PROLÉGOMÈNES
Je suivrai pas à pas dans ces prolégomènes l'introduction à ['Histoire naturelle des Annelés, non point pour en faire une réédition, ni pour les critiquer en Zoïle. Mais s'il esl inutile de revenir sur une foule de faits, qui y sont établis d'une manière définitive, je désire cependant insister sur les points où je ne puis être d'accord avec railleur. Je désire aussi rappeler mainte observation ancienne qui ne doit point être oubliée. J'adopte d'une manière générale la terminologie de M. de Quatrefages et, lorsque je m'en écarte, ce n'est pas sans en indiquer les raisons.
Régions du corps et appendices. Après bien des discussions sur la valeur des parties extérieures du corps des Annélides, la plupart des auteurs récents ont adopté la nomenclature de M. Grube qui donne le nom de segment buccal au segment porteur de la bouche et celui de lobe céphalique (Prœstomium Huxley) à tout ce qui est placé plus en avant. J'adopte cette manière de voir qui a l'avantage de ne pas trancher la question, indécise dans bien des cas (Glycères, Némodriles, etc.), du nombre des segments constitutifs du lobe céphalique. En outre, le segment buccal esl souvent si semblable aux suivants qu'il n'est guère possible de le rattacher à une région différente. M. de Quatrefages, reprenant une opinion déjà défendue par Rathke ', considère le lobe céphalique et le segment buccal comme formant ensemble la tête, mais il ne tient pas lui-même outre mesure à cette opinion, puisqu'il donne le plus souvent dans ses descriptions ce nom de tête au lobe céphalique seul.
M. de Quatrefages a tenté d'introduire une simplification dans la nomenclature des appendices de la région céphalique en donnant le nom d'antennes à tous les appendices qui naissent du lobe céphalique, celui de tentacules à tous ceux du segment buccal et celui de cirres tenlaculai-
1 De Bupi/ro et Néréide comnentaliones QMlamico-physiuht/icce dwe. liig.e et Dorpati, 1837, p. "Jti.
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res à ceux des premiers pieds, lorsqu'ils revêtent des caractères qui les distinguent d'une manière marquée de leurs homologues appartenant aux pieds placés plus eu arrière. Cette nomenclature, qui semble heureuse au premier abord, offre bien des inconvénients et souvent elle se montre inapplicable dans l'espèce. D'abord les appendices du lobe céphalique sont parfois entièrement différents les uns des autres, au point de vue de la fonction aussi bien que de la structure, ce qui a engagé la plupart des auteurs à leur donner des noms divers. Quelle différence en particulier entre les palpes (antennes latérales, Aud. et Edw., Qtrfg.) et les antennes frontales des Lycoridiens. Les premiers charnus, mulliarlieulés, en partie rétractiles, remplis par l'étalementdu plus gros nerf du corps, les seconds filiformes, simples, non rétractiles, peu riches en nerfs. Quelle dislance également entre les palpes (Kinberg et tous les auteurs récents) et les vraies antennes chez les Aphrodiliens ! Cela esl si vrai que M. de Quatrefages n'a pu rester fidèle à son principe dans tous les cas. Ainsi conserve-t-il chez les Syllidiens le nom de lobes frontaux pour des organes évidemment homologues des palpes des Lycoridiens et qui devraient par conséquent, dans sa nomenclature, porter le nom d'antennes. Cette homologie a déjà été constatée par Rathke et personne ne l'a contestée que je sache. Il est vrai que M. de Quatrefages n'est pas toujours conséquent dans son inconséquence, car, lorsque, chez certains Syllidiens, les palpes s'allongent, il leur restitue le nom d'antennes'.
Un second inconvénient de la nomenclature de M. de Quatrefages, c'est qu'elle est inapplicable dans tous les cas où les segments antérieurs sont très-condensés et où il n'est plus possible de déterminer à quel segment appartient une paire d'appendices donnée. Nous verrons par exemple chez les Phyllodociens et les Hésioniens les auteurs ne pouvoir s'entendre sur cette détermination et M. de Quatrefages se laisser entraîner par sa théorie des appendices à établir des genres que personne n'acceptera. Nous voyons encore le savant Académicien, par
1 II le leur restitue même avec usure, car, chez les Polybostriches, il considère les ileux palpes bifurquées à l'extrémité comme quatre antennes.
1)1 GOLFE DK NAPLES. 321
amour de la théorie, supprimer d'un Irait de plume l'anneau buccal de la plupart des Sigalionides, ou du moins leur attribuer « un anneau buccal indistinct, dépourvu d'appendices. » Rien de plus distinct pourtant que le segment buccal de ces Ànnélides, seulement il porte une paire de pieds et des soies, ce que ne devrait jamais taire un segmenl buccal dans la théorie de M. de Qualrefages. Malheureusement, l'auteur ne se doute pas que toutes les Polynoés portent également quelques soies au segment qu'il considère comme l'anneau buccal, et qu'il serait nécessaire aussi d'imaginer pour elles un « anneau buccal indistinct, sans appendices. »
M. de Quatrefages nous donne pourtant une règle, d'application difficile il est vrai, mais une règle enfin, pour la détermination des segments et de leurs appendices. Le lobe céphalique et les antennes, dit-il, reçoivent leurs nerfs du ganglion cérébral; le segment buccal et ses tentacules, des connectifs œsophagiens; les cirres tenlaculaires, de la chaîne ganglionnaire ventrale. Cette thèse n'est pas soutenable en face des progrès de l'embryologie moderne. Déjà Schaum a prétendu que chez tous les articulés un segment est caractérisé par la possession d'un ganglion, et il est parti de ce principe pour nier que la tète des Arthropodes fût formée de plusieurs segments soudés. Celte doctrine a été immédiatement réfutée. En effet, le système nerveux se différencie relativement fort lard chez les embryons d'articulés. Au contraire, l'apparition des segments, des protozonites, comme on lésa nommés, est, dans bien des cas, le résultat de l'une des premières modifications du blastoderme. Ces segments primitifs se réunissent en groupes, se soudent parfois les uns aux autres, longtemps avant la différenciation du système nerveux et, lorsque ce système se développe, le nombre de ses ganglions n'est pas forcément identique à celui des segments primitifs. Chez les Annélides en particulier, la formation du système nerveux suit bien parfois d'assez près celle des segments, chez les embryons des Capitelles par exemple; mais le plus souvent elle est beaucoup plus tardive. Je ne conteste pas, il est vrai, que chez beaucoup d'Annélides la naissance el la
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distribution des nerfs ne soit conforme à la règle de M. de Quatrefages. Toutefois, nous verrons que, dans certains cas, ce n'est pas seulement le segment buccal, mais ce sont aussi quelques-uns des segments suivants qui reçoivent leurs nerfs des connectifs œsophagiens, ainsi chez certains Aphroditiens, quelques Hésioniens, etc. Dans la théorie de M. de Quatrefages, il faudrait considérer l'ensemble de ces anneaux comme constituant un segment buccal multiannelé. Et pourtant, chacun d'eux porte une paire de pieds et offre d'ailleurs tous les caractères d'un segment indépendant.
Pour ma part, j'emploie le nom d'antennes pour Ions les appendices du lobe céphalique, mais lorsque deux de ces appendices naissent de la partie inférieure de ce lobe, en revêtant des caractères anatomiqnes et physiologiques tout spéciaux, je leur donne, avec la plupart des auteurs, le nom de palpes. Les cirres modifiés du segment buccal et des segments suivants sont désignés dans ce mémoire sous le nom de cirres tentaculaires.
Sans vouloir m'étendre ici sur la conformation des pieds chez les Annélides, je désire indiquer quels sont les rapports des soies avec les lissus qui les environnent. Certains auteurs les considèrent comme renfermées dans une poche qui ne serait qu'une invagination des téguments; d'autres pensent qu'elles sont engendrées dans un follicule interne et quelles n'arrivent que secondairement à la surface. Cette seconde opinion est seule exacte. Dans certains cas, chez les Hésiones et d'autres par exemple, tout le faisceau sort compact par une seule ouverture pédieuse, mais d'autres fois chaque soie a son ouverture spéciale. C'est ce qui arrive surtout pour les faisceaux flabelliformes. Le pore d'issue de chaque soie n'est point préformé. La soie se charge de le perforer elle-même. La chose est facile lorsque les tissus du ver sont mous. 11 n'en est plus de même, quand l'Annélide est protégée par une cuticule résistante et lorsque la soie, armée de crochets en sens divers, serait propre à s'embarrasser dans les tissus et à y produire des déchirures graves. Dans ces cas, l'extrémité de la jeune soie est surmontée d'un petit appa-
Dl GOLFE DE NAPLES. 323
reil provisoire se terminant par une lame extrêmement tranchante, destinée à découper franchement à la soie son chemin dans les tissus et à empêcher les déchirures. La forme de celte pièce varie beaucoup avec celle de la soie et surtout celle des crochets dont le passage doit avoir lieu sans lésion des parties voisines. J'ai déjà signalé précédemment quelques exemples de cette singulière disposition, mais ils ont passé inaperçus. On en trouvera beaucoup d'autres dans le cours de ce mémoire '.
Téguments el appareil musculaire. Les téguments sont composés de deux couches, l'une interne et cellulaire (corium Rthk., derme Qtrfg.) correspondant à la couche sous-cuti culaire ou chitinogène des autres articulés, l'autre extra-cellulaire, la cuticule (épiderme Rthk., Qtrfg.) tantôt très-délicate, tantôt composée d'une épaisse couche de chitine. Les téguments n'ont jusqu'ici été étudiés avec soin que par M. Kolliker, auquel nous devons d'ailleurs plusieurs excellents travaux sur l'hisliologie des Annélides, travaux restés malheureusement tous inconnus à l'auteur de Y Histoire naturelle des Annelés.
La couche superficielle mérite le nom que lui a donné M. Kolliker. Elle rentre entièrement au point de vue de l'histogenèse dans la catégorie des formations cuticulaires. La couche sous-cuticulaire fhypoderme Weismann) qui la sécrète, peut être souvent appelée avec M. Kolliker du nom d'épithélium, toutefois, dans la plus grande partie des cas, il n'est point possible d'y reconnaître les limites des cellules constitutives. Les nucléus y paraissent plutôt semés avec une assez grande régularité dans une couche granuleuse continue, comme M. Baur l'a vu pour certains Arthropodes. Partout où la cuticule atteint une certaine épaisseur, elle se montre ornée de deux systèmes de stries à angle droit (ou plus souvent 70° environ), déjà très-bien vus par M. Kolliker". Les pores tubulaires (Porenkanœle des Allemands), lorsqu'ils existent, sont distri-
: \ nii surtout plus loin sous le chef Bermione Hystrix, où ce sujet est traité en détail
! M. de Quatrefages, auquel ces stries ne sont point inconnues, y voit l'expression de deux systèmes de
fibres, opinion discutaille pour certains vers. Dans tous les cas, le savant académicien attribue avec
raison à ces stries les irisations du la surface du corps de tant d'Annélides.