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Le Retour à la vie

2. Le château delà Combe de Lancey (Isère), qu'habite actuellement M. P. Du Boys, fils de l'ami de Berlioz.

A SA MERE

Rome, 20 mars (1832;.

Chère maman,

J'ai laissé passer cette semaine sans vous écrire, attendant toujours la réponse de Nanci, pour ne pas avoir à me plaindre d'elle dans ma lettre. Cette réponse un peu tardive est enfin arrivée et m'a inspiré naturellement beaucoup d'envie de faire la connaissance de la nouvelle famille de ma sœur. Mais laissons-la un peu pour parler de vous, elle n'y perd rien puisque je lui écris.

Je sympathise bien vivement avec tous les traça?, soucis et chagrins de toute espèce que vous combattez dans ce moment-ci ; je ne vois pas trop comment vous viendrez à bout de réduire Prosper, car il paraît que toutes ses fredaines lui sont comptées comme titres de gloire par son amour-propre.

Vous me reprochez de ne rien vous dire de ce qui se passe ici ; d'abord il ne s'y passe rien, excepté les crimes ordinaires, les assassinats dans les rues, sur notre escalier, partout..., mais c'est toutes les semaines la môme chose, ce sont les mœurs du pays. S'il se passait quelque chose d'intéressant en politique, il serait fort

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imprudent à moi de vous en parler, je m'exposerais à ce que mes lettres ne vous parviennent pas. Nous ne savons presque rien de ce que font les Français à Ancône, ils y dansent et s'amusent comme à l'ordinaire ou plus qu'à l'ordinaire. Nous ne savons rien de ce qui se fait en France, le Pape s'étant avisé (un peu tard, ce me semble) d'interdire l'entrée de tous nos journaux dans ses états. Quant à mon indifférence radicale en matière de politique, elle tient à une chaîne d'idées plus étendue que vous ne pensez, aussi nous n'en parlerons plus. Napoléon dit quelque part qu'il est des choses qu'on ne doit jamais écrire et d'autres qu'on ne doit même jamais dire. Il a mille fois raison.

Je pars invariablement le 2 mai, j'irai d'abord à Florence et à Livourne où je m'embarquerai pour l'île d'Elbe et la Corse ; après quelques courses de peu de durée je reviendrai en terre ferme et rentrerai en France par les Alpes. Je vous écrirai encore une fois de Rome avant mon départ.

Dites-moi en détail ce que je dois faire pour les chapeaux de paille ; madame Vernet me donnera des conseils pour cette emplette1.

Vous me demandez quels succès obtiennent mes compositions?... mais vous savez bien, chère maman, qu'il n'y a point de musique dans ce pays-ci ; il n'y a pas seulement moyen d'y faire exécuter un quatuor. Ils

1. Sur cette commission fie chapeaux de paille d'Italie, voir la lettre du 21 mai 1832.

sont à deux cents ans en arrière de la civilisation, et quand je leur parle de nos richesses musicales de Paris, ils ouvrent des yeux que l'étonnement rend presque stupides. Ce sont des enfants de huit ans. Pour les succès de salon, ils ne m'ont pas manqué cet hiver; une petite composition écrite dans ma dernière course aux montagnes est devenue populaire et aristocratique1. On la chante partout, depuis l'ambassade jusqu'aux ateliers de sculpture; j'ai le malheur, du matin au soir, de l'entendre écorcher dans les corridors, au jardin, même dans les rues de Rome ; on me la fait suer.

Je compte les jours qui me restent encor à passer dans cette sotte caserne. Je reverrai Rome avec plaisir pour ses sublimes plaines et ses délicieuses montagnes, mais alors je serai libre et aujourd'hui je ne le suis pas ; alors une absence forcée ne me rendra pas malade de besoin de musique, je viendrai au contraire m'y délasser, comme dans un beau jardin que j'apprécierai bien mieux.

P. -S. — Je voulais écrire à Nanci mais je suis trop mal disposé, je sens un mauvais accès me prendre et je renvoie à un autre jour.

Communiqué par madame Chapot.

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