Italie. Pendant que ces messieurs grimpent au mont Cassino, pour visiter le fameux couvent dont je vous ai parlé dans ma lettre de Naples *, je vous écris. . . Il faut bien profiter des moments où on a quelque chose d'intéressant à dire, j'ai assez le temps à Rome de me sentir l'esprit obtus, l'imagination morte ou le cœur serré.

Depuis ma dernière lettre, j'ai visité les illustres débris

li Cette lettre n'a pas été retrouvée.

de Pompéi ; je ne veux pas vous assommer d'une description de ce squelette de ville, mais, à coup sûr, c'est au niveau de ce qu'on peut d'avance s'en figurer. Mes quatre compagnons de voyage et le cicérone gâtaient beaucoup, toutefois, mon petit monde antique ; ce n'est pas là l'effet de Pompéi. Je pestais en moimême contre les circonstances qui m'empêchaient d'être seul, errant, la nuit, à travers des colonnes et des ombres de colonnes, vu de la lune seulement et libre de me livrer à tous les caprices de mon impressionnabilité (pour ne pas toujours dire imagination). Il doit être beau de pouvoir rêver ainsi au milieu du silence, marchant sur ces grandes dalles polies, dans ces longues rues retentissantes, à travers les temples et les palais ; d'aller s'asseoir dans le grand Théâtre tragique, penser aux Sophocles, aux Euripides ; de voir en frémissant s'agiter derrière le nuage du passé, au milieu de l'immense amphithéâtre, les gladiateurs, les lions, les tigres, et, plus effrayant encore, ce peuple altéré de sang, poursuivant de regards vides le cœur de la victime déchirée par l'ongle ou par le fer d'un animal désespéré, et applaudissant à ses dernières pulsations. J'aurais bien voulu dormir dans un de ces jolis appartements, pavés de mosaïque, qu'on se figure peuplés de belles, drapées à la grecque, au regard fier, impérieux, qu'environnaient de ravissantes esclaves jouant de la lyre et chantant la volupté. Mais tout cela est impossible. 11 y a des gardiens partout, qui vous suivent d'un œil attentif ; je n'ai pas

seulement pu voler, pour mon père, un pauvre petit débris de fresque ou de mosaïque.

Après la course à Pompéi je suis allé à Castellamare où j'ai laissé mes quatre compagnons. J'ai failli m'embarquer pour la Sicile, mais les raisons d'argent m'ont retenu.

Revenu à pied à Naples, j'ai rencontré mes deux Suédois qui m'ont proposé de les accompagner dans leur voyage pédestre jusqu'à Rome. Jusqu'à présentée n'ai qu'à m'applaudir de l'avoir fait. Nous n'avons eu encore d'autre inconvénient que la fatigue et des disputes pour des poires ou des raisins ou des figues volés quand les maîtres n'étaient pas là pour nous les vendre. Cette vie vagabonde est fort amusante ; mes effets sont à la poste qui les porte à Rome ; je n'ai que mon portefeuille, ma canne et ma bourse, et ce n'est pas du poids de celle-ci que je puis avoir à me plaindre, d'ailleurs il diminue graduellement à mesure que je me fatigue et finira par disparaître tout à fait au moment d'arriver. Nous nous sommes arrêtés ici un jour, séduits par la beauté du pays ; nous repartirons demain pour Isola di Sora, petit bourg situé dans les Abbruzzes, où se trouve une rivière très curieuse et des papeteries dirigées par des Français (un, entre autres, de Voiron). Comme j'ai déjà passé par cette route, je sers de guide aux deux étrangers ; nous comptons, en sortant de Sora, aller à travers les montagnes à Subiaco, qu'un de ces messieurs connaît déjà et affectionne autant que moi ; puis de là,

disant adieu auxrochers, torrents, nuages, bois, paysannes bigarrées, et à tous les charmes de la vie active, nous irons nous endormir à Rome du triste et lourd sommeil de l'ennui.

H. BERLIOZ

Communiqué nar madame Chapot.

A THOMAS GOUNET

Rome, ce 28 novembre 1831 .

Mon dearest Gounet,

Béni soyez-vous mille fois ! Vous n'oubliez pas les absents, les exilés, les orphelins ; votre lettre, que j'ai trouvée sur le chevetde mon lit, un soir en revenant de la campagne, m'a donné une délicieuse insomnie. Vous m'écrivez de grandes lettres, je riposte par une espèce de poulet, maigre d'expressions, pour mes sentiments pour vous. C'est donc fini, l'empire de Constance est passé? Je vous en félicite de tout mon cœur, puisque votre liaison avec la nymphe capricieuse ne servait qu'à vous tourmenter. Vous me demandez si j'ai trouvé quelque âme romaine qui, etc., etc.?... Non.

Ne parlons pas de cela. Ce qu'il y a de pire, c'est que je ne puis vivre sans musique ; je ne puis m'y accoutu-

mer, c'est impossible. Ma haine pour tout ce qu'on a l'impudence de décorer de ce nom, en Italie, est plus forte que jamais. Oui, leur musique est une catin; de loin, sa tournure indique une dévergondée, de près, sa conversation plate décèle une sotte bête. Je ne suis revenu que d'une seule de mes préventions ; c'est celle contre les Italiens, que je trouve jusqu'à présent d'aussi bonnes gens que d'autres ; surtout ceux des montagnes que j'ai vus davantage. Aussi vais-je souvent les visiter ; ma malheureuse maladie fait tous les jours, à Rome, de nouveaux progrès ; je n'y connais d'autre remède, quand les accès sont trop forts, que la fuite. Dès que je me sens plus tourmenté du spleen qu'à l'ordinaire, je mets ma veste de chasse, je prends mon fusil et je décampe à Subiaco, quelque temps qu'il fasse. Il y a huit jours que j'ai fait le voyage de Tivoli à Subiaco par une pluie enragée qui a duré toute la journée. Le mois dernier je suis revenu de Naples à pied, à travers les montagnes, par les bois, les rochers, les hauts pâturages, et je n'ai pris de guide qu'une fois. Vous ne sauriez croire le charme d'un pareil voyage : ses fatigues, ses privations, ses apparences de danger, tout cela m'enchantait ; j'y ai mis neuf jours que je me rappellerai longtemps.

Je ne vous parle pas de mes impressions multipliées, au Vésuve, à Naples, àPompéi, etc.; j'aurais trop à dire; seulement je trouve toujours que rien n'égale la mer. Mais nous causerons, nous causerons de tout cela. Vous

m'apprenez le mariage de la sœur de Berlioz ; je lui avais écrit de Naples, il ne m'a pas répondu ; je lui demandais des nouvelles de cet inexplicable Ferrand qui vient aussi de se marier il y a trois mois et qui n'en dit rien à personne. Il paraît que vous l'ignoriez, car vous ne m'en dites rien ; je lui avais écrit à l'époque de son mariage, que je ne connaissais pas, une lettre qui motivait plus que toute autre une réponse, et il ne me l'a pas accordée. J'ai su indirectement qu'il avait épousé sa passion, mademoiselle Aimée Roland. Personne ne me répond ; ce qui me met par moments dans des rages inconcevables. J'écrivis à Hiller, rue Sainte-Anne, n°l, il y a deux mois ; point de réponse ; pas plus que de Ferrand et d'Auguste. J'aurai, je crois, bientôt à vous apprendre le mariage de ma sœur aînée1 et son voyage à Paris. Voyez quel crève-cœur de ne pas m'y trouver, mais vous irez au moins la voir; j'arrangerai ça. Son futur est un juge au tribunal de Grenoble. Je ne sais pas combien de mois j'aurai encore à dévorer mon cœur dans notre maudite caserne; mais, dans tous les cas, je passerai par Paris avant d'aller en Allemagne pour ma troisième année. Adieu, mon cher Gounel, si vous rencontrez Hiller, accablez-le de malédictions de ma part ; rappelez-moi au souvenir du pater familias Auguste, de ce bon Pixis que vous trouverez facilement au café

1. Nanci Berlioz épousa, en effet, au commencement de 1832, Camille Pal, juge à Grenoble.

Feydeau, de Desmarest qui est un drôle, un paresseux, un grand vilain, et croyez-moi plus que jamais votre tout dévoué.

H. BERLIOZ

Lettres à Gounet.

a Ferdinand hiller, Rome, 8 décembre 1831 (Corresp. inéd. 88). Impressions de voyage. « Faut-il que je sois ici claquemuré, dans ce pays morne et antimusical, pendant qu'à Paris on joue la Symphonie avec chœurs, Euryanthe et Robert le Diable ? «Prière de copier dans la cantate la Mort d'Orphée Yadagio con tremulandi (destinée à devenir la Harpe éolienne dans le Retour à la vie).

k hum bert ferrand, même date {Let. int., 105). Court billet, demande de nouvelles.

A VICTOR HUGO

(Fragment.)

Rome, 10 décembre 1831.

(Après la lecture de Notre-Dame de Paris.)

Ah ! vous êtes un génie, un être puissant, un colosse à la fois tendre, impitoyable, élégant, monstrueux, rauque, mélodieux, volcanique, caressant et méprisant. Cette dernière qualité du génie est certainement la plus rare; ni Shakespeare, ni Molière ne l'ont eue. Beethoven seul parmi les grands a mesuré juste la hauteur des insectes humains qui l'entouraient, et avec lui je ne vois que vous !

Il lui peint en termes exaltés l'ennui qu'il ressent d'être exilé à Rome et l'effet qu'a produit sur lui la lecture de Notre-Dame de Paris. 11 voudrait le voir, lui demander un livret d'opéra, mais il craint qu'il n'ait pas les mêmes goûts que lui en musique, car il croit savoir que le gros homme gai (Rossini) va mettre Noire-Dame de Paris en musique.

Il est bien gai, le gros homme ; il est vrai que Weber est mort...

{Catalogue d'autographes, J. Charavay, 403.) — L'original de cette pièce n'est qu'un brouillon : la lettre n'a certainement pas été envoyée à son destinataire, car elle n'a pas été retrouvée dans les papiers de Victor Hugo, parmi lesquels ont été conservées plusieurs lettres de Berlioz qu'on lira dans la suite de ce recueil.

a Ferdinand m ller, Rome, 1er janvier 1832 (Corrcsp. inèd., 90). Travaux de composition : Roi Lear, Rob-Roy, Mélologae, quelques morceaux détachés. Impressions de ses voyages. Mendelssolm. Projets de retour en France et de voyage en Allemagne.

a humbert ferra nd, Rome, 8 janvier 1832 (Lel. inl., 106). Projet de scénario du Dernier jour du monde.

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