MUSCLE SOUS-CLAVIER
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ARTICLE III
MUSCLES CLAVICULAIRES SURNUMERAIRES.
Les faisceaux musculaires anormaux que l'on rencontre autour de la clavicule et qu'on peut désigner sous la dénomination générale de muscles claviculaires surnuméraires, sont sujets à des variations nombreuses, portant sur leur volume, leur situation, leur forme, leurs insertions. Les variétés de nom sont malheureusement plus nombreuses que les variétés analomiques; de là, dans l'étude de ces muscles, une confusion regrettable, qui ne disparaîtra qu'avec une terminologie mieux établie.
En tenant compte des faits observés jusqu'ici, et en prenant, pour base de mes dénominations, les points d'attache du muscle plutôt que sa situation par rapport à la clavicule, je proposerai la classification suivante. Nous trouvons:
1° Des muscles se détachant, suivant le cas, du sternum, du premier cartilage costal, ou même de la portion osseuse de la première côle, pour se rendre au bord supérieur de l'omoplate (M. slerno-chrondro-scapulaires);
2° Des muscles allant du sternum à la clavicule (M. sternoclaviculaires) . Ces muscles peuvent être situés, soit en avant (cas le plus fréquent), soit en arrière (cas le plus rare) de l'articulation sterno-claviculaire. De là deux groupes distincts : des M. slerno-daviculaires antérieurs et des M. sterno-claviculaires postérieurs;
3° Des muscles allant du scapulum à la clavicule (M. scapulo-claviculaires) . Ces muscles peuvent s'insérer sur trois points différents du scapulum, le bord supérieur, l'acromion, l'apophyse coracoïde; de là celte triple division : M. scapulo-claviculaires proprement dits, M. acromio-claviculaires et M. coracoclaviculaires ;
4° Enfin, il existe des muscles qui, s'attachant d'une part à la clavicule, vont se perdre d'autre part sur les aponévroses
MUSCLES CLAVICULÂIRES SURNUMÉRAIRES. 49
voisines, dont ils constituent des muscles tenseurs. Je propose de leur donner le nom de déido-aponévrotiques . Du reste ces derniers faisceaux se rendent, soit sur l'aponévrose cervicale, soit sur l'aponévrose tlioracique; les premiers seront des M. déido-aponévrotiques ascendants, les seconds des M. déidoaponévrotiques descendants.
Tous les muscles claviculaires surnuméraires aujourd'hui connus peuvent, je crois, trouver place dans la classification précédente qui me paraît fort simple et que je résume dans le tableau suivant :
1° M. sterno-chondro-scapulaires.
„ ^ , . , . ( a) antérieurs.
2° M. sterno-claviculaires /, ^. .
( postérieurs.
aj proprement dits.
3° M. scapulo-claviculaires.. acromio-claviculaires.
4° M. cléido-aponévrotiques.
yj coraco-claviculaires.
aj ascendants, descendants.
§ I. — M. sterno-chondro-scapulaires (Syn.: chondro-scapulaire de Wood, sterno-scapulaire d'Ehlers, scapulo-costalis minor de Macalister, subdavius postions de Rosenmuller, costo-scapulaire de Reid et Taylor). — C'est un muscle plus ou moins volumineux, généralement cylindrique, situe en arrière du muscle sous-clavier, au-dessus de l'artère sous-clavière et des branches axillaires du plexus brachial. S'insérant en dedans, soit sur la première côte, soit sur le premier cartilage costal, à côté de la première pièce du sternum, en se confondant le plus souvent avec le sous-clavier, il vient se fixer en dehors sur un point variable du bord supérieur de l'omoplate. Dans la plupart des cas, c'est dans le voisinage de l'échancrure coracoïdienne qu'il prend ses points d'attache; et là, il n'est pas rare de le voir se confondre, d'une façon plus ou moins intime, avec l'extrémité externe de l'omo-hyoïdien. Cette dernière particularité nous explique pourquoi certains auteurs, Sœmmering entre autres, ont pu considérer le muscle qui nous occupe comme une anomalie du muscle omo-hyoïdien.
Le muscle chondro-scapiilaire peut exister simultanément avec le muscle sous-clavier, mais il peut aussi le remplacer. Sur les 11 cas de muscle chondro-scapulaire observés par Gruber, le sous-clavier fait défaut 7 fois; on est autorisé à dire, pour interpréter ces derniers faits, que le sous-clavier, au lieu de s'insérer sur la clavicule, poursuivait son trajet jusqu'au scapulum et y prenait ses points d'attache.
Le muscle sterno-chondro-scapulaire se rencontre assez fréquemment et sa morphologie est assez constante. Décrire tons les faits connus serait aussi fastidieux qu'inutile; je me contenterai de mentionner sommairement les plus récents, en indiquant pour chacun d'eux la source exacte où je l'ai puisé et où pourra le retrouver le lecteur, s'il en désire une description détaillée :
Wood. Proc. of Roy. Soc. of Londoii, t. XIV, p. 384.
— Proc. of Roy. Soc. of London, t. XVI, p. 493. Gruber. Nachtrœge zum Vorko/nmen des Musk. scapulo-costalis-ininor tind
neuer Musk. scapulo-costo-clavicularis. {Virchow's Arch., Bd LXXVII,
p. 123). L'auteur cite 6 nouveaux cas, observés chez des hommes et
toujours d'un seul côté.
Hellema. Some anoiomical abnormities observed in thc dissocting rooni
of thc marine hospital in Willemsoord, Geneeskundig, Tijdschrift
voor de zuniagt^ 5 Jaargand, and md. Archief vor genees en Natuur-
kunde, III, p. 125.
Curnow. Journ. of Anat., 1873, t. VII, p. 305. Reid et Taylor. S^-lhomas's Hospital Reports, 1879. Fr. Shepherd. Journ. of Anat. and Phys., 1881, t. XV, p. 294. Macd. Brown. Variations in Myology (Journ. of Anat. and Phys., t. XlV,
Anatomie comparée. — Le muscle sterno-chondro-scapulaire, que nous venons de rencontrer anormalement chez l'homme, existe, comme organe constant, dans plusieurs espèces de la série des vertébrés. Wood l'a étudié et longuement décrit dans un grand nombre de mammifères, en discutant, avec sa sagacité habituelle, les homologies de chacune de ses formes. Je ne saurais mieux faire que de traduire textuellement sur ce point le savant analoiniste anglais : « Chez le coati (Simia paniscus), Meckel décrit une seconde insertion du sous-clavier sur l'omoplate (sterno-scapulaire), près du point d'attache de l'angulaire.
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Ce faisceau est signalé par Wagner comme correspondant au double sous-clavier chez l'homme. Dans les Insectivores, j'ai trouvé un muscle analogue très nettement marqué chez la taupe; se détachant d'une part du sous-clavier, du sternum et de la première côte, il croisait les faisceaux du sus-épineux et venait s'insérer à l'acromion et au ligament acromio-claviculaire. Chez le même animal, M. Hill avait déjà signalé le muscle sterno-claviculaire, représenté par une large masse triangulaire qui naissait à la moitié antérieure du sternum et venait s'attacher d'autre part à la clavicule, près de l'origine^des faisceaux deltoïdiens. Le même auteur signale en même temps la présence de ce muscle chez la chauve-souris. Un muscle sternoscapulaire est décrit par M. Galton, en arrière du sous-clavier, chez le Dasypus sexcindus; il naît de la première côte et vient s'insérer, à l'aide d'un tendon plat, en partie sur tout le bord supérieur de l'acromion, en partie sur l'aponévrose susépineuse. Galton fait remarquer l'analogie de ce muscle avec le sterno-scapulaire décrit par Mivart et Mûrie chez Vagouti. Le même anatoraiste a vu le sous-clavier s'étendre jusqu'à l'acromion chez le paresseux didactyle. Chez VAntéater du Cap, Humphry décrit le sous-clavier sous la forme d'un grand muscle qui naît du premier et du deuxième cartilage costal, ainsi que de la portion correspondante du sternum; il s'attache, d'autre part, par quelques faisceaux à la clavicule; mais la majeure partie du muscle passe au-dessous de cet os, et, croisant l'apophyse coracoïde et les ligaments coracoïdiens, vient se terminer sur l'aponévrose sus-épineuse et sur l'acromion. Galton a rencontré chez le même animal un os sésamoïde, à l'insertion du muscle au-dessous de l'articulation acromio-claviculaire.
« Chez les Carnassiers, les homologies du muscle sternoscapulaire sont d'une détermination difficile. Chez la belette, les faisceaux les plus profonds du groupe pectoral se détachent de la poignée du sternum, se portent en haut et en dehors vers la tubérosité de l'humérus,, et finalement viennent s'attacher avec le sus-epineux au bord supérieur du scapulum. Chez le chien également, quelques faisceaux différenciés du pectoral se
portent sur le sus-épineux. Dans les planches que Cuvier et Laurillard consacrent à la myologie du liorij ce faisceau scapulaire semble être représenté par le muscle marqué J. Chez V hyène, ce muscle est très grand et se porte du sternum et du premier cartilage costal au bord supérieur de l'omoplate. Il semble exister aussi chez la genette.
» Chez les Rongeurs il est mieux marqué, quoique fusionné cependant plus ou moins avec le sous-davier, le scapulu-claviculaire et le sterno-claviculaire. Je l'ai trouvé très développé chez le lapin : il y forme deux corps charnus, un supérieur et un inférieur partant de la poignée du sternum et de l'apophyse sus-sternalb , se continuant sans interruption dans toute la région claviculaire, et constituant, sur le sus-épineux, une épaisse lame musculaire qui vient s'attacher au bord supérieur du sca-
pulura Le muscle slerno-scapulaire du cochon d'Inde répond
au sous-clavier, par les faisceaux superiiciels insérés à la clavicule, pendant que ses faisceaux profonds continuent leur trajet vers l'épine de l'omoplate et s'y fixent, entre le sus-éj.ineux et le sous-épineux. Chez le même animal, le muscle scapuloclaviculaire, complètement distinct du sus-épineux, se détache de l'épine scapulaire et de l'aponévrose sus-épineuse, pour venir s'insérer à la clavicule mobile, vis-à-vis du sterno-claviculaire. Ce dernier muscle prend naissance sur la partie moyenne du sternum, entre les fibres supérieures et inférieures des pectoraux, et affecte la forme d'une lame triangulaire parfaitement distincte, depuis son origine jusqu'à sa terminaison. Chez le rat de Norvoège, le sous-clavier proprement dit est représenté par un petit paquet de fibres qui prennent naissance sur le côté interne du sterno-scapulaire et viennent s'insérer sur la face inférieure de l'extrémité interne de la clavicule. Quant au sterno-scapulaire, c'est un muscle fusiforme, possédant en dehors deux tendons d'insertion : l'un s'attache avec l'omo-hyoïdien au bord supérieur du scapulura, l'autre à l'apophyse acromiale. Le même animal' possède un scapulo-claviculaire très distinct, s'étendant du milieu de l'aponévrose sus-épineux à l'extrémité externe de la clavicule. ,
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» Le muscle sterno-scapulaire a élé décrit par IMiirie et Mivart, chez VHyrax capensis, comme naissant du sternum, au devant du petit pectoral, et se continuant au-dessus de l'articulation de l'épaule, jusqu'à l'angle antéro-supérieur de l'omoplate où il s'insère. Mûrie et Mivart ont trouvé le sterno-scapulaire chez le Cj'ested Agouti avec deux faisceaux d'origine, l'un plus grand naissant du sternum, entre les faisceaux, du pectoral, et l'autre plus petit se détachant de la poignée sternale et de la première côte. Quelques-unes des fibres qui constituent le premier faisceau, s'arrêtent à la clavicule (M. sterno-daviculaire) , tandis que les autres, rejoignant le deuxième faisceau au-dessous de cet os, viennent s'insérer sur l'aponévrose sus-épineuse et sur le scapulum, dans le voisinage de l'angle supérieur. Les mêmes zoologistes ont Irouvé, chez le lièvre, un large muscle slernal, s'attachant, en dehors, sur le bord cervical du scapulum tout entier; quelques fibres seulement s'inséraient sur l'extrémité externe de la clavicule, rudimentaire chez cet animal, constituant ainsi un sous-davier ou un sterno-daviculaire. Dans les planches de Guvier et Laurillard consacrées au porc-épic, le muscle sterno-scapulaire, noté comme un sousdavier, est très long et se dirige vers l'épine de l'omoplate. Dans les planches consacrées au Capybara, au Paca et à VEcureuil, le même muscle ou le sterno-daviculaire sont considérés comme des faisceaux profonds des pectoraux. Je l'ai trouvé distinct chez V écureuil commun, où je l'ai vu s'insérer sur l'épine de l'omoplate et sur l'aponévrose susscapulaire.
» Le sterno-scapulaire atteint son "plus haut degré de développement chez les Pachydermes et les Ruminants, notamment chez Véléphant, V hippopotame, le pécari, le cochon, le cheval et Yâne. Dans sa monographie de l'hippopotame, Gratiolet décrit ce muscle sous le nom de scapulo-sternal ; il le fait naître de l'apophyse coracoïde, de l'acromion, de l'aponévrose sus-épineuse et le fait terminer sur la poignée du sternum et sur le premier cartilage costal. Il le considère comme étant probablement l'homologue du sous-clavier.
» Chez les Marsupiaux un muscle analogue à notre slernoscapulaire est représenté par Cuvier et Laurillard chez le grand Kanguroo, chez le Kanguroo-Rat et chez la Sarigue. Galton nous apprend que chez le Wombat, une portion du sous-clavier est prolongée par l'intermédiaire de l'aponévrose sous-épineuse jusqu'à l'épine de l'omoplate. »
§ II. — Muscle sterno-claviculaire antérieur. — Ce muscle décrit par Luschka, en 1856 [MuUers Arch., p. 21821, et Anal, des Menchen, 1863, p. 273), est placé en avant de l'articulation sterno-claviculaire. Le plus souvent très grêle, il acquiert quelquefois jusqu'à 0, 8 et même 10 centimètres de longueur. Il s'insère en dedans sur la face antérieure du sternum audessous du tendon sternal du muscle sterno-cléido-mastoïdien, et, se portant en dehors et en haut, il vient s'attacher au bord antérieur de la clavicule. Il est recouvert par le grand pectoral et séparé du sous-clavier par la membrane costo-coracoïdienne. Les insertions claviculaires se font, soit par des libres charnues, soit par des fibres tendineuses, sur le tiers interne (Hyrtl), sur le tiers moyen (cas de Popoff), ou bien sur le tiers externe (cas de Wood).
Dans un cas de Schwegl, mentionné par Macalister, le sternoclaviculaire allait s'insérer jusque sur l'apophyse coracoïde, constituant alors l'anomahe décrite par ce dernier auteur, sous le nom de pedoralis minimus et dont l'histoire se rattache au système du grand et du petit pectoral.
On voit quelquefois une bande musculaire se séparer du bord supérieur du petit pectoral et se porter de la 2" côte où elle prend naissance au bord antérieur de la clavicule. Wood en rapporte deux cas. Nous avons là une transition au type que je décris et, pour me servir de l'expression de Wood, « presque un sterno-claviculaire » (almost sterno-clavicularis) .
Une autre variation bien intéressante est la suivante : l'anomahe existant simultanément des deux côtés, on peut voir le tendon sternal se réunir avec celui du côté opposé sur la ligne médiane eton a alors, couché en avant des deux articulations