PHYLLOCHiETOPTERUS MAJOR
Pl. XIX, fig. 1 .
Phyïlochœtopterus 25-30 cent, longus, latitiidine maxima 4-5"^"% regione antica média que flava, postica obscure violaceo-purpurea. Tentacida majora tœniis cluahus violaceis instructa. Begio antica e segmentis 11 constans, média e segmentis tribus quorum duo branchia gerunt, postica segmentis circa 160. Tubus corneus.
DU r.OLFE DE NAPLES. 353
Cette magnifique espèce hnbite des tubes cylindriques cornés, fermés en dome à l'extrémité postérieure; le milieu de ce dôme étant percé d'une petite ouverture circulaire. Une seule fois, par l'intermédiaire de M. Mecznikow, je reçus un tube habité, renfermant deux vers femelles l'un derrière l'autre. Deux autres fois des tubes vides me furent apportés par les pêcheurs. Ces tubes ont un diamètre de 4 à 5™™ et une longueur de près d'un mètre.
Le lobo coplialiqiie est petit, arrondi, orné de taches oculaires vagues, comme celui du Phyllochétoptère social. Il repose sur une dépression dorsale du segment buccal. Celui-ci est plus large relativement que chez les autres espèces; il se dilate en avant pour former un vaste entonnoir buccal. Los grands tentacules sont pâles et ornés de deux raies longitudinales d'un beau violet. Les tentacules courts sont à peu près incolores et renferment une ou deux soies aciculaires.
Toute la région thoracique est jaune, très-convexe en dessous, concave en dessus; la section transversale en est, par conséquent, semi-lunaire. Elle est composée de onze segments sétigères. Les palettes pédieuses ressemblent à celles des autres espèces. Les soies, à extrémité obliquement lancéolée, sont coudées avant la dilatation terminale (1 B). La grosse soie (1 A) du 4""" segment sétigère est parfaitement droite, à peine sensiblement renflée à l'extrémité. Celle-ci est tronquée obliquement par une surface concave, finement crénelée sur le bord.
A la région moyenne, plus étroite que la précédente, commencent les doubles rames ventrales avec leurs plaques onciales en palette. Tandis que les segments de la région antérieure sont très-condensés, ceux de la région moyenne sont allongés. Chacun d'eux est plus long que celui qui le précède, si bien que le troisième égale en longueur les deux précédents, soit à peu près sept ou huit segments thoraciques. Les deux premiers portent à leur extrémité postérieure les rames foliacées verticales (branchies). Au premier de ces segments, ces feuillets rappellent beaucoup ceux des espèces précédentes: le feuillet principal est bilobé, seulement celui de droite est beaucoup plus largement soudé à celui de gauche que chez les autres espèces. Au segment suivant l'appendice membraneux rappelle davantage les « poches dorsales » des Chétoptères, seulement cette « poche » est ici bilobée par une profonde division sur la ligne médiane. Cette modification intéressante du type des Phyllochétoptères permet de supposer que les poches des Chétoptères ne sont que des branchies. Le troisième segment porte déjà des rames dorsales, cylindriques, blanches, avec soie axiale, comme celles de la région
354 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
postérieure. Je ne classe cependant pas ce segment dans cette région, parce que soit par sa couleur, soit par sa grande longueur, soit enfin par le sillon médian de sa surface dorsale, et par l'étranglement qui le sépare de la région postérieure, il se rattache évidemment à la région moyenne.
La région postérieure se distingue des précédentes non-seulement par ses rames dorsales cylindriques, blanches, mais encore par sa forme générale et sa coloration. Immédiatement à la suite de l'étranglement qui la sépare de la région moyenne, elle se renfle rapidement et atteint un diamètre presque égal à celui de la région antérieure; elle s'atténue ensuite graduellement jusqu'à l'extrémité. Cette région est à peu près cylindrique. Sa couleur est d'un beau violet pourpre, très-foncé, sur lequel se détachent en blanchâtre les rames supérieures et les inférieures, la ligne dorsale et la ventrale, ainsi que les intervalles des segments. La coloration violette appartient, à proprement parler, cà l'intestin biliaire qu'on perçoit à travers la paroi semi-transparente du corps. A la base de chaque rame dorsale est une tache rose, produite par l'ovaire. Les ovules mûrs ont en effet une belle couleur rose.
Fam. des STERNASPIDIENS V. Carus (Mlgr. rev.)
(ANNULOSA TlJALASSEAIiCA Délie Cluaje, i>ro parte.)
J'ai déjà félicité M. Malmgren, dans les Prolégomènes de ce Mémoire, d'être revenu à l'opinion de Délie Ghiaje, de M. de Siebold et de M. Max MûUer, qui assignaient aux Sternaspis une place parmi les Annélides. Ce sont en effet des Annélides pur sang, et je ne sais comment M. Carus et M. de Quatrefages pourraient justifier la place qu'ils ont assignée à ces vers parmi les Géphyriens. J'ai déjà dit que le dernier de ces auteurs était retombé dans l'erreur autrefois commise par Oken et par Otto, en prenant la tête des Sternaspis pour la queue. Les recherches anatomiques de M. Krohn et de M. Max MûUer ' dont il n'a sans doute connu
' x Jam de Slernaspide, dit M. M. Mùller, quarii et ipsani inulli in nosliain familiam (i. c. Thalassej niaceoruni) l'otulerunt, eoium sequor seutenliam, qui Sternaspidem non ad Echiuridas vel Tiialasse-
que les titres, auraient pu l'éclairer entièrement sur ce sujet. Dans tous les cas, les Sternaspidiens sont encore plus déplacés parmi les Ecliinodermes, où les reléguaient Otto, Meckel el Cuvier.
Quant à la position à assigner aux Sternaspidiens dans la série des Annélides, elle paraît fort discutable. M. Malmgren les place auprès des Phérusiens, ce qu'avait déjà fait Délie Chiaje. Bien que celte opinion ne me satisfasse pas entièremenl, je m'y range, vu l'impossibilité pour moi, de faire mieux.
Genre STERNASPIS Otto.
Sternaspis scutata '.
Menitihi eiiciirbilncca Pl.ineiis, De Concliyl. minus nolis. Hniiire CIDl;iCCLX, p. 110; t;il». V, /), /<;. Ecliitwrlijpiclniii scKluliis, vel di/jii'ntita lieu. Tav. per servire alla classif. degli Aiiimali; Nov. AcL Acad. Cm-. Nal., XI, 531.
Tliainssriiia snitiiliim Ranzaiii, Memorie di Stor. nat. I, fav. 1, 10-12. - Isis, XF, p 1457.
Stcnidspis IlinlasseiiHn'Ie.s Ollo, IS21, Nova Acta Acail. Cxs. I^eopold. Nat. Cur. X, pars 2, p. Gl 9, lab. 50.
>i » Hii(lol|iiii, Eiitozoorum Synopsis, 573.
» » Cuvier, Règne animal, 111, p. 245.
» » Délie Chiaje, Memorie su gli Anim. senza verL. IV, 204, lab. XLll, fig. 18, el
Descrizione, 111, p. 7G ; V, p. 90, tav. 43, fig. 4; lav. 94, lig. 1 à 5; el lav. 106, fig. 18.
» » Guérin-Méneville, Iconogr. du règne animal, t. H; Zoopli.. tab. VI, fig. 4et4r/.
Schrciltcriiis Breinsii Pionicr'^ (fidc Ottonis, Nova Art. Acad. Ca:'s. Leop. Nat. Cur. X, p. 178).
« maceos perlinere, sed ad Chastopodes exislimani, quorum in numéro de Siebold nominare sufficial, « quum pmesertim eliam aiialogia selarum analium Krobnii observalionibus refutata sit, alque quem « anuin bucusque habuerunt, ut oris oi ificium cognovei'inl » — Ohsmi. analoni. de Vmiiibns quibiisdam maritimis. Berolini, 1852, p. 17.
' M. Malmgien rejette le nom spécifique de (hdhissp.indïilt's, aujourd'luii généralemeni accrédité, pour reprendre le nom de .sciitiilu déjà employé par Renier et Ranzani. A propi'cment parler, la loi de priorité devrait faire revenir au nom de Riaucbi et, dans ce cas, l'espèce de Naples porlei ait le nom de Sienuispis cucurbitacea. Les figures de Bianchi sont d'ailleurs fort reconnaissables.
^ Ce nom de Schreiberiiis Brcmsii ne m'est connu que par une citation d'Olto (Animainm maritbn. nondum editorum yenera duo. - Nova Acln Acad. Cœs. Cur. Nat. X, pars 2, p. 626) laite de mémoire, ainsi que ce savant le remarque expressément. Je ne sais cependant si ce nom, cilé également par Délie Chiaje, mais sans doute siu' la foi d'Otto, est bien au(henli(|ue. Je suis porté à croire plutôt qu'il esl le résultat d'un défaut de copie du mémoire de Chamisso et Lysenhardt (Aoeu Acta Acad. Cœs. Lru/i. Ciir. Nat. X, p. 351), dans le((uel je trouve à propos tlu genre Sternaspis la phrase suivante : « Sccunda liujus generis species ea est cui Benierus olim nomen Echinorhyiiclii scuLaii, dein Scfireihersius, Breinsi'rius et Hninidiiiis nomen Tlmhissnnnlis sciitali mdidere. »
356 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
Sli'iHdsi/is lliulassemuïilcs Ijamnrck, Hist. ilcs nnimaux sans verl., V, p. 535. » » Gi'ul)e. Ecliinoil. Ad. iind Wiirniei-, p. (i7.
» » Krolm, Miiller's Arcliiv lïir Anal, inul Piiys., 1842, p. 426.
> » Max Mùller, Observai, anal, de Verm. quib. maritimis, 1852, p. 1, lal) I
» » Quatrelages, Histoire nalui' des Annelés, I. II, p. 590.
» sriilala Mlmgr. Annuiala poiych Speisb. Gi'œnl., elc , p. 85.
Pl. XXXI, llg. 9.
Je n'ai disséqué que trois Slernaspis pendant mon séjour à Naples, mais ce nombre a été suffisant pour me convaincre de la parfaite exactitude des recherches, soit de M. Krolin, soit de M. Max Mùller. Sans insister sur les faits que ces savants ont déjà fait connaître, qu'il me soit permis d'attirer l'altenlion sur une particularité anatomique assez remarquable de l'appareil respiratoire.
Dans la partie postérieure du corps des Sternaspis, on trouve deux houppes vasculaires, placées sous les écussons branchiaux. Ces houppes frappent les yeux dès qu'on ouvre la cavité du corps. Elles ont été désignées par M. Mùller sous le nom de vaisseaux branchiaux. Ces houppes ne sont point formées par des rameaux vasculaires isolés. Chaque vaisseau (fig 9, b) est au contraire accolé à un axe solide, élastique et cylindrique, dont le diamètre est à peu près égal à celui du vaisseau qu'il supporte. Cet axe (fig. 9 a), de consistance cartilagineuse^ est formé par une substance finement fd3rillaire, dont les fibrilles sont disposées dans le sens de la longueur. Il est entouré d'une gaine formée par de petites bandelettes obliques à l'axe. Chacune d'elles présente un gros noyau avec nucléus (c); tous ces noyaux sont placés le long de la ligne de contact du vaisseau et de l'axe sohde. Le vaisseau et l'axe sont enfermés dans une tunique musculaire commune. Celle-ci est formée moins par une gaîne continue, que par une série d'anneaux musculaires (rf), indépendants les uns des autres, et de largeur variable.
Je n'ai malheureusement pas poursuivi mes recherches sur la singulière conformation de ces houppes vasculaires, et je n'ose hasarder d'hypothèse sur le rôle des divers éléments que je viens de décrire. D'autres combleront cette lacune.
Famille des PHÉRUSIENS Grube.
(CHLORÉMIENS Qtrfg.) Genre STYLARIOIDES Délie Ghiaje.
TlUJPriONn Edw.; PHERUSA Blnv. ; LOPHIOCEPHALA Costa.
Pour ce genre, qui a reçu tant de noms divers , M. de Quatrefages a adopté celui de P/ierusa Blnv. dans son Histoire naturelle des Ânnelés. M. Malmgren le rejette, parce qu'il a déjà été attribué en 1815 par Leach à des crustacés, et en 1816, par Lamouroux à des polypes, et il le remplace par celui de Trophonia Edw. qui a d'ailleurs l'avantage de la priorité. Mais alors la justice demande qu'on fasse un pas de plus et qu'on revienne au nom de Stylarioïdes D. Ch., antérieur à celui de Trophonia*. Je le fais d'autant plus volontiers que Délie Chiaje a connu ces vers mieux qu'aucun de ses successeurs, et que nous lui devons des figures nombreuses et exactes, et surtout une étude anatomique fort soignée, à laquelle il y a peu de chose à réformer.
Le caractère essentiel du genre Stylarioïdes, c'est d'avoir l'appareil branchial porté par un large pédicelle membraneux, et les soies des deux premiers segments développées d'une manière exceptionnelle pour former la cage céphalique. Le corps ne sécrète pas de mucus d'une manière appréciable.
M. Gabriel Costa, auquel nous devons une étude anatomique de l'espèce déjà disséquée pnr Délie Chiaje, mais qui paraît n'avoir pas connu les travaux de son prédécesseur, en a fait, sous le nom de Lophiocephala, un genre à part, parce qu'il a méconnu l'une des paires de faisceaux de soies des segments qui suivent les deux premiers.
' Je conserve (Vailleurs le genre Trupliotiia en restreignant un peu ses limites, comme on le verra plus loin.
StYLARIOÏDES MONILIFER.
Siylaridides moniliferus Délie Chiaje, Memorie, IV, p. 178, tav. LUI. Descrizione e Nolomia, III, p. 75-
V, p. 96; tav. 94, fig. 6, et tav. 134, fig. 5. Siphonosloma papillosum Grube, Echiiiod., Act. und Wûrmer, 1840, p. 68.
Lopitiocepliala Edwardsii Gab. Costa, Annales des Sciences nalur., 1841, t. XVI, p. 276, pl. 12, fig 2. Trophoiiia barhala Aud. et Edw., Règne animal illustré, pl. 22, fig. 1. Stylaridides moniliferus Qti'fg. spec. incert. sedis. Histoire natur. des Aunelés, I, p. 487. t'Iierusa barbota Qlrfg., Histoire natur. des Anneiés, 1. 1, p. 481.
Pl. XXV, fig. i.
Comme figure de faciès, celle de M, Gabr. Costa (loc. cit., fig. 2) est sans contredit la meilleure. L'étude anatomique que nous devons à ce savant, est au contraire très-imparfaite. En revanche, les dessins analomiques de Délie Chiaje sont généralement fort exacts, quoique schématiques, et me permettent de supprimer la plus grande partie des miens. Je me référerai souvent, dans la description qui va suivre, aux planches de ce grand anatomiste'.
Laçage céphalique de cette espèce est très-incomplète. Elle est formée par les soies (fig. 1, f) des rames pédieuses supérieures et inférieures des deux premiers segments sétigères. Ces .soies sont dirigées en avant, fort longues et au nombre de deux à quatre seulement par rame. Dans l'espace qu'elles enserrent peut saillir l'appareil céphalique rétractile. Ces deux segments sétigères sont en réalité, comme nous le verrons, le second et le troisième. Le premier ou segment buccal est achète, plissé en travers et susceptible de s'invaginer dans la partie antérieure du corps. Souvent, cependant, l'appareil branchial se rétracte seul et le segment buccal reste visible sous la forme d'un entonnoir évasé, transparent (1 I). Tous les segments suivants sont armés de soies
' Voici encore un des exemples oîi M. de Quatrefages fait le pins grand tort à Délie Chiaje: « Ce genre, dit-il, a été établi par Délie Chiaje pour une Annélide appartenant bien eei tainenicnt à celle famille, mais qui se distingue aisémeut de toutes les espèces précédentes ];:ir l'absence de branchies (?) » — (Le point de doute api)artient à M. de Quatrefages) Or, si M. de Quatrefages, non content d'examiner les figures (dans lesquelles les branchies auraient d'ailleurs dû le frafiper), avait recouru au texte du savant napolitain, il aurait trouvé la phrase suivante: « Ma nello stilai ioïde pella disposizione rassomigliano le branchie ad una corona imbutiforme, essendo anche semplici e terminale ne' due tronchi latel ali » (Descrizione, III, p. 78), ce qui est, en effet, le caractère des br anchies chez les Stylat ioïdes.
" La description de M. Grube, quoique très-concise, est fort exacte. Mais elle ne s'attache qu'à quelques caractères externes, et ne nous enseigne rien sur l'anatomie de l'aimnal.
tétrastiques, mais dépourvus de mamelons pédieux. Ces soies sont bien pins courtes que celles de la cage céptialique, et, en outre, celles des rangées dorsales sont plus fines et plus petites que celles des rangées ventrales. Voilà pourquoi M. Costa ne les a pas aperçues. Moi-même, j'ai douté quelque temps de leur existence. Les soies de la cage céphalique sont subulées, larges de 44 micr., et régulièrement annelées (1 E), comme si elles étaient composées de segments superposés à l'instar d'un pédoncule d'encrinite. On peut y distinguer deux couches: l'une axiale, d'apparence fibreuse, l'autre corticale, homogène. Les soies courtes (1 D) des segments suivants ne dépassent pas un diamètre de '19 micr. Elles sont légèrement recourbées à l'extrémité, mais présentent d'ailleurs la même structure que les précédentes. ,
La peau est grisâtre et offre chez les adultes la même apparence dans toute la longueur du corps qui mesure jusqu'à 18 centimètres, et compte au delà de 140 segments. Mais chez les jeunes individus (1 1), la moitié antérieure du corps est rosâtre et très-évidemment striée en travers. La moitié postérieure est plus pâle, un peu moins large, et à peu près lisse. Les derniers segments sont parfois beaucoup plus étroits que les autres, et simulent un appendice caudal. La couleur grisâtre, terreuse, est due à une substance incrustante, sans doute de provenance étrangère. La peau est hérissée de nombreuses papilles, déjà connues de Délie Chiaje et de M. Costa. Elles offrent, pour l'ordinaire, la forme d'un cylindi e (1 C, a), mais cette forme est due à la substance incrustante, agglutinée sans doute par une quantité de mucosité inappréciable. Lorsqu'on les en dépouille, on voit que leur forme véritable est celle d'un bouton sphérique, à l'extrémité d'un pédicule (1 C, b). Soit le pédicule, soit le bouton, sont formés de deux couches, l'une externe, homogène, qui n'est qu'un prolongement de la cuticule (c), l'autre interne, finement granuleuse. Celle-ci est en communication avec la couche sous-culiculaire par un pore étroit (d) qui perce la cuticule générale sous la papille. Aucun réactif n'a réussi à me faire découvrir de nucléus dans la couche granuleuse ' .
' M. Costa considère ces « tubercules cylindriques» comme vasculaires, ce qui est erroné. La belle couleur verte des vaisseaux sanguins ne pourrait pas se soustraire à l'observation dans ces organes
Le segment buccal porte en avant un entonnoir membraneux, fendu sur la ligne ventrale. C'est le lobe céphalique avec le pédoncule branchial (fig. 1). Les limites entre le lobe céphalique et le segment buccal ne sont d'ailleurs point tranchées. Dans tous les cas, l'entonnoir qui nous occupe, renferme dans sa paroi dorsale le cerveau (e). Les branchies sont disposées sur tout le bord de l'entonnoir, sous la forme de lanières parallèles. Un sillon se prolonge de chaque espace interbranchial sur la partie supérieure de l'entonnoir membraneux. Cet appareil branchial en fer à cheval présente par suite une certaine ressemblance avec celui d'une Serpule. Toutefois, cette ressemblance n'est qu'extérieure, car le bord de l'entonnoir ne porte pas seulement une rangée de rayons branchiaux, mais plusieurs (trois au moins). Si l'on compte les branchies à la rangée externe, on n'en trouve guère que 28, tandis que le nombre total est d'environ 90.
Chaque rayon branchial' est couvert de cils vibratiles, sauf une bande glabre sur la ligne médiane externe. Dans l'intérieur sont deux vaisseaux, auxquels les branchies doivent leur couleur verte, tempérée d'ailleurs par un pigment brun, qui accompagne les anses latérales (b). Les branchies ont une cuticule beaucoup plus mince et délicate que celle du pédoncule infundibuliforme.
En dessous de l'appareil branchial sont deux tentacules^, naissant aux côtés de la bouche. Ces tentacules charnus (fig. 1, a), déjà fort bien
transparents. Le même savant place au sommet de la papille une ouverture par laquelle transsuderait le mucus. Cette ouverture n'existe pas, ou, du moins, M. Costa n'a-t-il en vue que la solution de continuité de la substance incrustante au sommet du cylindre, à travers laquelle on voit surgir le haut de la papille comme un dôme incolore. C'est ce dôme qu'il a pris pour du mucus. La véritable papille, privée de la substance incrustante, lui est restée inconnue.
' Les cirres de la plupart des auteurs ; les ovaires pour Otto Fr. Millier. M. Fritz Millier, en revendiquant pour les branchies le rôle respiratoire que beaucoup d'auteurs ont semblé leur dénier (puisqu'ils les ont appelées des antennes ou des tentacules supérieurs), semble contester aussi le nom de tenlucules aux deux organes que nous considérons ici (Voyez Archiv f. Nutmy., XXIV, 1858, p. 218). Leurs fonctions sont pourtant bien préhensiles. Au moins les cils vibratiles qui garnissent leur gouttière conduisent-ils à la bouche les particules nutritives. — M. Edwards les considère comme des branchies lymphatiques. Peut-être jouent-ils accessoirement ce rôle. Le savant académicien ignorait d'ailleurs l'existence d'un vaisseau dans leur intérieur. (Voyez Leçons sur l'anatomie et la physiologie, tome II, p 105.)
VUS par Dellc Chiaje, sont formés d'une partie axiale et de deux limbes latéraux. Les limbes sont bien plus longs que l'axe, ce qui les oblige à se raccourcir en formant un grand nombre de replis très-caractéristiques. Ces replis ' sont placés de manière à transformer la face inférieure des tentacules en une large gouttière, couverte de cils vibratiles (1 A). Grâce à cette organisation, les tentacules conduisent sans cesse des particules nutritives à la bouche. Dans l'axe de chaque tentacule est un vaisseau aveugle, à paroi celluleuse et épaisse, dépourvu de ramifications.
La bouche est une large ouverture entre les tentacules ciliés et la lèvre inférieure, bilobée, et non ciliée. Souvent on voit saillir de l'ouverture buccale jusqu'à trois languettes ciliées (tig. 1, b), remplies d'un réseau de vaisseaux sanguins. Elles doivent prendre part à l'ingurgitation des aliments. Ce sont les trois antennes de M. Costa.
L'oesophage conduit dans un estomac de couleur orangée ^ qui se prolonge, en avant, en un large cœcum ' de même couleur, mais plus foncé. Le cœcum est désigné par Délie Chiaje sous le nom de « bourse biliaire aveugle*. » La couleur orangée appartient à la couche interne de l'estomac; l'externe est incolore. Cette disposition est rare chez les Annélides'. L'intestin forme une grande anse qui remonte sous l'estomac, et qu'on trouve en général vide d'aliments (duodénum Délie Chiaje)*. Au delà, le trajet du tube digestif est recliligne. Ce tube est en général distendu par du sable lin, comme Délie Chiaje et M. Costa l'ont déjà remarqué.
Auprès du tube digestif, la cavité générale renferme dans sa partie antérieure, trois organes qui ont échappé à M. Costa, ou ont été mal
' Ils paraissent exister chez tous les Phérusiens, et ne sont point un résultat de raction de l'alcool, comme l'a cru Rathke {Heitv. z. veri/l. Anat. u. f'Iiys. — Reisebemerk. aus Skandinavien, p. 86). - Voyez Délie Chiaje, Descriziotie, pl. 94, fig. 6, q. Ibid., fig, 6, II.
* La même qu'Otto appelle vesira sucloria chez les Siphonostomes. ^ Chez les Polycirrides, les Thysanopka Schmdt {Ctcnodrilus Clprd.) et quelques autres. Délie Chiaje, loc. cit., fig. .6, i.
(lun
362 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
compris par lui, mais que Délie Chiaje a fort bien vus. C'est d'abord un boyau aveugle, d'un noir intense, tirant parfois sur le verdâtre'. 11 s'étend en arrière jusqu'à l'estomac, à la paroi duquel il adhère par son extrémité aveugle. Ce tube paraît s'ouvrir en avant au plancher dorsal de la cavité buccale. C'est ce que Délie Chiaje appelle « la bourse aveugle gastro-œsophagienne. » La structure de cette glande est remarquable. Elle est formée de deux couches. L'externe, très-épaisse, est incolore, musculaire, riche en réseaux sanguins. La couche interne est un épithélium d'un noir intense. Les cellules (fig. 1 G), larges de 5 à 11 micr., doivent leur couleur à une foule de granules complètement insolubles dans l'acide acétique. Sous l'influence de l'acide azotique froid, les granules dégagent lentement quelques bulles de gaz; à chaud, ils se dissolvent rapidement, et la couleur noire disparaît pour faire place à un jaune brunâtre. Les fonctions de cette glande, confondue par M. Costa avec le vaisseau dorsal, sont entièrement problématiques. C'est l'organe qu'Otto paraît avoir considéré chez les Siphonostomes comme un second œsophage.
Les deux autres organes sont symétriques. Ce sont des glandes tubulaires^ qui s'ouvrent au dehors, près de la bouche. Elles se terminent en cul-de-sac aux côtés de l'estomac dans le 8™^ segment. Ces glandes sont d'un beau blanc, grâce à de nombreuses concrétions sphériques et dures, déjà mentionnées par Délie Chiaje. Rathke les a fort bien décrites chez son Siph. plumosum^. M. Kôlliker % sans connaître les observations de ses prédécesseurs, a retrouvé ces concrétions dans les mêmes glandes, chez un Siphonostome des côtes d'Écosse, et il compare ces organes pour leur structure à des reins (de Gastéropodes). Il ajoute seulement qu'il n'a pu en obtenir de cristaux d'acide urique. En réahté, la ressemblance avec les reins de certains mollusques est grande. La glande est
' Délie Chiaje, loc. cit., fig. 6, //. - Ibid., fig. 6, d.
■' Reiscbemerk. aus Skandinavicn, p. 87. Les concrétions lui étaient aussi connues. * Kurzer Berichl. etc. — Wuribarf/er nalurwisamuchaf'tlirhe Zeitsr.lirifl , 1S64 (Separat-Abdruck, p. 10).
remplie de corps sphériques (1 F), ressemblant à des cellules, mais dans lesquels je n'ai pu découvrir de nucléus. Chacun renferme une seule concrétion sphériquc ou plusieurs (diam. = 2 à 11 micr.).
L'action de presque tous les réactifs a pour effet immédiat la destruction de la sphère organique, dans laquelle il n'y a d'ailleurs aucune vacuole comparable au Sekretblàschen de Meckel de Hemsbach. Quant aux concrétions, elles sont insolubles dans l'acide acétique, mais se dissolvent avec effervescence dans l'acide azotique, ce qui permet de supposer de l'oxalate de chaux'.
Délie Chiaje représente faussement la chaîne nerveuse comme une bandelette à bords parallèles, sans aucun renflement. Cette fois, M. Costa a mieux vu les ganglions et les a mieux figurés. Je trouve (1 II) le cerveau oblong, relativement petit, et les connectifs œsophagiens longs et grêles. Le premier ganglion de la chaîne ventrale est trois fois aussi long que large, épaté en avant, atténué en arrière. Les suivants sont plus petits et ovoïdes. Dans tous, les cellules nerveuses occupent les parties latérales. Les connectifs interganglionnaires sont étroitement soudés l'un à l'autre. De chaque ganglion naissent trois paires de nerfs.
D'après M. Costa, le système vasculaire s'écarterait beaucoup de celui des autres Annélides céphalobranches, étudiées par M. Edwards. Les dilïérences me paraissent minimes ou nulles. Le vaisseau dorsal et le vaisseau ventral sont simples tous deux et suivent le cours habituel chez les espèces à intestin non rectiligne. Les anses latérales de chaque segment offrent la particularité de ne pas naître du vaisseau ventral exactement au même niveau du côté droit et du côté gauche. L'intestin
' Dello Chiaje a donné à ces deux glandes excrémenlitielles, malgré leur structure, le nom de vésicules contractiles. Il les considérait comme un appareil accessoire de la respiration. M. Costa les passe sous silence, bien que je croie reconnaître l'une d'elles dans une de ses figures. — Nous verrons plus loin, en parlant des Ampliicténiens, (jue ces glandes doivent être considérées comme des organes segmentaires. Je n'ai pas reconnu en elles, il est vrai, la forme typique de ces organes, mais je ne doute pas (|u'on ne finisse par la conslaler. Déjà Rallike, chez la Troplionia pliunosa (Ampliitritc plumosa Millier; Siplmiuslomum pluimsiim Ratlike), a constaté dans cette glande l'existence d'une cloison longitudinale, la partageant en deux moitiés. Je pense que cette o])sei vation (dont l'exactitude semble, il est vrai, contestée par iM. Kolliker) est Irés-juste. Elle établirait une conlormilé entière avec les organes segmentaires des Amphicténiens et des Térébelliens.
s S6A ANNÉLIDES CHÉTOPODES
est accompagné de deux vaisseaux enlériques inférieurs juxtaposés. Délie Chiaje n'en figure à tort qu'un seul.
Les organes générateurs sont intimement liés à l'appareil vasculaire. Délie Ghiaje les a étudiés au moment du repos fonctionnel, et il représente les ovaires' comme quatre petites glandes piriformes et granuleuses, situées par paires aux côtés de l'estomac, et réunies au vaisseau ventral par des pédoncules vasculaires. C'est parfaitement juste. Le pédoncule de chaque glande est un vaisseau large de 17 micr., qui se continue dans l'axe de la glande et se termine en cœcum à l'extrémité opposée. Ce vaisseau axial donne naissance à une multitude de ramifications aveugles et contractiles, qui forment une grappe vasculaire verte, très-élégante. Les rameaux sont réunis en une seule masse par une trame cellulaire, dans laquelle sont disséminés quelques petits ovules. A l'époque de la maturité sexuelle, les quatre ovaires se développent énormément, prennent une couleur brunâtre, qui est celle des œufs mûrs, et enveloppent complètement l'estomac et une partie de l'intestin. C'est l'état dans lequel ils ont été vus par M. Costa.
Les Stylarioïdes ne sont point hermaphrodites comme le pense M. Costa. Chez les mâles, les testicules sont attachés au même point du vaisseau ventral que les ovaires chez les femelles, mais il n'y en a qu'une seule paire. Ce sont deux bandes, longues de 20 à 25"™, et larges de 1™™ à 1^5. L'axe est occupé par un vaisseau, duquel naissent des centaines et même plus d'un millier de cœcum renflés en ampoule à l'extrémité. Tous ces vaisseaux sont animés de pulsations rhythmiques. La couleur verte du sang est en partie masquée par des granulations brunes, placées dans la paroi des vaisseaux. Les régimes de zoospermes se développent entre les cœcum.
La cavité périviscérale est divisée en deux parties par une cloison verticale, placée à peu près à la fin du premier tiers de la longueur totale de l'animal. Une cloison toute semblable existe chez le Siphonostomum diplochaïlos, où elle a déjà été fort bien vue par Otto.
' Loc. cit., fig. 6.
Genre TROPHONIA Aud. et Edw. (sensu str.)
Syn. PME RUSA Bluv.
Ce genre Trophonia^ soit Pherusa, comme la plupart des auteurs l'ont entendu^ renferme des types assez divers. Aussi, après en avoir séparé les Stylarioïdes Délie Ghiaje, voyons-nous rester un certain nombre d'espèces qui ne sont point absorbées par le genre Stylarioïdes, et pour lesquelles il me semble convenable de conserver le nom de Trophonia.
Le genre ainsi restreint ' renferme des animaux dont le faciès est tout autre que celui des Stylarioïdes. Ceux-ci sont des vers nus, à soies fort petites, tellement qu'on peut au premier abord les croire absentes, sauf dans les deux premiers segments, où elles prennent des proportions colossales, et forment la cage céphalique. Chez les Trophonies, au contraire, les soies sont bien développées, et celles du faisceau supérieur, filiformes, se redressent sur le dos pour former une véritable forêt de poils. Dans les segments antérieurs, les soies s'allongent quelque peu, et se dirigent en avant, de manière à former une sorte de cage céphalique. Toutefois celte cage n'est point clairement déhmitée comme chez les Stylarioïdes, et il n'est point possible de dire que les segments antérieurs soient armés d'une manière particuhère.
TUOPHONIA ERUCA.
Pl. XXV, fig. 2.
Corpus longitiidine 5""',5, ïatitudine 5°"", liispidum, arenulis mcrustahmi, papilîis cutaneis cmtrorsum tmdique sparsis^ posteriora versus in pedihus tantum occurentibus. Anus inter tubercula quatuor ciliata situs.
' Je ne me dissimule pas que l'espèce-lype d'Audouia et Milne Edwards {Trophonia barbaia) ne reste plus le type du genre tel que je le comprends ici, car elle est identique au Styliarioïdes monilifer. Celte espèce exclue forcément du genre Trophonia, je pense pouvoir néanmoins conserver cette dénomination pour des espèces qu'on a classées généralement dans le même genre, lors même que la définition restreinte de ce genre ne puisse désormais plus s'appliquer à la Trophonia barbata.
366 ANiNÈLIDES CHÉTOPODES
Je ne saurais mieux comparer le faciès de ce ver qu'à celui d'une chenille de Bombycide à poils hérissés. Celle apparence est due aux soies du faisceau supérieur, qui sonl normalement dressées sur le dos. La peau est incrustée de petites pierres, abondantes surtout à la face tergale'. Malgré ces différences dans le faciès, si grandes qu'on ne se douterait guère avoir à faire à des vers de la même famille, la T. Eruca est par toute son organisation très-proche voisine des Stylarioïdes.
L'appareil branchial forme un fer à cheval, ouvert au côté ventral. Chaque moitié de cet appareil ne porte qu'une douzaine de rayons semblables à ceux des Stylarioïdes, Il n'est porté par aucun pédoncule appréciable. En dessous, insérés auprès de la bouche, sont les deux tentacules ciliés, à gouttière ventrale, épais et médiocrement longs.
Dans toute la longueur du corps, les rames pédieuses (fig. 2) sont représentées par deux éminences, très-distantes l'une de l'autre, de chaque côté de chaque segment. La rame supérieure porte un faisceau de soies simples, annelées, pointues à l'extrémité, comme chez la plupart des autres Phérusiens. Les soies de la rame ventrale sont beaucoup plus robustes (2 B), plus courtes et terminées par un crochet unirostre, avec une dent ou aiguille sous-rostrale. Elles sont d'ailleurs annelées et striées en travers. En outre, chaque pied renferme huit à dix acicules, très-larges à la base, à pointe acérée G).
Le corps est couvert de papilles cylindriques (2 A) ; quelques-unes d'entre elles, plus longues que les autres, forment sur le ventre trois lignes longitudinales, l'une médiane, les autres latérales. Dans la région postérieure, les papilles sont plus rares et restreintes aux rames pédieuses. D'ailleurs leur organisation rappelle celle des papilles homologues chez les Stylarioïdes. Leur apparence cylindrique tient à une matière incrustante, ferme, laissant percer seulement le sommet de la véritable papille, comme un dôme incolore (2 A, a). Celle-ci est un bouton sphérique à long pédicule, avec substance centrale granuleuse (h).
L'appareil digestif est semblable à celui du Si. monilifer, seulement
' La collection du Muséum de Paris possède, conservé dans l'alcool, un Phérusien à corps rugueux, que M. de Quatrefages a baptisé du nom de ['Iterusa incrustata. Serait-ce peut-être la même espèce? La courte diagnose que donne M. de Quatrefages devrait pourtant être contredite à chaque mot, si j'acceptais l'identité spécifique des individus en question. Mais ce n'est pas une raison pour que cette identité n'existe pas. L'avenir nous montrera peut-être que la Pli. incrnslnta n'est que la variété alcoolique delà Tr. Eruca,
l'estomac est d'un rouge brun intense, et son cœcum antérieur est beaucoup plus long. Les ovaires et leur grappe vasculaire n'ont rien de spécial, si ce n'est la couleur brun-rougeâtre des œufs, qui, sous l'influence de l'acide acélique, passe à l'orangé. Les ovaires, à l'époque de la maturité, enveloppent complètement l'estomac.
La glande noire impaire et les deux glandes excrémentitielles à concrétions blanches, sont semblables aux organes homologues des Stylarioïdes, et se comportent de la même manière qu'eux à l'égard des réactifs.
Genre SIPHONOSTOMA Otto*.
Syn. FLABELLIGERA Sars, Mlmgr. CHLORAEMA Duj., Qtrfg.
On est généralement d'accord pour reconnaître les Chlorèmes de Dujardin comme synonymes des Siphonostomes d'Otto. Toutefois M. de Quatrefages vient de maintenir les deux genres l'un à côté de l'autre, en maltraitant, il est vrai, le genre Siphonostome d'une manière qui équivaut à le bannir de la science. En effet, il admet que les Siphonostomes se distinguent des Chlorèmes par l'absence des papilles de la peau
' Otto écrivait Sipliostoma, mais j'adopte l'orthographe Siplionostotna, comme plus correcte.
^ M. Malmgren (Annulata polychœta, etc., p. 83) rejette le nom de Sipliostoma Otto, parce qu'il a été employé déjà précédemment pour un genre de poissons. Il le remplace par celui de Flabelligera Sars, qui date de 1829. M. Maimgreu, je le sais, ne fait en cela qu'obéir aux principes de la Pliilosophia botanica : « Nomen genericum unum idemque, disait Linnée, ad diversa designanda gênera assumtum, altero loco 8 excludendum erit )> {Pfiil. botan.. Ed. IV, Sprengel, § 217, p. 259). Je ne pense cependant pas devoir le suivre dans cette voie. Le nombre des genres homonymes est devenu si considérable que la plupart des zoologistes jugent opportun de se départir de la règle établie par le législateur Suédois. On ne rejette aujourd'hui un homonyme que lorsque d'autres raisons militent contre lui, en outre de l'homonymie; pourvu, du moins, que les deux genres homonymes n'appartiennent pas à un seul et même embranchement. Il convient d'éviter les homonymes autant que possible, mais les extirper partout où ils se présentent bouleverserait la science. J'ai moi-même suivi un certain temps le principe de Linné aussi strictement que M. Malmgren. C'est ainsi que j'ai rejeté par la seule raison d'homonymie le nom à'Ervilia, formé par Dujardin pour un genre d'infusoires ciliés, et que je l'ai remplacé par celui d'Aegyria Clprd. Lachm. Plus tard, M. Stein n'a pas trouvé ce remplacement amplement justifié, et il a reconnu la priorité du nom Ervilia Dujardin. Je pense aujourd'hui, tout bien considéré, que M. Stein a eu raison. Je fais comme lui, et je conserve la dénomination Siphonosloma Otto, d'ailleurs consacrée par l'usage.
et du mucus. Or c'est entièrement inexact. La description de l'espècetype par Otto est, il est vrai, en partie insuffisante, mais le fait que ce zoologiste pécha son ver dans le golfe de Naples et insiste sur son extrême transparence, sans parler de nombreux autres détails, n'a jamais laissé de doute sur son identification. Il n'est d'ailleurs point vrai que le mémoire d'Otto soit obscur ' comme le pense M. de Quatrefages. Ce travail et celui de M. Max Mûller sont au contraire les meilleurs que nous possédions sur le genre Siphonostoma. Otto a même connu certains détails d'organisation qui ont échappé à tous les auteurs plus récents, sauf Délie Ghiaje. Quant à la mucosité, elle a été vue et décrite par lui. Tout lecteur impartial devra le reconnaître; seulement Otto considère cette mucosité comme formant une couche de la peau : « Integumenta communia, dit-il, duabus constant lamellis, quarum (( exterior s. vera cutis, tenera, pellucida, sed respecta tenuitatis satis (( ^rma, interior vero, seu peritona3um, multo adhuc tenuior et subti- « lissima, laxe tantum priori adhseret". »
Pour les douleurs incorrigibles qui hésiteraient encore à voir dans la cutis vera tenera la couche de mucus, et dans la lamella interna, sive peritonœum les véritables téguments, je recommanderai l'examen de la figure 4 d'Otto et de l'explication qui l'accompagne. La couche désignée dans cette bonne figure sous le nom de cutis externa, est le mucus, celle désignée sous celui de cutis interna, la paroi du corps. Les deux couches sont en effet traversées par les soies, et la première présente une épaisseur qu'on ne trouvera dans la paroi somatique d'aucune AnnéHde, surtout d'aucun Siphonostome, mais qui est parfaitement exacte dès qu'il s'agit de la couche de mucus.
Déjà Délie Chiaje, dont M. de Quatrefages ignore, il est vrai, les descriptions et les nombreux dessins, Délie Chiaje dis-je, n'a jamais éprouvé de difficulté dans sa détermination. Les observateurs postérieurs sont
' Plusieurs de ses dessins sont pourtant excellents.
^ Animalium maritimorum nondum editorum gênera duo. De Sternaspide et Siphonostomate. VratislavicB,
dans le même cas, et tous ont vu le mucus et les papilles'. Le nom de Chlorœma doit donc rester au rang de synonyme.
SiPHONOSTOMA DIPLOCHAÏTOS.
Siphonostoma diplochaïtos Otto, De Sternaspide et Siphostomate. Loc. cit.
» » Blnv., Dict. des Sciences natur., t. LVII, p. 494, t. Il, p. 21.
)•> » Cuvier, Régne animal, t. III, p. 196.
» » Guérin, Iconographie du règne animal de Cuvier. Annélides, pl. III, fig. 2.
Figure copiée d'Otto
Chlorœma Edwardsii Duj., Ann des Sciences natur., 2'i><^ série, XI, 298, pl. VIII, 4. Siphomsloma diplochaïtos Délie Ghiaje ^ Descrizione, III, p. 74, 98 etsuiv. ; V, p 96 ; II, p. 75, tav. 99, fig. 8; tav. 100, fig. 6; tav. 109, fig. 1-5.
9 » Gab. Costa, Ann. des Sciences natur., 1841, XVI, p. 272, pl. 12, fig. 1.
I) » Edwards, Règne animal illustré, Annélides, pl. V, fig. 3 (copié d'après Otto).
? Siphonostoma uncinata Edwards, Règne animal illustré, pl. VII, fig. 4.
» diplochaïtus Max Mûller, Observationes anatomicse, p. 7. Siphonostomum diplochaïtus Grube, Familien der Anneliden, p. 72.
)) Edivarsii Grube, Familien der Anneliden, p. 72. Chlorœma Edwardsii. Qtrfg. ; Chlorœmn duhiim Qtrfg. ; Siphostoma diplochaïtum Qtrfg. ; S. mcinatum Qtrfg., Hist. natur. des Annelés, I, p. 475-478.
Pl. XXV. fig. 3.
Cette espèce est aujourd'hui fort bien connue, grâce au beau travail anatomique que lui a consacré M. Max Mïdler, et que M. de Quatrefages passe entièrement sous silence dans son Histoire naturelle des Ànnelés\ Il me sera donc permis d'être concis et de me borner à quel-
' Toute cette question des Cblorèmes et des Siphonostomes est restée pour M. de Quatrefages enveloppée d'un nuage; de là maintes contradictions dans son ouvrage. Ainsi le S. diplochaïtos d'Otto a été étudié anatomiquement par M. G. Costa, qui a vu le mucus et les papilles. M. de Quatrefages en conclut que M. Costa n'a pas étudié le véritable Siphonostoma diplochaïtos, mais bien un Ghiorème qu'il introduit dans la science sous le nom de Chloraema dubium Qtrfg. [Histoire naturelle, des Annelés, tome 1, p. 475). Cela ne l'empêche pa^, deux pages plus loin {Ibid., p. 478), de citer le S. diplochaïtos Costa (avec renvoi au même texte et aux mêmes figures) parmi les synonymes du S. diplochoitos Otto.
- M. Schmarda (JSeue wirbellose Thiere, p. 20) dit que les plus anciennes descriptions et figures de Siphonostomes sont celles de Délie Ghiaje {Memorie, IV, p. 178), bien que ce savant se soit refusé à leur assimilation aux Siphonostomes. Délie Chiaje n'avait pas si tort, car il s'agit de ses Stylarioïdes qu il comprenait être génériquement distincts des Siphonostomes. Cela est si vrai que dans sa Desc-izione il sait fort bien employer le nom de Siphonostomum diplochaïtos pour le véritable Siphonostome d'Olto.
^ Le Mémoire de iVI. Mùller n'était point inconnu à M. de Quatrefages ; il le cite dans la bibliographie imprimée à la fin de son volume. En revanche, lorsqu'il s'agit des Phérusiens, il en ignore totalement l'existence. Le zoologiste français aurait cependant pu améliorer beaucoup ses généralités de la famille des Chlorémiens en tenant compte des travaux de M. Max Mùller.
370 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
ques remarques historiques, ainsi qu'à un petit nombre de rectifications anatomiques.
Une partie des figures de Délie Chiaje, restées ensevelies dans l'oubli, sont d'entre les meilleures publiées jusqu'ici. Les recherches anatomiques de ce zoologiste, sans pénétrer aussi avant dans les détails que celles de M. Max Mùller, renferment peu d'inexactitudes.
Je représente l'extrémité antérieure du ver, vue en pronation (fig. 3) et en supination (3 A), pour remédier aux figures de quelques auteurs récents, qui ont été exécutées d'après des Chlorémiens comprimés. Remarquons que le segment porteur des deux éventails de soies qui forment la cage céphalique, reçoit ses nerfs du premier ganglion de la chaîne ventrale. Chaque éventail compte plus d'une centaine de soies, et chaque moitié de l'appareil respiratoire inclus plus de quarante filets branchiaux.
Les deux glandes tubulaires (fig. 36), que Délie Chiaje appelle «vésicules contractiles, » sont aussi figurées par M. Max Mûller. Cet anatomiste, suivant l'exemple de M. Leuckart, combat l'opinion d'Otto, Rathke, etc., qui prétendent voir dans ces organes des glandes salivaires. Celte opinion, insoutenable aujourd'hui, est encore représentée par M. de Qualrefages (Annelés, I, p. 471). Et pourtant M. Mùller montre déjà, comme Délie Chiaje, que ces organes ne s'ouvrent point dans la bouche, mais se prolongent au delà du cerveau, jusqu'à la base des branchies. Il a vu également les concrétions qu'ils renferment, mais il les interprèle à tort comme des nucléus de cellules.
Une grave erreur a cependant été commise par M. Max Mûller à l'instar de M. Gabr. Costa erreur à laquelle Délie Chiaje est le seul à avoir échappé jusqu'ici. Le S. diplochditos renferme dans sa région antérieure ce même boyau impair de couleur noir verdâtre (fig. 3, a) que nous avons décrit chez les Slylarioïdes et les Trophonies, boyau que Délie Chiaje a connu sous le nom de « bourse gastro-œsophagienne, »
' Rathke a commis la même erreur pour la Trophonia plumosa.
et qu'Otto avait pris pour un « second œsophage'. » Je reconnais à n'en pas douter cet organe dans le gros vaisseau aveugle que M. Mùller décrit comme placé sur lœsophage et adhérant par son extrémité aveugle à l'estomac. L'erreur dans laquelle ce savant est tombé ainsi que M. G. Costa, s'explique par la couleur de la glande qui se rapproche de celle des vaisseaux sanguins, tout en étant bien plus foncée. Les éléments histologiques de cet organe sont semblables à ceux que j'ai décrits chez le Stylarioïde monilifère.
Les rapports des ovaires avec le vaisseau ventral ont déjà été connus de Délie Chiaje, comme aussi plus tard de M. Max Mûller.
Les singuhères papilles disséminées dans la mucosité ont été vues et figurées par tous, mais interprétées de manières bien différentes. Dujardin en faisait les glandes qui sécrètent la mucosité. Délie Chiaje y vit des parasites pédicellés qu'il décrivit sous le nom d'animalcules boiryoïdes. M. Leuckart crut y voir pénétrer des vaisseaux sanguins, dont M. Mûller nia avec raison l'existence, tout en reconnaissant à ces organes la propriété de sécréter le mucus. M. Costa les appelle des glandes conglobées, M. de Qualrefages des poils. Mais celui qui a le mieux vu et à mon avis le mieux compris ces organes, c'est M. Kôlliker "'. Il les décrit comme des papilles du toucher de taille colossale. Mes observations sur ce sujet sont une confirmation complète des siennes.
Chez le S. diplochaïtum, les papilles sont toutes longuement pédicellées, mais pourtant de deux formes bien distinctes. Les unes (o C) sont restreintes exclusivement aux rames pédieuses, et s'accolent aux soies comme des plantes grimpantes au tronc d'un arbre. Les autres (3 D) sont disséminées sur toute la surface du corps. Dans les premières, le
' Otto, dans la description de son aller œsophaf/iis qui lui a valu tant de critiques, avait en somme bien mieux vu que ses successeurs Dujardin, Costa, Mùller, Quatrefages etc. Seul Délie Chiaje a saisi cette organisation mieux que lui. Otto mentionne deux ouvertures placées l'une auprès de l'autre au lobe céphalique. Elles existent réellement. Il décrit ensuite deux tubes mettant en communication ces ouvertures avec l'estomac ; l'un incolore est l'œsophage, l'autre est la glande tubulaire noire : « Alter vero œsophagus, dit-il, semper materia brunnea uti latus canalis intestinalis repletus fuit.» Cette méprise est excusable en ce sens que l'extrémité aveugle de la glande noire est intimement unie à la paroi stomacale.
^ Kurzer BerictU, etc. — Wiivib. naturw. Zeilsch., Band V (Separat-Abdruck, p. 17).
372 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
pédoncule se dilate en une massue très-allongée qui s'atténue à l'extrémité et se termine par une sorte de renflement hérissé de soies semblables aux soies tactiles des autres Annélides. Le pédoncule est formé d'une enveloppe cuticulaire et d'une couche axiale granuleuse, distribuée en fibres longitudinales, mal accusées. L'acide acétique y révèle de nombreux nucléus elhptiques (3 E), dont le grand axe est parallèle à l'axe du pédoncule. La base de la massue est remplie de masses globuleuses, finement granuleuses, qui ne présentent aucune structure cellulaire. Au delà;, la substance centrale reprend son arrangement vague en fibres, et aboutit dans le bouton terminal à plusieurs corps piriformes^ de couleur jaune soufre (c). Quelques autres corpuscules jaunes, souvent irréguliers, sont disséminés dans le reste de la massue. Dans les papilles de la seconde espèce, la massue est beaucoup plus large, plus courte et remplie de masses finement granuleuses, bien plus grosses que les corpuscules décrits plus haut. L'extrémité des papilles de cette seconde forme n'est jamais terminée par des soies tactiles. — Chez une autre espèce de Siphonostome du golfe de Naples, dont la mucosité est en général souillée de substances étrangères, mais dont je n'ai pu faire une étude suffisante, à cause de sa rareté relative, les papilles ont une forme un peu différente. Leur pédoncule se renfle en une sphère très-régulière, surmontée d'un appendice cylindrique. Leur organisation est du reste la même'.
Entre les papilles et la mucosité au sein de laquelle elles sont plongées, il subsiste toujours une mince couche d'eau (3 C, e), couche, qui existe également autour des soies (3 B, a). Le grand développement de ces papilles du tact me semble en rapport évident avec la quantité de mucus sécrétée par la surface de l'animal. Grâce à cette épaisse couche protectrice, très-molle, l'animal serait inaccessible aux sensations tactiles, si les papilles n'allaient pas jusqu'à la périphérie du mucus chercher le contact médiat ou immédiat des corps extérieurs. Aucun vaisseau ne
* M. de Quatrefages décrit dans les « poils » des Chlorémiens des cloisons cellulaires Je n'ai rien vu de semblable chez les Siphonostomes du golfe de Naples.
pénètre dans les papilles. Chez les individus de grande taille, le mucus prend dans la région postérieure du corps, une teinte d'un bel azur. Cette couleur est due à un dépôt de granulations bleues dans les papilles.
Famille des AMPHICTÉNIENS Grube (Carus %
Genre PECTINARIA Lamarck (Mlmgr. rev.)
M. Malmgren a restreint le genre Pectinaria aux espèces qui ont le bord du plan céphalique charnu entier (tnteger), et dont le tube est entièrement droit. La Pectinaria helgica {Amphitrite belgica Pallas) est le type du genre ainsi conçu. J'entre dans la manière de voir de M. Malmgren, bien que les différences entre le genre Pectinaria et le genre Amphictène me semblent d'ordre très-secondaire.
Pectinaria neapolitana.
Amphitrite auricoma Délie Ghiaje, Memorie, tav. LXXXVllI. — Desciizione, tav. XXXIX, fig. 5-7 et fig. 10. Pectinaria auricoma Délie Chiaje, Descrizione, III, p. 74. Ibid., V, p. 95.
Pl. XXVIII, fig. 1.
Corpus speciminum maturontm longitudine 12-30'^'^, latitudine 5-7'"'^, carneo-paUidum, tvbo arenaceo, 30-42'^'° longo. Scaplia ancdis jmstice tnmcata, in appendicem onembranosani vcdde contractilem margine papilloso desinens, paria cirrorimi lateralium cyïindricorum, irevissimormn tria prœbens. Uncini pectinif ormes, dentibus suhœqimlihus, parte posteriore dentiadis minimis armata.
Cette Pectinaire est extrêmement voisine de la P. belgica Lam. (Âmphitrite belgica Pallas), et je l'aurais décrite sous ce nom, si M. Malmgren ne figurait, pour la véritable P. belgica, des plaques onciales diffé-
' M. Malmgren indique le nom à'Amphicténiens comme dû à Savigny. Toutefois il doit y avoir erreur à cet égard, puisque Savigny classait les Amphictènes parmi ses Amphitritiens.
374 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
rentes de celles de l'espèce napolitaine. Le savant Finlandais a montré que dans toute la famille des Amphicténiens, ces plaques sont extrêmement caractéristiques, et cette ditîérence mérite par conséquent d'être prise en considération '. Nous n'avons d'ailleurs sur la P. helgica aucun travail correspondant aux exigences modernes. La forme de la scaphe et celle de ses appendices sont inconnues. Il n'est donc pas improbable qu'une étude plus approfondie montre bien d'autres différences entre l'espèce du Nord et celle de la Méditerranée.
Les variations de taille chez cette espèce sont fort remarquables, la grandeur des individus mûrs des deux sexes variant du simple au double et davantage. Cette différence est surtout frappante dans les tubes, car par suite de leur forme régulièrement conique, l'ouverture d'un tube deux fois plus long qu'un autre offre une surface quatre fois plus étendue que celle de l'ouverture de ce dernier, La longueur moyenne est de IS""" environ, et l'on peut estimer approximativement, que pour trente individus, dont la taille varie entre 12 et 20mm^ on en obtient tout au plus un dont la longueur atteint 25 à 50"™.
Le limbe du plan céphalique charnu est entier, sans aucune trace de dentelures. Les palées (palmidœ Pallas), au brillant éclat métallique, sont très-inconstantes quant au nombre. On en compte de 7 à 14 par éventail chez les individus mûrs. Elles jouent le rôle d'organes préhensiles. Chez les Pectinaires captives, on s'assure facilement que l'animal sort de temps à autre en partie de son tube, pour harponner et tirer à lui les objets voisins à l'aide de ces palées. La manière dont se comportent les Pectinaires en captivité a d'ailleurs été décrite d'une manière si exacte par Pallas ^ qu'il est inutile d'entrer ici dans des détails à ce sujet.
• M. Malmgren fait même rentrer les petits détails de dentelure des crochets dans la caractéristique des genres. Ainsi par ses crochets la Pectinaria neapolilam devrait l'entrer dans le genre Cistenides iVllmgr. ; mais par son tube non courbé elle rentre dans le genre Peclinaire. Créer un nouveau genre pour ce cas intermédiaire me semble superflu. Je pense bien plutôt que les genres de VI. Malmgren sont quelque peu artificiels et ont tout au plus une valeur de sous-genres.
* Miscellanea zoologica. Hagœ comilum 1766, p. 124 et suiv., et Dierkundiy Mençielwerk verlaald en met Aanmerkmyen \oorzicn duor I'. i'uddaert, IV Sluk, bevatlende de Zeeduizendbeenen en Zee/iiasebedden. Ulrecht, 1769, p. 14 et 15.
Le voile céphalique que M. de Quatrefages considère comme une antenne transformée, est frangé sur le bord. Sa structure singulière est assez complexe. Il est formé d'une série de couches membraneuses. La couche médiane est réticulée ou alvéolaire, les limites des alvéoles (1 l,a) étant formées par une substance assez réfringente qui se prolonge en une série de petites lanières, inclinées sur le plan du voile. Cette substance que j'aurais crue au premier abord fort résistante, se détruit avec la plus grande facilité; et a complètement disparu dans les préparations que j'ai conservées du voile des Pectinaires. Les alvéoles sont remplis d'une substance homogène, gélatineuse, renfermant parfois de larges boules incolores. Sur cette couche médiane repose tout un réseau trèscomplexe de fibres granuleuses (1 1,6), larges de 3 à 11 micr., dont les dernières ramifications sont fines et homogènes. Bien que ces fibres diffèrent notablement de l'apparence normale des fibres nerveuses des autres Annélidcs, j'incline pourtant à les considérer comme étant de nature nerveuse. Cette opinion ne repose pas seulement sur la forme du réseau du voile, mais encore sur le fait qu'un faisceau de quatre ou cinq fibres, provenant de ce réseau, pénètre dans chacune des franges du bord. Or ces oiganes sont de nature vraisemblablement tactile. Enfin le voile est tapissé de chaque côté d'une couche hypodermique pleine de nucléus, et d'une cuticule fort mince.
Les deux antennes filiformes {antennulœ minores Pallas) sont placées à droite et à gauche du voile, et parfaitement semblables aux cirres tentaculaires du second segment {antennulœ majores Pallas). Ces quatre appendices renferment chacun un vaisseau contractile aveugle, comme les tentacules des Spiodiens et des Phérusiens.
Les six premiers segments du corps sont extrêmement courts et condensés, et pourraient être considérés comme une région à part. Le S™", le 4'"^ le 5™'' et le G"" se distinguent par l'existence d'écussons ventraux. Le premier ou segment buccal porte de cliaque côté de la bouclie un faisceau de tentacules en nombre très-variable. Le second présente sur sa partie externe une paire de cirres tentaculaires renfermant