‹ Les annélides chétopodes du Golfe de Naples (volume 3)Chapitre 17 sur 68 · POLVNOE AKEOLATA · texte numérisé non relu

POLVNOE AKEOLATA

Pùlyuoè areolala Grube, Archiv fur Naturg. XXVI, 1860, u. 72. » » Qtrfg., Flist natur. des Ami. I, p. 232.

» Costa, Fauna del regno ili Napoli, Annellidi, tav. 2, lig. 2 (texte non paru).

PL II, lig. 5.

Corpus longibuMne 5°ont, latitudine im"\5. fuscum, segmmtis setigeris 32. Ehjtru, paria 15, valde imbricata, margine dense fimbriato, grunulosa, sidcis palUdis in areas polygonales dente crasso recurvoqiie ornatas divisa.

La conformation singulière des élytres de cette espèce, qui est assez commune à Nazies, ne permet de la confondre avec aucune autre du golfe. Chaque élytre (sauf celles de la première paire) présente à peu près exactement la forme de la figure 5 A. Elle est colorée en brun partout, sauf à son bord antérieur et interne ; toutefois la coloration atteint son maximum dans une région postérieure et externe qui occupe environ le tiers de la surface. Cette région est seule à découvert, tout le reste étant recouvert par l'élytre précédente et l'élytre symétrique. Déjà à l'œil nu cette région libre apparaît comme fortement rugueuse et divisée en aires polygonales obscures, séparées par des sillons plus clairs. Le microscope enseigne que du centre de chacun de ces polygones surgit une forte épine recourbée (5 B), dont la pointe se dirige vers le bord libre de l'élytre. Tout autour de l'épine apparaissent des taches claires, probablement les nucléus des cellules pigmentaires. A mesure qu'on se rapproche de la région interne de l'élytre, les épines deviennent plus petites, de même que les polygones qui leur servent de base. Finalement elles ne sont plus représentées que par de simples tubercules. Dans toute la région recouverte par les élytres voisines, la surface de l'élytre ne présente plus de réticulation, mais apparaît comme finement granuleuse. Le bord externe et postérieur de l'élytre est garni de longues franges imprégnées de pigment brun. Ces franges sont filiformes, tabulaires, et à leur extrémité parfois

382 ANNÊLIDES CHÉTOPODES

incolore, on peut remarquer que leur axe est occupé par un cordon peut-être de nature nerveuse (5 B, b).

Les élytres suivent la loi de succession ordinaire chez les Polynoés. La dernière paire recouvre complètement l'extrémité postérieure du corps, qui ne compte d'ailleurs que trois segments dépourvus d'élytres et porteurs de cirres dorsaux.

Les protubérances chitineuses de la tête existent aussi chez cette espèce. Elles sont très-proéminentes et acérées (5). Les yeux au nombre de quatre sont fort distants les uns des autres. Non-seulement les antennes, les tentacules ' et les cirres dorsaux et ventraux, mais encore les palpes et les deux cirres terminaux sont hérissés d'organes tactiles.

Cette espèce semble rentrer dans le sous-genre Harmolhoëde M. Kinberg.

Genre HERMADION Kinb.

Syn. Lepidonotut Quatref., Hist. natur. des Ami. 1, p. 25".

De toutes les coupes établies parmi les Polynoés, le genre Hermadion me semble être encore la mieux caractérisée, et mériter le plus d'être conservée avec une valeur de genre. Chez ces vers, les élytres ne recouvrent pas la partie postérieure du corps, où l'on voit à nu un certain nombre de segments, tous munis de cirres dorsaux. Ce caractère seul ne me paraîtrait pas suffisant, car chez beaucoup de Polynoés, où le nombre des segments terminaux dépourvus d'élytres est parfois assez considérable, la dernière paire d'élytres ne les recouvre pas toujours tous. Toutefois, à ce caractère nous voyons s'en ajouter un autre, la petitesse des élytres, qui, non-seulement ne s'imbriquent pas d'un côté à l'autre, mais encore laissent à nu la partie médiane du dos, sur une étendue même plus considérable que chez les Pholoés.

La bonté de ce genre a aussi frappé M. de Qualrefages qui l'a adopté, tout en repoussant les autres genres de M. Kinberg. Seulement, au lieu

1 Ici encore le segment buccal porte de chaque côté un acicule et une paire de soies.

d'adopter ta dénomination d'Hermadion, ce savant a préféré la remplacer par celle de Lepidonotus, «lonl il a dû par conséquent changer la signification habituelle. Ce procédé n'est propre qu'à augmenter la confusion de la synonymie, cl je pense devoir conserver le nom proposé par M. Kinberg.

IlERMADION FRAGILE.

PI. V, fig. 2.

Corpus longitudine 13m"\ latitudine 2mm, péllueidum, colore fusco variegatum. Elytra papillis piriformîbus instructa. Palpl lœves.

Ce Polynoïde remarquable est d'une agilité, mais aussi d'une fragilité exceptionnelle. Les élytres sont si caduques que quelques exemplaires obtenus par moi en étaient complètement dépourvus, et les cirres ne le cèdent en rien aux élytres sous le rapport de la caducité. En outre, les élytres étant à peu près incolores, tandis que le dos même de l'animal est varié de brun, on pourrait être facilement conduit à admettre dans cette espèce un Polynoïde dépourvu d'élytres.

Toutefois, après avoir examiné un certain nombre d'exemplaires, j'ai acquis la conviction que les élytres existent normalement aux segments 2,4,5,7,9,11, 13, 15, 17, 19, 21 et 24, ce qui fait au total 12 paires. Je crois que les 11 derniers segments en sont toujours dépourvus et portent normalement des cirres dorsaux. La question n'est pas facile à trancher, car, vu la caducité des cirres, on trouve dans tous les exemplaires un certain nombre de ces organes absents.

Les élytres à peu près circulaires arrivent presque au contact sur la ligne médiane dans la région antérieure du corps. Mais plus en arrière elles deviennent de plus en plus petites et sont séparées par un grand espace. Leur bord n'est point lisse, mais porte de distance en distance des papilles piriformes (2 D, a), qui existent d'ailleurs aussi sur une partie de la surface de l'organe. Entre les papilles, la cuticule présente une apparence pointillée, rappelant tout à fait celle que nous verrons résulter dans les cirres des attaches des brides nerveuses. Enfin, des cellules pleines d'un pigment brun rosâtre et munies d'un noyau incolore sont disséminées à de longs intervalles sous la cuticule de l'élytre (2 D. h).

884 ANNËLIDES CHÊTOPODES

Les taches brunes du dos de l'animal sont aussi dues à des cellules pigmentaires à noyau incolore, disposées en rangées transversales irrégulières.

Le lobe céphalique, profondément bilobé en avant (2), porte deux paires d'yeux sur l'occiput, dont l'antérieure seule est munie de cristallin. Dans l'échancrure qui divise les deux lobes, s'implante, par un article basilaire, l'antenne médiane relativement fort longue. Les trois antennes, les tentacules et tous les cirres offrent une forme identique. Leur base est cylindrique, mais, vers le milieu de leur longueur, ce cylindre se rétrécit subitement en un long tîl terminal. Cette partie terminale est toutefois plus courte dans les cirres que dans les antennes et les tentacules. Partout la partie cylindrique de l'appendice porte de distance en distance des papilles tactiles de la forme habituelle chez les Polynoïdes. Les palpes sont en revanche beaucoup plus épais et charnus que les antennes et les cirres. Ils sont plus courts que les antennes externes, qui sont ellesmêmes bien moins longues que l'antenne médiane. Ils s'atténuent subitement à l'extrémité et sont entièrement dépourvus de papilles tactiles.

Les pieds sont pour ainsi dire uniramés, du moins la rame supérieure n'est-elle représentée que par un mamelon très-peu saillant portant le faisceau de soies. Celles-ci, de même que celles de la rame inférieure, sont parfaitement incolores et diaphanes, qualité rare chez les soies des Annélides. Les soies de la rame supérieure sont arquée; (2 B) et portent du coté convexe des denticules espacés. Celles de la rame inférieure, tout en étant simples, rappellent plus les soies composées que celles des autres Polynoïdes. En effet, on peut distinguer en elles deux parties (2 A) : la hampe et la partie terminale. La hampe s'élargit graduellement vers le sommet et se termine par une sorte de cône creux, ou de collerette striée en long. Du fond de celle-ci naît la partie terminale dont la base se trouve donc entourée par cette collerette. Cette région terminale a la forme d'une serpe très-allongée dont le tranchanl émoussé porte comme chez tant d'autres Polynoïdes des crêtes transversales de petits denticules. Seulement ces crêtes sont ici très-espacées, et les denticules si petits qu'ils ne s'aperçoivent qu'à de forts grossissements. Le diamètre de ces soies est sujet à de grandes variations dans un même faisceau. En outre, chez les unes l'extrémité de la serpe est bidentée, chez d'autres elle est unidentée. Evidemment le fait que les soies sont unidentées ou bidentées ne saurait avoir de valeur générique dans cette famille.

Chaque rame pédieuse renferme un acicule incolore. La pointe de celui de la rame supérieure fait fortement saillie, au moins dans les pieds antérieurs. Elle n'est pourtant pas à découvert, car les tissus s'élèvent tout autour en une papille conique trèsdélicate.

Iil GOLFE DE NAPLES. 385

La base des pieds offre du coté dorsal, dès le troisième segment, un bourrelet charnu parallèle à Taxe du pied. Ce bourrelet porte, soit sur son bord antérieur, soit sur sou bord postérieur, une rangée de cils vibratiles, divisée en plusieurs groupes. Cet organe est évidemment l'homologue des coussinets vibratiles des Sigalionides dont nous parlerons plus loin. Peut-être aussi faut-il le comparer aux rosettes d'Ehlers chez les Polynoés.

Comme je l'ai déjà donné à entendre, la transparence de cet Ilermadion est extrême. Rien donc n'est plus facile que d'observer le jeu des cils vibratiles qui tapissent la paroi de la cavité périviscérale, et les courants engendrés par eux, soit dans la cavité principale, soit dans ses prolongements intrapédieux. L'absence de vaisseaux est indubitable.

Cette transparence extrême permet aussi d'étudier avec facilité les terminaisons des nerfs, qui rappellent à un haut degré les particularités bisliologiques décrites par M. Kolliker chez une Polynoé des entes d'Ecosse '. Déjà à un grossissement relativement faible, on reconnaît que chaque cirre (2E)est parcouru dans toute sa longueur par un nerf qui se renfle en un ganglion (b) au point où le cirre se rétrécit pour former la pointe terminale. Cette observation se fait sans difficulté, car les cirres sont parfaitement diaphanes, sauf vers la naissance du ganglion où ils sont variés de brun. Le nerf, incolore aussi, à l'exception du ganglion coloré en jaune soufre, présente de distance en distance des faisceaux de brides qui viennent s'attacher à la paroi du cirre.

L'étude du cirre à l'aide d'une bonne lentille à immersion de Hartnack permet de pénétrer plus profondément encore dans la structure de cet organe. Immédiatement sous la cuticule se trouve une couche cyloplasmatique dans laquelle sont semés des nucléus larges de 5 à 6 microm. (2 F, b). Le tube ainsi constitué est rempli d'un liquide incolore baignant de toute part le nerf situé dans l'axe. Celui-ci, large de 16 microm.,

1 Kurter Berir.ht itber eitiige im Herbst 1864 un <ler Westkiiste von Schotlland angestr.llte vergl. anat. Unlersuchungen. -- Wunbiirger naturw. Zeitsehr., Band V, IKG1 (Separatabdruck , p. 16, taf. VI, 6g. 6).

386 ANNÉIJDES CHÉTOPODES

est formé, comme le sont en général les nerfs des Annélides, de fibrilles à diamètre incommensurable. Toutefois, dans le centre du cordon nerveux se voit une fibre unique (e) d'apparence tabulaire, à contours bien marqués, large de lmicr à 1,2. De distance en distance le nerf est recouvert d'une couche de cellules (d), dont les nucléus bien distincts forment comme un anneau autour du nerf. De ces anneaux successifs naissent une foule de petites brides (f) déjà figurées par M. Kôlliker, qui vont en droite ligne se fixer aux téguments du cirre. Ces petites brides sont-elles de nature nerveuse? C'est ce que je ne saurais affirmer. Leurs terminaisons dans la couche sous-cuticulaire donne à celle-ci une apparence toute particulière. Elle présente en effet, à des intervalles assez réguliers, des zones transversales, soit ceintures, d'un pointillé très-fin. Chaque point correspond à la terminaison d'une bride.

Si l'on peut hésiter sur la nature nerveuse ou connective des brides en question, le doute n'est plus possible pour des cordons beaucoup plus gros (e) qui, de temps à autre, se détachent du nerf, pénètrent dans les papilles (g) tactiles et les parcourent jusqu'à l'extrémité, où ils se terminent en un pinceau de soies libres, flottant dans le milieu ambiant. Le rameau nerveux de chaque papille naît constamment du nerf principal en un point plus rapproché de la base du cirre que la papille elle-même.

Il est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance de ce nerf antennaire avec une chaîne ganglionnaire ventrale. Des renflements ganglionnaires réguliers réunis par des commissures qui les traversent de part en part, les cellules accumulées à la périphérie du ganglion, tout rappelle une chaîne ganglionnaire, avec la grosse libre médiane qui existe chez beaucoup d'Annélides.

3ME TRIBU : PHOLOIDES (kinbero.

Genre PHOLOË Johnst.

Le genre Pholoë tic Johnslon est jusqu'ici peu nombreux en espèces. On en énumère, il est vrai, cinq : la P. minuta (Aphrodila Fabr.)', la P. inornata Johnst., la P. baltica OErstd, la P. assimilis OErstd* el la P. eximia (Dyst.) Johnst. \ Mais elles sont mal différenciées et M. Malmgr-en*, par des raisons d'un grand poids, a cru devoir les réunir toutes, ou au moins les quatre premières en une seule : P. minuta. Dans tous les cas, toutes ces espèces, ou prétendues telles, habitent les régions septentrionales de l'Europe et la découverte d'une Pholoë Méditerranéenne est un fait nouveau pour la science.

La caractéristique du genre, telle que Johnslon l'a donnée en dernier lieu', s'applique parfaitement au ver de la Méditerranée : Body linear oblong, the scale placed over every allernate foot; cirri none or rudimenlary; proboscis with four corneous jaws, the orifice plain ; antennae livc, unequal, distinct; palpi two, larges; eyes 2 or 4; branches of the foot connate, the bristles of the superior capillary, of the inferior falcate.

Les deux seules restrictions à faire sont, d'une part, que l'alternance des pieds munis d'élytres et des pieds dépourvus d'ëlytres n'a point lieu

1 11 est certain, comme M. Malingien l'a montré, que ÏAphrodita minuta Fabr. est synonyme de [Aphrodila longa Millier et que cette Pholoë devrait régulièrement porter le nom de P. loruja. Ce nom serait toutefois, par suite de sa signification même, peu approprié.

- Voyez Kroger s Naturhistorisk Tidsskrifl. Ny Hœkke, I, p. 403. Cette espèce a échappé à M. de Quatrefages.

= .1 catalogue of the british non parasitical Worms, p. \H.

4 Xonliske Hafs-Annulaler. — Oefvers. af K. Vrt. Akad. Forh. Stockholm, 1865, p. 89 el stih

Page 1