‹ Les Anomalies Du Complexe Ventriculaire ÉlectriqueChapitre 80 sur 89 · A. — TYPE «BLOC PRÉSUMÉ D'UNE BRANCHE · texte numérisé non relu

A. — TYPE «BLOC PRÉSUMÉ D'UNE BRANCHE

Puisqu’on la peut reproduire presque à coup sûr chez l’animal, cette variété d’anomalie paraît être celle que l’on doive tout d’abord considérer. Il était logique de supposer que dans les observations cliniques comme dans les faits expérimentaux, le trouble responsable de l’atypie des complexes, résidait dans une altération de la conductibilité, dans un blocage de l’une des branches du faisceau de His. Toutefois l’identité des deux ordres de courbes n’est nullement absolue puisque ces dernières sont habituellement concordantes chez le chien et le singe, alors qu’elles sont discordantes chez l’homme (v. p. 148). Lewis attribue cette différence d’aspect à une différence correspondante, dans la disposition topographique des branches dans l’un et l’autre cas. Quoi qu’il en soit, indépendamment de ce caractère particulier, il convient de faire remarquer que les tracés cliniques offrent généralement une amplitude moindre et un élargissement plus net du groupe Q RS, que ne le montrent les tracés expérimentaux. On peut done conclure que si l’analogie est réelle, l’identité ne paraît pas absolue.

D'un autre côté, nous avons vu plus haut que les constatations anatomiques ne répondent pas toujours exactement à celles que l’on était en droit d’attendre, d’après l’aspect des tracés. Certes, il est des cas où les lésions semblaient localisées

sur le trajet d’une branche, mais dans d’autres circonstances elles étaient diffuses et intéressaient, en même temps que la région considérée, d’autres territoires du myocarde ventriculaire. Parfois encore, et sans parler des cas paradoxaux et exceptionnels en vérité, où les lésions siégeaient sur le côté opposé à celui dont on pouvait présumer l’atteinte, celles-ci se limitaient en dehors du trajet des branches. D’autres fois, enfin, l’examen ne permettait de déceler aucune lésion-appréciable. |

Par ailleurs, il est à remarquer que les courbes recueillies en clinique, indiquent dans la grande majorité des cas une prépondérance électrique du ventricule gauche. Si lon s’en rapporte à l'hypothèse classique, cette constatation témoigne d’une localisation plus fréquente des lésions, sur la branche droite. Or, il ne faut pas perdre de vue que les altérations et la dilatation du cœur gauche sont plus importantes que celles du cœur droit. Aussi les auteurs ont-ils invoqué des raisons d’ordre anatomique pour expliquer cette prédominance paradoxale du bloc de la branche droite ; celle-ci serait plus fine, elle s’épanouirait moins rapidement que la branche gauche. En outre, alors que cette dernière aurait une irrigation multiple, prenant sa source dans les deux coronaires, la première ne serait vascularisée que par un rameau particulier venant de la seule coronaire gauche.

Pour toutes ces raisons, la branche droite serait plus vulnérable. Cependant il est peut-être une hypothèse qui rendrait mieux compte de l’ensemble des faits, à savoir : que la prépondérance électrique est un phénomène d’ordre général qui relève de l’état respectif de chacune des cavités ventriculaires — d’où la plus grande fréquence de la prépondérance du ventricule gauche —, qu’elle est totalement indépendante de l’altération de l’une des branches hisiennes dont les effets e. €. graphiques se limiteraient aux anomalies surajoutées. Ainsi s’expliqueraient dans une certaine mesure, d’une part l’opposition entre les courbes concordantes de l’animal et les courbes discordantes de l’homme (1) et d’autre part les cons-

(1) Encore dans cette hypothèse restcrait-il à expliquer l’inversion habituelle de l'onde T, par rapport à la déflexion principale, qui se retrouve dans les tracés pathologiques.

tatations anatomo-pathologiques paradoxales d’Oppenheimer et Pardee (v. p. 160).

Quoi qu'il en soit, sans aborder ici le détail des discussions et des controverses d’ordre théorique, il apparaît qu’il faut attribuer une signification des plus larges aux tracés observés en clinique et ne pas chercher une précision que les faits viendraient démentir. D'ailleurs, comme nous le faisions déjà remarquer avec MM. Clerc et Bascourret dans un précédent travail : «le terme de blocage lui-même demanderait à être discuté, car rien ne prouve qu’il s’agisse toujours nécessairement d’un trouble de la conductibilité proprement dite ; il est très possible que celle-ci soit conservée, tout au moins occasionnellement et que ce soit un trouble de l’excitabilité des fibres unitives où même du myocarde en général qui doive être incriminé ».

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