‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 136 sur 177 · ANOMALIES DU MUSCLE POPLITE · texte numérisé non relu

ANOMALIES DU MUSCLE POPLITE

Le muscle poplité prend naissance, à l'aide de fortes fibres tendineuses, dans cette fossette généralement'' très marquée qu'on rencontre à la partie postérieure et externe du condyle externe; il contracte en outre, à son origine, des connexions intimes avec le cartilage semi-lunaire et la capsule articulaire du genou. Les faisceaux charnus du muscle se portent en bas et en dedans et viennent se terminer sur cette portion de la face postérieure du tibia comprise entre la ligne oblique et la tubérosité interne.

Le muscle poplité est un des muscles les plus constants du membre inférieur; les variations qu'il a présentées jusqu'ici peuvent être réduites aux trois groupes suivants :

§ L — Développement d'un os sésamoïde dans son tendon d'orig:ine. — Une pareille disposition a été signalée par Macalister; je ne puis m'empêcher de rappeler en passant les observations de Hyrtl et de Schenzer, relatives à la présence anormale d'un os sésamoïde dans le tendon d'origine du rond pronateur, homologue du poplité.

Anatomie comparée. — Cet os sésamoïde se rencontre normalement chez plusieurs Mammifères : Humphry le signale chez VunaUj Vaïj le fourmilier ^ \e pangolin; R. Owen et Meckel l'ont rencontré également, le premier chez le pangolin, le second

chez le fourmilier. Il existe encore chez quelques Carnassiers, notamment chez V hyène (Meckel).

§ II. — Absence du muscle poplité. — Une observation d'absence du muscle poplilé est rapportée par Ringhoffer dans le xix^ volume des Archives de Virchow.

Anatomie comparée. — Le muscle poplité fait défaut, à l'état normal, chez le Pteropus (Humphry), Il manque également, en tant que muscle fémoro-tibial, chez un grand nombre de Vertébrés inférieurs et même chez quelques Marsupiaux, où son insertion supérieure est descendue sur le péroné, transformant ainsi le poplité ou rotateur oblique du tibia en un muscle rotateur transverse péronéo-tibial, représentant à la jambe le carré pronateur de l'avant-bras.

§ III. — Faisceau accessoire du muscle poplité (poplité à deux cJœfs, poplileus gemi7ms de Fabrice d'Aquapendenle, poplité supérieur ou petit poplité de Calori, tnusc. poplileus biceps de W. Gruber). Ce faisceau, qui a été parfaitement figuré par WagstatTe, se détache de la partie supérieure et postérieure du condyle externe et, se portant obliquement en bas et en dedans, il vient rejoindre, en arrière de la tubérosilé externe du tibia, le muscle poplité toujours normal, et se fusionne avec lui. Comme le fait remarquer fort judicieusement Gruber, l'anomalie n'est pas constituée par un dédoublement du muscle pophté, mais par le développement au-dessus de lui d'un faisceau additionnel qui vient le renforcer. La dénomination de faisceau accessoire du muscle poplité que je propose pour désigner ce faisceau, est donc parfaitement justifiée, tout comm^ celle de muscle poplité biceps, proposée par Gruber pour désigner le poplité transformé ainsi par lo faisceau accessoire en un muscle à deux têtes.

Le muscle poplilé et son accessoire sont séparés par un espace triangulaire dont la base, correspondant au condyle externe, mesure exactement la distance qui sépare sur ce condyle les deux insertions d'origine, et dont le sommet plus ou

MUSCLE POPLITÉ. G71

moins effilé se dirige en bas et en dedans vers la ligne oblique du tibia. Ce triangle séparatif varie, on le conçoit, avec le degré de développement des deux portions du poplité biceps.

Le faisceau accessoire est toujours moins considérable que le muscle normalisa longueur est en moyenne de 5 centimètres, sa largeur, mesurant quelques millimètres seulement à son origine, peut atteindre jusqu'à 27 millimètres (Gruber) à sa terminaison. J'ai déjà dit qu'il prenait naissance sur la partie supérieure et postérieure du condyle; il s'en détache à l'aide soit d'un court tendon, soit d'une mince aponévrose, et contracte là des connexions intimes avec la capsule articulaire. Il s'attache également, quand il existe, sur l'os sésamoïde du jumeau externe. Celte parlicularité de son origine est très nettement spécifiée dans l'observation de Wagstaffe; elle a été observée par Gruber 7 fois sur 1 1 cas, c'est à dire sur tous les sujets où le tendon du jumeau externe présentait un os sésamoïde : deux fois, l'accessoire du poplité s'insérait exclusivement sur cet os sésamoïde, cinq fois il s'attachait siraullanément et sur l'os et sur la capsule articulaire.

Signalons enfm, comme derniers détails utiles, la possibilité pour l'accessoire ou chef supérieur du poplité, de passer en arrière de l'artère (disposition constatée par Gruber) et l'absence fréquente du plantaire grêle, que semble suppléer dans ce cas la poplité surnuméraire.

L'anomalie que je viens de décrire a été signalée pour la première fois par Fabrice d'Aquapendente ; Calori en a consigné une deuxième observation dans les mémoires de V Académie de Bologne, de 1866; Bevan et Wagstaffe en ont rencontré chacun un nouveau cas : le premier au collège royal des chirurgiens do Dublin, le second en 1870, dans les salles de dissection de Sainl-Thomas' s Hospiial. M. Gruber enfin, dans une note publiée dans les Arch. fiir Anatomie und Physiologie de 1875, analyse 11 nouveaux cas observés par lui-même et dont le premier remonterait au mois de janvier 1853. Un dernier fait a été rencontré par Nordlung et se Irouve analysé dans le Jahresbericht d'Hoiïmann et Schwalbe de 1878. J'ai vainement

672i LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

cherché, l'hiver dernier, sur pkis de 50 sujets, le faisceau accessoire du pophté; je n'en ai jamais rencontré la moindre trace.

Signification et anatomie comparée. — Portion différenciée du Pronato-flexor mass des Vertébrés inférieurs, le muscle poplilé peut présenter, dans ses insertions supérieures au condyle du fémur, tous les caractères de la masse commune. Chez l'homme, il a concentré son foyer d'origine sur la portion postéro-externe du condyle ; de temps à autre il remonte par un de ses faisceaux sur la région supérieure de ce condyle, là où s'attachent le jumeau externe et le plantaire grêle : rien de plus naturel, surtout si l'on songe que le muscle plantaire disparaît souvent quand se développe le faisceau supérieur du poplilé.

Ainsi s'établit une analogie nouvelle entre le poplilé et son représentant au membre thoracique, le rond pronateur. Ce muscle se compose, on le sait, de deux portions : l'une profonde, peu développée et peut-être anormale, l'autre superficielle, très volumineuse, constituant à elle seule la presque totalitédu muscle et s'insérant très haut sur l'épitrochlée. De même le poplité présente deux portions : l'une profonde, très développée, constituant à elle seule, dans la grande majorité des cas, la totalité du muscle; l'autre superficielle, mais anormale et le plus souvent absente, plus petite et insérée très haut sur le condyle: c'est noire faisceau accessoire du poplité.

Ce faisceau superficiel ou sus-condylien du muscle poplité doit se trouver conservé, assurément, chez quelques Vertébrés inférieurs; je n'en ai lu jusqu'ici la description nulle part. Ce faisceau paraît avoir disparu chez les Mammifères, où il ne se développe qu'à titre d'anomalie: je trouve pourtant signalé dans le Traité anatomie comparée de Meckel, chez les Solipèdes, un muscle poplité «très fort, comme divisé en deux muscles dont l'un est supérieur et l'autre inférieur. » Est-ce là une disposition constante? Est-ce là une disposition homologue à notre anomalie? Chauveau décrit chez le cheval un poplité unique, et la description de Meckel est trop concise pour nous permettre de résoudre la question.

Fabrice d'Aquapendente. Opéra oinnia Anat. et Phrjs., Lipsise, 1687,,

Theile. Encijcl. anat.j vol. III, « Myolog'ie », p. 305. Macalister. Transact. of Rorj. Irish AcadcniTj, 1811. Bevan, cité par Macalister, in Mémoire précédent.

Calori. Meinorie deW Institut. Accad. di Bologna, série II, t. VI, p. 143. Wagstaffe. Descript. of an access. muscle in connextion with the popli-

teus (Journ. of Anat. and Phys., Nov. 1871, p. 314). RiNGHOFFER. Vircliow's ArcJi., vol. XIX, p. 28. Meckel. Traité d'Anatomic comparée, t. VI, p. 400. HuMPHRY. On Myologu of the limhs o/Pteropus, May 1869, p. 312. NoRDLUNG. JahresbericlU d'Hoffmann et Schwalhe, 1878. HuMPHRY. The Myology of the limbs of the unau, tlie aï, etc., Nov. 18C9,

R. OwEN. Comp. Anat., II, 409.

W. Gruber. Ueber d. Musc, popliteus biceps {Arch. f. Anat. und Phys.,' 1875, p. 599).

ARTICLE V

La phalange onguéale des orteils est fléchie, chez l'homme, par deux corps musculaires détachés l'un et l'autre des os de la jambe et décrits dans les Traités classiques sous les noms de muscle fléchisseur commun des orteils, muscle fléchisseur propre du gros orteil ('). Le premier s'insère sur le tibia, le second prend naissance sur le péroné; l'un et l'autre ne dépassent pas en hauteur la ligne d'insertion supérieure du soléaire. Chez la plupart des animaux placés au-dessous de l'homme dans la série zoologique, chez les Singes notamment, le muscle qui descend du péroné ne se porte pas seulement sur le gros orteil, mais se distribue également à quelques doigts externes. Chez l'homme même, les cas sont excessivement rares où le

(^) Shepherd a rencontré un os sésamoïde dans l'épaisseur du long fléchisseur propre du gros orteil, au moment où ce dernier glisse sur l'astragale et le calcanéum.

fléchisseur propre limite son action au premier orteil. Les dénominations signalées ci-dessus sont donc fautives et doivent être rejelées.

En anatomie simienne, Pagenstecher propose les termes de flexor digitorum communis tibialis et de flexor digit. comm. fibularis pour désigner noire fléchisseur commun et notre fléchisseur propre ; ces dénominations nouvelles ne sont nullement justifiées par la disposition anatomique, considérée même chez les singeï, chacun des fléchisseurs ne se distribuant pas à tous les doigts, comme semblerait l'indiquer le mot de communis. Je supprimerai donc cet adjectif et emploierai désormais les noms de fléchisseur péronier et de fléchisseur tibial, qui conviennent non seulement à l'homme, mais à toutes les espèces qui possèdent, comme lui, deux longs fléchisseurs distincts.

Les variations anatomiques de ces muscles sont excessivement nombreuses; mais leur division en groupes naturels et aussi leur interprétation me paraissent des plus faciles: portions intégrantes et différenciées de la couche profonde du Pronatoflexor mass de Humphry, les faisceaux musculaires qui constituent les longs fléchisseurs des orteils, pourront : 1° se fusionner ensemble plus ou moins; 2° ou bien, variant dans un sens contraire, tendre à un état de segmentation plus multiplié; 3" ils pourront encore recevoir, des différentes surfaces où prend naissance le Pronato- flexor mass, des faisceaux additionnels plus ou moins distincts. Toutes les anomalies des fléchisseurs, soit péronier, soit tibial, peuvent trouver place dans l'un de ces trois groupes.

§ L — Faisceaux d'orifjine surnuméraires. - — Indépendamment des faisceaux spécialement désignés sous le nom d'accessoires, lesquels peuvent se détacher du calcanéum (accessoire ordinaire, accessorius brevis), ou bien remonter jusqu'à la jambe (accessoire surnuméraire, accessorius longus), les fléchisseurs des orteils peuvent être renforcés par quelques faisceaux provenant comme eux des os de la jambe, soit du tibia, soit du péroné. Les deux fléchisseurs peuvent ainsi s'envoyer l'un à l'autre des

faisceaux anastomoliques et, d'autre part, chacun des fléchisseurs peut être constitué par deux faisceaux d'origine. Pour citer quelques faits : Gies a rencontré un fléchisseur tibial renforcé par un deuxième chef inséré sur le péroné; Macalister signale, au même muscle, un faisceau de renforcement partant de l'aponévrose de la jambe. Ghudzinski a rencontré également, chez une négresse, un fléchisseur tibial auquel venait s'adjoindre un faisceau péronier; ce dernier muscle, large de 2(1 millimètres seulement, s'insérait sur la face interne du péroné, ainsi que sur le ligament interosseux, à 10 centimètres au-dessus de l'articulation tibio-tarsienne. Il se terminait par un court tendon, lequel se fusionnait entièrement, au sommet de la malléole interne, avec le tendon du fléchisseur tibial.

Bankart, Pye-Smilh et Philips ont décrit un fléchisseur péronier que venait renforcer, à la région plantaire, un faisceau détaché de la face postérieure du tibia.

Smith, Howse et D. -Colley ont vu également un faisceau surnuméraire partant de l'aponévrose qui recouvre à la jambe le fléchisseur commun et venant renforcer le muscle à la plante du pied.

Analomie comparée. — Les faisceaux anastomotiques que s'envoient mutuellement les deux fléchisseurs nous rappellent des faisceaux similaires qui se développent parfois, sur le membre thoracique, entre le fléchisseur commun des doigts et le fléchisseur propre du pouce. Ici comme ailleurs, ils dénotent dans ces deux muscles une tendance à se fusionner en un corps muscu. laire unique, disposition qui se trouve réalisée normalement chez un grand nombre de Mammifères, notamment chez la marmotte, le lapin et surtout le kangurou. Young nous apprend qu'il n'a pu isoler l'un de l'autre les deux longs fléchisseurs chez le koala.

Chez la civette. Devis a vu chacun des deux longs fléchisseurs s'attacher à la fois et sur le tibia et sur le péroné. De même, le fléchisseur péronier de Véléphant (Miall etGreenvvood), détaché comme d'ordinaire du péroné, reçoit un faisceau de

G7G LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

renforcement du tibia. Champneys a vu également le fléchisseur péronier de son Cynocephalus anuhis se détacher à la fois de la face postérieure des deux os de la jambe.

Je ne sache pas qu'on ait vu, chez l'homme, l'un ou l'autre des fléchisseurs remonter par un faisceau surnuméraire jusqu'aux condyles fémoraux. Une telle disposition est toutefois possible et fort naturelle, le fléchisseur faisant partie du « pronato-flexor mass » , lequel compte parmi ses principales surfaces d'insertion l'extrémité inférieure du fémur. Cette insertion élevée des fléchisseurs se rencontre normalement chez Vaï, chez le Pteropiis, ainsi que chez les Oiseaux. Ce chef fémoral des longs fléchisseurs représente vraisemblablement les éléments, plus nettement différenciés chez nous, du plantaire grêle.

§ II. — Connexions variables des lonjjs fléchisseurs avec Taccessoire ou chair carrée. (Voyez ce muscle, p. G88.)

§ III. — Connexions variables des tendons des deux long^s fléchisseurs à la rég^ion plantaire, — En abordant la région plantaire, le tendon du fléchisseur péronier laisse échapper par son bord externe une expansion tendineuse plus ou moins considérable, laquelle, obliquant en bas et en dehors, vient se réunir avec le tendon ou les tendons du fléchisseur tibial. Tous les anatomisles signalent cette anastomose tendineuse jetée entre les deux fléchisseurs et les rendant plus ou moins solidaires l'un et l'autre ; mais la plupart se bornent à cette mention sommaire, estimant sans doute qu'il est impossible de condenser en une formule univoque ou même en quelques lignes les descriptions d'une disposition anatomique qui varie sur chaque sujet et, sur le même sujet, sur chaque membre.

J'ai disséqué pour ma part, dans le but d'étudier ces rapports réciproques des deux muscles longs fléchisseurs, bien des régions plantaires, et, comme Turner, je suis arrivé à me convaincre qu'il « n'y a pas deux extrémités qui se ressemblent entièrement ». Ce point d'analomie descriptive a été soigneusement étudié par le savant professeur d'Edimbourg

d'abord (en 1865), sur cinquante cadavres; et, quelques années après (1867), par F. Eilharl Schullze de Roslock, qui a examiné à celle inlenlion cent sujets.

Je ne saurais mieux faire que de résumer ici les patientes recherches de ces deux analomistes; elles donneront assurément une idée nette des connexions, souvent bizarres mais toujours instructives, que la nature a établies entre les deux longs fléchisseurs de l'homme. Voici d'abord les conclusions de ïurner :

« Sur tous mes sujets (50) le tendon du long fléchisseur du gros orteil (fléch. péronier) donnait naissance, à la plante du pied, à un faisceau ou à une expansion qui unissait ce tendon soit à une, soit à plusieurs des divisions du fléchisseur commun des do'igia (fléch . tibial) ou bien encore se portait, en partie sur ces derniers tendons, en partie sur le fléchisseur accessoire.

» Celte anastomose, fort variable en dimensions, était tantôt aplatie, tantôt cylindrique. Dans tous les cas, elle prenait une part plus ou moins considérable à la constitution des tendons du fléchisseur tibial, pour un ou plusieurs orteils. Dans onze cas, elle se terminait dans les tendons du fléchisseur destiné au second orteil. Dans vingt, elle se bifurquait et se terminait dans les tendons ciue ce même fléchisseur envoie aux 2° et 3*^ orteils.

» Dans huit, elle se divisait en trois branches, lesquelles rejoignaient les tendons des 2% 3° et 4" orteils; dans un seul, cas, elle présentait quatre divisions pour les quatre derniers orteils.

» Parmi les onze sujets où cette anastomose se rendait exclusivement au 2® orteil, elle représentait en volume la moitié environ du tendon que le fléchisseur commun envoie à cet orteil, dans quatre cas seulement; dans les sept autres, la deuxième moitié était constituée en partie par le fléchisseur commun, en partie par le fléchisseur accessoire. Dans six cas, elle formait plus de la moitié de ce tendon; dans un seul, elle le formait complètement avec le fléchisseur accessoire ; le fléchis-

seur commun ou tibial était complètement étranger à son mode de constitution.

» Parmi les vingt sujets où cette anastomose se rendait aux '^^ et 3" orteils, elle fournissait un plus large tendon au deuxième qu'au troisième, dans douze cas; dans un cas, elle formait, avec le concours de quelques fibres du fléchisseur accessoire, le tendon tout entier, qui se rend à la phalange onguéale du Sl*^ orteil. Dans deux cas enfin, elle se réunissait au fléchisseur accessoire pour constituer presque en entier les tendons perforants des 2® et 3*^ orteils; la part que prenait à cette formation le fléchisseur commun était réduite à l'envoi de quelques fibres.

» Parmi les dix-huit sujets où l'anastomose se distribuait aux Si'', 3" et 4'' orteils, elle entrait sept fois dans la formation du tendon qui allait au orteil, pour une plus large part que dans celui qui se dirigeait vers le 3^ et le 4® orteil; et dans un de ces derniers cas, le tendon qu'elle envoyait au 2"^ orteil était plus considérable que celui C|ue leur fournissait le fléchisseur commun.

» Dans cinq autres cas, les bandes musculaires destinées aux 2° et 3^ orteils étaient plus importantes que celle du quatrième; dans un autre de ces cas, c'étaient au contraire les tendons des %° et 4*^ orteils qui présentaient le plus d'importance. Dans tous les autres cas, les trois tendons se trouvaient être égaux en volume.

» Dans le cas unique où l'anastomose se distribuait aux quatre derniers orteils, les tendons des 2" et 3*^ orteils étaient beaucoup plus larges que les deux autres; celui qui se rendait au cinquième, notamment, n'était qu'un filament fort grêle.

» Je n'ai jamais vu, sur mes cinquante sujets, l'anastomose en question atteindre le tendon du fléchisseur tibial avant sa division. Sur chacun d'eux, qu'elle fût simple, bifide, trifide ou même divisée en quatre portions, j'ai vu ces faisceaux se rendre à leurs orteils respectifs, se réunissant dans leur trajet soit aux tendons du fléchisseur commun, soit avec le fléchisseur accessoire. Ils concouraient le plus souvent, de concert avec le flé-

chisseur commun, à former les tendons perforants des 2** et 3^ orteils; quelquefois même le fléchisseur commun restait étranger à cette formation, les tendons provenant exclusivement, dans ces cas, du fléchisseur propre ou péronier et du fléchisseur accessoire. »

Les résultais obtenus sur cette même question par le professeur Schultze peuvent être résumés comme suit : sur 100 sujets, le tendon anastomotique que le fléchisseur péronier envoie au fléchisseur tibial, a été vu :

Se rendant au 2« orteil seulement, sur 32 sujets.

Se rendant aux 2® et S® orteils, sur ■. 58 —

j) Se rendant aux 2®, 3e et 4^ orteils, sur 10 —

Total 100 sujets.

Comme on le voit, la distribution du tendon anastomotique aux quatre derniers orteils, ou, ce qui revient au même, la distribution du fléchisseur péronier à tous les orteils est excessivement rare, puisque Schultze ne Ta pas rencontrée une seule fois sur les cent sujets qu'il a examinés.

On trouvera de nouvelles observations de ces connexions intimes entre les deux longs fléchisseurs, dans quelques mémoires de Wood, de Macalister, de Pye-Smith, Howse et Davies- Golley, Chudzinski, Gies, Mûrie et Flower, etc., etc. Je me contente de les signaler ; il serait à la fois fastidieux et inutile de les décrire avec quelques détails.

Anatomie comparée. — Toutes les dispositions anatomiques que je viens de signaler chez l'homme se retrouvent normalement chez les Singes, comme le démontrent surabondamment les intéressantes dissections de Duvernoy, de Gratiolet et Alix, de Chapmann, de Macahster, de Church, de Champneys, de BischofT, etc. Je renvoie aux mémoires originaux le lecteur qui voudrait avoir, sur les modes de répartition des longs fléchisseurs dans les différents groupes simiens, une description détaillée. Je vais essayer de résumer ici, dans un

tableau synoptique, ces divers

modes

de répartilion

, dans le

espèces les plus connues :

Chez le

Le fléchisseur libial

Le fléchisseur pévonier

envoie des tendons aux

: envoie

des tendons aux

2e, 5e orleils.

1er,

3e, 4e orleils.

— (Bischoff)

le-, 3e,

4e et 2e, 5e

9e Qe ^ , o ,

1er,

2e, 4e orteils.

1er,

Chimpanzé (Champneys)

ler.

1er,

— (Gratiolet et Alix)

1er,

— (Testut)

;ier 4e

1er, 2e,

Cynocephalus anubis (Champneys). .

1 er ^ 1

Cynocephalus mai/non (Bischoff). . . .

\er

Cercopithecus sabœus (Bischoff) ....

— — (Testut)

1 er

2e, oe —

1 er ^ 7

1 er

1 er ^ 1

1 er

1 er

§ IV. — Faisceau additionnel envoyé par le fléchisseur tibial au fléchisseur péronier. — Nous venons d'étudier l'anastomose que le fléchisseur péronier envoie au fléchisseur tibial. Vice versa, le fléchisseur commun ou tibial peut envoyer au tendon du fléchisseur propre un faisceau de renforcement plus ou moins développé. 11 existe ainsi, dans ce cas, entre les tendons des deux longs fléchisseurs, un double système d'anastomoses, s'entrecroisant en X et tendant à enlever d'une façon plus complète encore aux deux muscles, leur indépendance soit anatomique, soit fonctionnelle. Cette deuxième anastomose, signalée du reste par la plupart des anatomistes, est loin d'être rare ; elle a été observée par Turner 9 fois sur 50 sujets, par Wood 6 fois sur 36 sujets, par Schultze 29 fois sur 100 sujets. En réunissant ces diverses statistiques, nous arrivons au

chiffre de 2o, comme représentant la proportion centésimale de l'anomalie.

Anatomie coiwparée. — Cette disposition se rencontre normalement chez un grand nombre de Singes, notamment chez le gibbon, le cynocéphale (Bischoff, Champneys), les Cercopithèques (Testut), etc.

§ V. — Indépendance anatomique de quelqnes faisceaux du fléchisseur tibial. — Comme nous l'avons déjà observé pour les fléchisseurs des doigts de la main, une différenciation plus profonde que celle que nous constatons d'habitude peut isoler entièrement du Pronato-flexor mass quelque faisceau fléchisseur, spécialement destiné à l'un des orteils. C'est ainsi que Banhsen rapporte l'observation d'un fléchisseur propre du Sl*^ orteil, détaché de la face postérieure du tibia, et Bartholin celle d'un long fléchisseur du petit orteil inséré également sur l'os- interne de la jambe.

Bibliographie :

Bartholin, cité par Diemerbroeck, Anat., p. 465.

Meckel. Anatomie descriptive de l'homme, trad. Jourdan, t. II, p. 216. Macalister. Transact. of Roy. Irlsh Academy, 1871. WooD. Proc. of the Royal Society of London, t. XV, p. 539, t. XVI, p. 517 et 523.

TuRNER. On varlablllty in human structure with illustrcdions from the flexor muscles of ihe fingers and toes {Transact. of the Roy. Soc. of Edinhurgh, vol. XXIV, 1865.) (Voir dans ce Mémoire la bibliographie des observations anciennes).

Bahnsen. Henle und Pfeufer's Zeitschrift, XXXIII, p. 32.

Bergmann. Handschrlftllche Notl^, cité par Henle, p. 313.

Henle. Maskellehre, zweite Auflseg-e, 1871, p. 311.

Theile. Encyclopédie anatomique, vol. Il, « Myologie », p. 318.

Bankart, Pye-Smith et Philips. Guy's Hosp. Reports, vol. XIV, et tirage a part, p. 8.

Smith, Howse et Davies-Colley. Ibid., 1870. Embleton. Journ. of Anat. and Phys., t. VI, p. 216.

T. Eilhardt Schultze. Siehold u. Kôlllker's Zeitschrift f. Wiss. Zool., vol. XVII, p. 1.

GiES. Der flexor digitorum pedis communis longus und seine Varletœten, (Relchert u. Du Bois-Reymond's Arch., 1868, p. 236).

Chudzinski. Rev. d'Anth., t. III; p. 41, et 1882, p. 623. ScHEPHERD. Journ. of Anat. and Plvjsiol., t. XV, p. 293. TuRNER. Dissect. of a second Negro (Ibid., p. 245). '. HuMPHRY. British med. journal., 1873, II, p. 79; et Observations in Myoloyy, 1871.

KoLLiKER. Varietœten Bcobaclitnngen, etc., Wurzburg, 1879.

Broca. Discussion sur le Transformisme (Bull. Soc. d'Anthr., 1869,

Aux. Ibid., p. 560.

Gratiolet. L'Institut, 1855, p. 883.

Meckel. Traité d' Anatomie comparée, t. VI, p. 440.

HuMPHRY. On Myology of the limbs of Pteropus (Journ. of Anat. and

Phys., May 1869, p. 315). HuMPHRY. The Myology of the limbs of the unau, the aï, etc. {Ibid., Nov.

MiALL et Greenwood. The Anat. of the Indian Eléphant {Ibid., Jan. 1878, p. 285).

YoUNG. The musc. Anat. of the koala {Ibid., Jan. 1882, p. 237). Champneys. On the Muscles and Nerves of a Chimpanzee, etc. {Ibid., Nov. 1871, p. 201).

DuvERNOY. Les grands Singes pseudo-anthropomorphes, 1855, p. 110. Gratiolet et Alix. Rcch. anat. sur le Troglodytes Aubryi, 1865, p. 202. HuMPHRY. On some points in the Anat. ofthe Chimpanzee {Journ. of Anat.

and Phys., 1867, p. 266).

Church. Nat. hist. rew., Jan. 1862.

Chapmann. Proc. of the Acad. of nat. Se. of Philadelphia, 1878, p. 385. Macalister. Proc. Roy. Irish Acad., X; and Ann. and Mag. of Nat. Hist., May 1871.

BiscHOFF. Anat. des Hylobates leuciscus, 1871; et Anat. des Gorilla, 1879, Milnchen.

(Voir en outre la Bibliographie des auti'es muscles fléchisseurs.)

ARTICLE VI

ANOMALIES BU MUSCLE COURT FLECHISSEUR DES ORTEILS OU COURT FLÉCHISSEUR PLANTAIRE.

Le court fléchisseur plantaire, que l'on désigne encore sous le nom de fléchisseur commun superficiel ou de fléchisseur commun perforé, est l'homologue du fléchisseur commun superficiel de l'avant-bras. Il se détache du calcanéum chez l'homme, mais on le voit remonter à la jambe et même au fémur dans quel-

ques espèces animales, tout comme nous avons vu au membre thoracique, le fléchisseur superticiel descendre parfois, en totalité ou en partie, jusqu'au carpe.

L'insertion postérieure du fléchisseur plantaire se fait sur la lubérosité interne du calcanéum et aussi sur la face profonde de l'aponévrose plantaire, qui, pour cette raison, lui adhère intimement. Ce muscle se divise sur le métatarse en quatre faisceaux charnus, qui ne tardent pas à se jeter sur quatre tendons, généralement fort grêles. Ces quatre tendons se portent en avant, vers les quatre doigts externes. Chacun d'eux, au niveau de l'articulation mélatarso-phalangienne, présente une boutonnière, à travers laquelle pénètre le tendon correspondant du long fléchisseur ou fléchisseur perforant, et finalement vient se fixer sur l'extrémité postérieure de la deuxième phalange. Kelly a vu le 2° orteil recevoir un double tendon.

J'ai rencontré sur ce muscle des variations anatomiques fort nombreuses; mes observations propres et celles que j'ai recueillies dans les auteurs peuvent trouver place dans les trois paragraphes suivants :

§ I. — Tendons non perforés. — Je n^ai observé cette anomalie que pour le tendon qui se rend au 5" orteil; je la trouve signalée également par Macalister, Turner, Wood, Dans les cas de non perforation au tendon superficiel, le tendon correspondant du fléchisseur profond ou bien se réunit à lui, ou bien se porte directement sur la phalange onguéale.

Anatomie comparée. — Cette disposition s'observe normalement chez Vaï, d'après Meckel. Le même anatomiste a trouvé également imperforé, chez Vhyène, le tendon que le fléchisseur plantaire envoie au 2® orteil.

§ IL — Union du fléchisssur plantaire avec le long- fléchisseur. — Elle peut se faire de deux façons différentes, par les tendons, par les corps charnus :

a) — Les deux tendons perforant et perforé d'un même doigt

peuvent se réunir et présenter une insertion commune pour les phalanges.

/3J — Quelques faisceaux charnus du fléchisseur plantaire peuvent prendre naissance, non pas sur le calcanéum et l'aponévrose plantaire, mais bien sur les tendons du fléchisseur perforant.

Anatomie comparée. — Une pareille disposition dénote dans les deux fléchisseurs une tendance à se fusionner. Cette fusion, accidentelle et partielle chez l'homme, se rencontre normalement et à un degré bien plus avancé dans quelques espèces animales, notamment chez le koala (Young), où le fléchisseur perforé n'est qu'une portion différenciée du fléchisseur de la jambe, et chez les Sarigues (Meckel), où les fléchisseurs perforés émanent des fléchisseurs profonds.

§ III. — Absence de quelques-uns des faisceaux du fléchisseur perforé 5 suppléance de ces derniers par des faisceaux détachés du fléchisseur perforant ou de l'accessoire. • — Le

faisceau destiné au 5^ orteil fait quelquefois défaut et le court fléchisseur plantaire se trouve alors réduit à trois corps musculaires et trois tendons. Très fréquemment, dans ces cas, le faisceau absent se trouve remplacé par un petit faisceau musculaire, lequel prend naissance sur la facp inférieure des tendons du long fléchisseur, en se confondant parfois plus ou moins avec les faisceaux charnus de l'accessoire. Dans un cas, rapporté par Macalister, le faisceau suppléant se détachait de la cloison intermusculaire externe ainsi que du fléchisseur; et, dans une observation de Wood, il prenait naissance sur le calcanéum, au-dessous des faisceaux d'origine du fléchisseur plantaire. Quoi qu'il en soit, le tendon qui fait suite au corps eharnu se dirige vers le 5*^ orteil et se comporte ullérieurément comme le quatrième tendon ou tendon externe du court fléchisseur plantaire.

L'anomalie, comme on le voit, n'est donc souvent qu'un simple déplacement du fléchisseur perforé du 5° orteil ; ce faisceau n'est pas absent, mais isolé de la masse du fléchisseur plantaire et inséré plus bas que ce dernier muscle.

Du reste, le petit muscle suppléant se détache du tendon du fléchisseur commun, soit directement par des fibres charnues, soit à l'aide d'un tendon plus ou moins long.

Turner a rencontré 5 fois sur 50 sujets la disposition que je viens de décrire : trois fois le tendon superficiel du 5'' orteil se bifurquait pour laisser passer le tendon correspondant du fléchisseur perforant; deux fois il était imperforé et se fixait sur la phalange, à côté de ce dernier.

Le professeur Wood, sur 34 sujets qu'il a examinés dans les salles de dissection de Kings Collège, pendant le semestre 1860-1867, a noté l'absence du faisceau destiné au petit orteil sur 7 sujets. Dans une nouvelle série de 102 sujets (68 hommes et 34 femmes), examinés pendant le semestre suivant, il a rencontré la môme anomalie 15 fois: 5 fois sur les femmes (4 fois des deux côtés, 1 fois du côté droit seulement) et 10 fois sur les hommes (6 fois des deux côtés, 3 fois à droite et 1 fois à gauche).

En réunissant ces diverses statistiques, on arrive au chiffre de 13 pour 100, comme représentant la fréquence de l'anomalie.

Sur le pied gauche d'un sujet que j'ai disséqué en novembre 1880, j'ai vu le fléchisseur plantaire fournir trois tendons seulement pour les 2'', 3® et 4'^ orteils. Tous les trois étaient perforés par les tendons correspondants du fléchisseur tibial. Sur le tendon de ce dernier se trouvait un petit muscle surnuméraire, lequel donnait naissance à deux tendons : l'un, l'interne, venait renforcer le tendon perforé du 4*^ orteil; l'autre, l'externe, se portait vers le 5'^ orteil et se fusionnait avec le tendon perforant de ce dernier orteil. Le tendon perforé du 4*^ orteil provenait donc, sur ce sujet, de deux corps musculaires distincts.

Sur un deuxième sujet, dont le fléchisseur plantaire ne fournissait également que trois tendons perforés pour les 2*', 3° et 4*^ orteils, le fléchisseur perforé du cinquième naissait par deux faisceaux distincts : le premier, atTectant une disposition fusiforme, se détachait de la face inférieure du tendon du fléchis-

seur tibial au moment de sa bifurcation ; le second était constitué par les fibres les plus externes de l'accessoire, très développé sur ce sujet. Les deux faisceaux se réunissaient, à la partie moyenne du métatarse, sur un tendon commun, lequel venait se fixer à la deuxième phalange du petit orteil, après s'être laissé perforer par le quatrième tendon du fléchisseur tibial.

Analomie comparée. — Ici encore distinguons deux cas :

(x) le faisceau perforé du 5*^ orteil fait défaut et n'est pas suppléé. On trouve une pareille disposition dans certaines espèces simiennes; je l'ai rencontrée, pour ma part, chez quelques cercopithèques. Je la trouve encore signalée par Meckel, chez le castor, où le court fléchisseur plantaire provient, comme chez l'homme, du calcanéum, mais ne fournit des tendons qu'aux trois orteils du milieu. On sait qu'il est des espèces où le fléchisseur plantaire disparaît complèlemenl.

(S) Le faisceau perforé du '6^ orteil faisant défaut est suppléé par un petit muscle détaché du tendon du fléchisseur perforant. C'est encore là une disposition simienne au premier chef. Chez tous les Singes, en général, le court fléchisseur plantaire est beaucoup plus réduit que chez l'homme ; c'est ainsi qu'il ne fournit qu'un seul tendon chez le gorille et Vorang, deux tendons chez le gibbon, le Cercopithecus sabœus, le Cijnocephalus maimon, le Hapale penicillata (Bischolf). Mais pour ne pas provenir du calcanéum, les tendons perforés des doigts qui ne sont pas desservis par le fléchisseur plantaire (les doigts externes en général) n'en existent pas moins. Ils proviennent d'un petit appareil musculaire spécial qui prend naissance sur les tendons externes du long fléchisseur, ou sur le tendon de ce dernier muscle avant sa division.

Voici tout d'abord, d'après Gratiolet et Alix, la disposition que nous présente le Troglodytes Aiibryi : « Les fléchisseurs perforés des orteils viennent de trois origines différentes. Ceux du 2^ et du doigt sont fournis par une masse musculaire indépendante, insérés sur l'apophyse du calcanéum et sur l'aponévrose plantaire, à la manière du court fléchisseur des

orteils chez l'homme; le tendon du S*' doigt reçoit un faisceau musculaire accessoire, émané de la face superficielle du tendon du fléchisseur tibial, avant sa division. Le fléchisseur superficiel du i*' doigt est fourni par une masse charnue qui s'insère, en arrière de ce dernier faisceau, sur presque toute la partie tarsienne du fléchisseur tibial e In'est séparé que par un très petit espace du corps même du muscle. Enfin le fléchisseur superficiel du 5® doigt consiste en un petit corps charnu, inséré tout entier sur le tendon profond de ce doigt. Ce corps charnu produit un tendon très grêle, qui, vers le milieu de la première phalange, passe au côté interne du tendon profond et va tapisser le fond de la gouttière, dans laquelle glisse celui-ci dans son passage sous la seconde phalange, de sorte que ce tendon n'a qu'une division et n'est pas perforé. »

Chez mon chimpanzé, le fléchisseur plantaire, plus réduit qu'il ne l'est d'habitude, fournissait un tendon unique au médius; il était perforé et se trouvait renforcé, à 4 millimètres en avant de son origine, par un petit faisceau musculaire qui s'échappait du 2® lombrical. Je n'ai trouvé aucun vestige du petit appareil surajouté que je viens de décrire ci-dessus, d'après Alix. Uorang me l'a offert, au contraire, dans sa plus grande netteté : le court fléchisseur plantaire fournissait les deux tendons perforés du 2!^ et du S'' doigt, comme chez le Troglodytes Aubryi. Le tendon perforé du 4® orteil se détachait directement du tendon du fléchisseur tibial, sans intermédiaire de corps musculaire. Quant au tendon perforé du S'', il faisait suite à un petit muscle spécial, lequel prenait naissance sur la face inférieure du calcanéum, en avant de l'adducteur du petit orteil.

BischolT, donnant une description générale des fléchisseurs des orteils, signale lui aussi cette suppléance partielle du fléchisseur plantaire pour le fléchisseur tibial. «Les orteils, dit-il, auxquels le court fléchisseur commun ne fournit aucun tendon perforé, reçoivent ces tendons d'une masse charnue qui recouvre la face inférieure du tendon non encore divisé, mais déjà élargi du long fléchisseur commun. Il faut encore mentionner

que, chez le^^onV/eetle gibbon, il ne se détache, pour le 5"^ orteil, qu'un tendon fort grêle du tendon du long fléchisseur, lequel n'est point perforé et s'insère tout simplement à la deuxième phalange. »

Comme on le voit, toutes nos dispositions anormales constatées chez l'homme, se retrouvent normalement dans les différentes espèces simiennes.

Bibliographie :

Meckel, Theile, Henle. Loc. cit.

Macalister. Transact. of Roy. Irish Acadeiny, 1871.

Kelly, cité par Macalister, in Mémoire précédent.

WooD. Proc. of the Roy. Society of Loaclon, t. XIV, p. 389, t. XV, p. 538,

et t. XVI, p. 521.

Davies-Colley, Taylor et Daltcn. Guy's Hospital Reports, 1872. TuRNER. Transact. of the Roy. Soc. of Edinhurgh, vol. XXIV, 1865. Alix. Discussion sur le Transformisme {Bull. Soc. d'Anthr., 1869, p. 560). CuRNOW. Journ. of Anat. and Phys., t. VII, p. 308. Chudzinskl Revue d'Anthropologie, t. III, 1874, p. 40. Testut. Myologie de Torang (en préparation). Meckel. Anatomie comparée, t. Vf, p. 448.

YouNG. The muscular Anatomy of the koala {Journ. of Anat. and Phys., Jan. 1882, p. 237).

Gratiolet et Alix. Rech. anat. sur le Troglodytes Aubryi, 18G5, p. 203. BiscHOFF. Anatomie des Rylobates leuciscus, 1871, et Anatomie des Gorilla, 1879, Mûnchen.

(Voir en outre la Bibliographie des autres muscles fléchisseurs.)

ARTICLE VII

Page 1