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ANOMALIES DU MUSCLE SOLÉAIRE

Le soléaire prend naissance, en haut : 1" sur le tibia, interstice de la ligne oblique et tiers moyen de son bord interne; 2l° sur le péroné, partie postérieure et interne de la tête, face postérieure et bord externe ; 3° sur une arcade fibreuse (anneau du soléaire) fixée elle-même par ses extrémités à la tête du péroné et à la ligne oblique du tibia. Les faisceaux constitutifs du soléaire se portent, en bas, sur la face antérieure et sur les bords d'une large aponévrose de terminaison, laquelle vient se réunir, après s'être considérablement épaissie, avec le tendon des jumeaux, pour constituer avec ce dernier le tendon d'Achille.

Les variations anatomiques du soléaire sont peu nombreuses et peuvent être classées comme suit :

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§ I. — Faisceau accessoire du soléaire [Soléaire surnuméraire de Cruveilhier, second soleus de Pye-Smilh). — «On trouve quelquefois, dit Cruveilhier, un muscle soléaire surnuméraire mince et large, situé au-devant du muscle soléaire, ayant la même attache que lui et venant se fixer au calcanéum par un tendon isolé. » La littérature anatomique renferme, en effet, un bon nombre d'observations se rapportant à cette anomalie, mais il s'en faut de beaucoup que tous les faisceaux accessoires du soléaire concordent avec la description de Cruveilhier, laquelle ne convient qu'à une variété.

Pye-Smith, Howse et Davies-CoUey ont vu, en 1869, leur « second soléaire » se détacher, en avant du soléaire ordinaire, de la ligne oblique du tibia et de l'aponévrose d'enveloppe du fléchisseur commun des orteils. Du reste, il se fixait au bord interne du calcanéum par un tendon isolé. L'année précédente, Bankart, Pye-Smith et Philips avaient rencontré un fait analogue.

Ghassaignac parle d'un tendon particulier que le soléaire envoie à la face supérieure du calcanéum, en avant du tendon d'Achille. Hellema rapporte une observation analogue.

En 18721, Davies-Colley, Taylor et Dalton observent un nouveau fait de muscle accessoire du soléaire se détachant de la ligne oblique du tibia, ainsi que de la face profonde du muscle normal, et venant se terminer en bas, en avant du tendon d'Achille, sur le côté interne du calcanéum.

La même année, Beswick Perrin nous donne la description d'un petit faisceau musculaire analogue, mais beaucoup plus court, qui, comme le précédent, s'attachait en bas sur le côté interne du calcanéum, mais prenait naissance en haut sur la face antérieure du tendon du soléaire. Nous trouvons encore, dans l'excellent ouvrage de Quain sur les artères, la mention d'une formation à peu. près semblable qui recouvrait l'artère tibiale postérieure.

M. Laskovs^ski a bien voulu me communiquer une observation nouvelle rencontrée par lui dans les salles de dissection de la Faculté de Genève : il s'agit d'un muscle fusiforrae long de

14 centimètres, large de 2 centimètres et demi à sa partie moyenne, qui se détachait de l'aponévrose située en avant du soléaire, longeait le bord interne du tendon d'Achille et venait se terminer, en dedans de ce dernier tendon, sur le côté interne du calcanéum. M. Laskowski fait remarquer que, sur ce sujet, le plantaire grêle présentait une disposition normale.

J'ai observé deux fois moi-même le faisceau accessoire du soléaire : sur un premier sujet, il se détachait à la fois de la ligne oblique du tibia et du bord interne du soléaire pour venir se fixer sur le côté interne du calcanéum ; sur le second sujet, il affectait la forme d'un muscle cylindrique confondu en haut avec la face profonde du soléaire, inséré en bas sur le calcanéum, à côté du bord interne du tendon d'Achille. Dans l'un et l'autre cas, le muscle plantaire grêle faisait défaut.

Signification anatomique. — Étant données les connexions du faisceau accessoire du soléaire avec le triceps sural, ses rapports constants avec le bord interne du tendon d'Achille, son mode de terminaison sur le côté interne du calcanéum, j'estime qu'il faut le considérer comme une variété du plantaire grêle, qui présente avec lui tant d'analogies. On nous objectera peutêtre la situation profonde de ce faisceau et aussi son insertion sur les os de la jambe, tandis que le plantaire grêle remonte au fémur. On nous objectera encore qu'avec le faisceau accessoire du soléaire peut coexister le plantaire grêle, comme dans l'observation de M. Laskowski. Ces objections n'ont aucune valeur, comme j'espère le démontrer dans l'article suivant, consacré à l'interprétation des anomalies du plantaire grêle.

§ II. — Disparition graduelle et absence du chef tibial. —

Sur le côté gauche d'un sujet, j'ai rencontré (janvier 1883) un muscle soléaire réduit presque entièrement à ses faisceaux péroniers. Un tout petit faisceau aponévrotique d'abord, charnu ensuite, se détachait de l'extrémité externe de la ligne oblique du tibia; par contre, le chef péronier du muscle était très considérable et prenait, sur le ligament latéral externe de l'articula-

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tion du genou, une insertion importante. Cette disposition est un acheminenient à la disparition complète du chef tibial du soléaire, anomalie qui n'a pas encore été signalée.

Anatomie comparée. — Les espèces animales sont nombreuses où le soléaire provient exclusivement du péroné; pour me borner à l'ordre des Primates, les faisceaux tibiaux font complètement défaut chez presque tous les Singes; l'anneau du soléaire disparaît du même coup, et le paquet vasculo-nerveux libio-péronier, au heu de traverser le muscle, se contente d'en longer le bord interne. Telle est la disposition qu'on rencontre chez les Loris, Vatèle, le magot (Meckel) ; chez le Cynocephalus anubis (Champneys), chez le Cynocephalus maimon, le Cercopitliecus sabœus, le Macacus cynoînolgus, le Pithecia hirsuta, le Hapale penicillata (BischofF). Il en est de même chez les qualre Anthropoïdes, d'après Bischoff; j'ai vainement cherché moi-même le faisceau tibial du soléaire chez le chimpanzé et chez Yorang. Il a été toutefois rencontré chez le chimpanzé par Humphry, chez le gorille par Macalister; il était très réduit dans cette dernière espèce. Notre observaiion est donc la reproduction de la disposition anatomique présentée par le gorille de Macalister, un acheminement à celle qu'on rencontre, en général, chez tous les Singes.

§ III. — Insertion directe du soléaire sur le calcanéum sans connexion avec le tendon des jumeaux. — Il n'est pas rare de voir le soléaire se fusionner avec le tendon des jumeaux au-dessous des limites que lui assignent les descriptions classiques. Je l'ai vu, pour ma part, conserver son indépendance jusqu'à 2 centimètres au-dessus du calcanéum, Bankart, Pye- Smilh et Philips, ont rencontré, chez un nègre, une disposition plus remarquable encore : le soléaire restait distinct dans toute son étendue du tendon des jumeaux, et venait s'insérer directement sur le calcanéum par des faisceaux charnus.

Anatomie comparée. — Chez les quatre Anthropoïdes, à l'exception du gibbon, les faisceaux charnus du soléaire s'étendent également jusqu'au calcanéum, sans emprunter l'intermédiaire

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d'un tendon. L'isolement du soléaire par rapport aux gastrocnémiens se rencontre normalement dans plusieurs espèces animales, notamment chez Y ornitJtorynque, chez les Edentés, et parmi les Carnassiers, chez ïours et la marte. Cette disposition du tendon inférieur du soléaire des Ursidés, que je donne ici d'après les indications de Meckel, n'est probablement pas générale dans ce groupe zoologique, car j'ai vu, dans VUrsus americanus, ce tendon se réunir, comme chez l'homme, au tendon des jumeaux, un peu au-dessus du calcanéum.

§ IV. — Faisceaux tenseurs pour l'arcade du soléaire. —

Dans un récent mémoire, pubhé dans les Archives allemandes d'anatomie et de physiologie de 1878, le professeur W. Gruber signale deux faits relatifs à l'existence d'un faisceau musculaire, qui détaché du tibia, venait se perdre sur l'arcade du soléaire et la tendait par ses contractions. Dans le premier cas, ces faisceaux tenseurs dépendaient d'une formation musculaire que j'étudierai plus tard, le muscle péronéo-tibial. Dans le deuxième cas, c'était bien un faisceau propre étendu de l'extrémité supérieure du tibia à l'arcade ; il présentait une longueur de 20 millimètres, une largeur de 7 millimètres à son origine, de 3 millimètres seulement à sa terminaison.

Bibliographie :

Chassaignac. Soc. anatoniique de Paris, 1833, p. 6.

CRUViiiLHiER. Traité d'Anat. descriptive, t. 1, p. 763.

QUAiN. Comment, on the Arteries, p, 504, 540.

Beswick Perrin. Médical Times and Galette, Déc. 1872.

Hellema. Eenige Ontleedkundige Afwig-Waaryenom in de Seeche^can de

Marin Hosp. in Willemsiooord [Geneesk. Tijdsch, v. de Zcemagt, 5**^

Jahrg., Afd.).

HuMPHRY. The British Médical journal, 1873, II, p. 79. Bankart, Pye-Smith et Philips. Guij's Hosp. Reports, vol. XIV, et tirage

à part, p. 8.

Smith, Howse et Davies-Colley. Ibid., 1870.

Davies-Colley, Taylor et Dalton. lùid., 1872, et tirage à part, p. 7.

KoLLiKER. Varietceten Beobachtungen etc., "Wurzburg, 1879.

W. GuuBER. Uehcr don Schncnbogen des Musc, solous und seine ungeioolui'

MUSCLE PLANTAIRE GRÊLE.

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Meckel. Traité d'Anatoniie comparée, VI, p. 418.

Champneys. Muscles and Nerves on a Cliimpanzee and a Cynocephalus anubis (Journ. of Anat. a. Phys., Nov. 1871, p. 198).

Macalister. Proc. Roy. Irish Acadeiny, X, et Ann. and Maya^. of Nat. Hist., May 1871.

Testut. Système locomoteur de TUrsus americanus (en préparation). BiscHOFF. Anatomie des Hylobates leuciscus, 1871, et Anat. des Gorilla, 1880, Mûnchen.

Laskowski. De quelques anomalies musculaires observées au laboratoire d'anatomie de la Faculté de médecine de Genèoe (Mémoire en commucation).

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